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Zygmunt, comte Krasiński

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire mondial des littératures ».

Écrivain polonais (Paris 1812 – id. 1859).

Il appartient à la plus haute aristocratie polonaise, mais naît à Paris, où son père, comte et général d'Empire, commande les chevau-légers de la Garde. Revenu en Pologne en 1815, ce père devient l'un des soutiens les plus ardents de la politique tsariste, seul rempart possible à ses yeux contre le déferlement de la subversion universelle. Partagé entre son patriotisme et son respect pour un père qui lui interdit de prendre part à l'insurrection polonaise contre les Russes de 1830, Krasiński entre en conflit avec ses camarades d'études sans pour autant se pardonner d'avoir obéi à l'interdiction paternelle. Malgré l'insistance de son père, il refuse d'entrer dans le service diplomatique russe et ne séjourne plus que très rarement sur le domaine familial. Ses voyages le mènent en Italie, en Allemagne, en France où, à Lyon, la révolte des canuts de 1831 le bouleverse. S'il la comprend comme le premier affrontement de classe du xixe s., il n'arrive pas à dépasser l'effroi que l'idée de révolution suscite en lui. Il écrit alors la seule œuvre européenne de l'époque qui traite de la lutte des classes en termes quasi marxistes (Marx n'a que 15 ans !), la Comédie non divine (1835), mais il prend le contre-pied de la foi optimiste dans le soulèvement des masses. La foule est aveugle et n'a que des idées de vengeance et de haine. La révolution est un phénomène organisé par des professionnels. L'ordre chrétien et aristocratique se voit confronté au matérialisme athée. Le conflit entre les classes supérieures et les classes inférieures est inévitable, mais ne peut qu'être sanguinaire. Krasiński met en garde contre les slogans démocratiques qui incitent les masses à des soulèvements violents. Tandis que Tocqueville envisage un passage à la démocratisation sans effusion de sang, Krasiński s'inquiète. Pour lui, la révolution sociale ne peut qu'être destructrice, son but est d'anéantir l'aristocratie, elle est une catastrophe qui anéantira les acquis de l'humanité sans être en mesure de rebâtir un monde plus beau. Dans la Comédie non divine, drame dont le titre est inspiré par Dante, la révolution est l'enfer sur terre. Considéré comme l'un des grands auteurs romantiques polonais, après A. Mickiewicz et J. Slowacki, il est celui dont l'œuvre est la plus imprégnée de philosophie. Il y est amené par sa rencontre en Suisse avec A. Mickiewicz (1830), son amitié avec H. Reeve avec lequel il entretient une abondante correspondance. Krasinski conteste les théories de Hegel, polémique avec Feuerbach, se rapproche des idées tardives de F. W. Schelling. Il s'inscrit dans la conception romantique d'un Dieu-Providence qui influence le cours de l'histoire et limite la liberté d'action des hommes d'où découlent les oscillations entre la liberté et la nécessité. Il est partagé entre la foi dans le progrès de l'humanité (celle du « travail de soi sur soi » de J. Michelet) et la hantise d'une inévitable catastrophe (semblable à celle de Joseph de Maistre), et n'est pas sans subir l'influence de Pierre Simon Ballanche quant à la nécessité de la souffrance et du sacrifice, prix obligatoire du salut pour les hommes comme pour les nations. Dans son poème dramatique, Irydion (1836), il transpose aux temps romains les tourments des insurgés de novembre 1830, une libération mystique du héros par la souffrance « au pays des tombes et des croix » clôture l'œuvre. Le messianisme de son poème l'Aube (1843) comme les Psaumes de l'avenir (1845-1848) signalent son retour au conservatisme politique tout en maintenant la somptuosité prophétique de l'expression romantique. Moins enthousiaste que Mickiewicz, plus tourmenté que Słowacki, Krasinski, prisonnier de ses contradictions, est la figure la plus douloureuse du romantisme polonais. Il est aussi l'un des rares romantiques polonais à ne pas être contraint à l'exil, mais il choisit de vivre dans une Europe dont il observe attentivement les mutations.