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Rudyard Kipling

Rudyard Kipling
Rudyard Kipling

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire mondial des littératures ».

Écrivain anglais (Bombay 1865 – Londres 1936).

Fils d'un pasteur passionné de peinture et de folklore, élevé en Angleterre (Stalky et compagnie, 1899), il regagne l'Inde à 17 ans. Journaliste à Lahore et Allahabad, il débute par une littérature qui témoigne d'un penchant à la facilité et qui ne convaincra que peu à peu la mère patrie dont il stigmatise la petitesse morale et instinctuelle (Simples Contes des collines, 1887 ; Trois Troupiers, 1888). Voyant dans l'armée des Indes le creuset d'une vitalité sans uniformité, Kipling sera le premier grand poète dialectal et argotique d'Angleterre (Chansons de la chambrée, 1892), mais il refuse en 1895 le titre de poète lauréat. Marié à une Américaine, il s'établit un temps aux États-Unis, où il écrit le Livre de la jungle (1894-1895). L'arrière-plan mythique (l'enfant sauvage, adopté par les animaux, devient roi de la forêt) rejoint la critique sociale (la jungle organisée en races et en castes) et l'éloge darwinien de la Loi. Autre récit de formation, Capitaines courageux (1897) : recueilli en mer, un fils de famille s'ouvre à la solidarité virile sur un bateau de pêche. Dans Kim (1901), Kimball O'Hara, orphelin irlandais lâché dans la jungle des villes hindoues, fait seul son apprentissage de la vie puis accompagne un lama en quête de la source qu'a fait jaillir la flèche du Bouddha, et sert de messager aux Services secrets britanniques : l'enfant est initié aux duplicités du grand jeu diplomatique. Cet itinéraire picaresque, doublement inspiré par la méditation orientale et le pragmatisme militaire, s'achève par la plus grande gloire de la reine Victoria, maîtresse de « l'Empire sur lequel le soleil ne se couche jamais ». Pourtant, loin d'avaliser la réalité coloniale, Kipling fustige cette caricature mercantile de la vision impériale et rêve d'alliance entre l'aristocratie naturelle des chefs et la vitalité populaire. En outre, les démons sont aux portes de l'Empire, mais aussi de la Psyché. Hantises, haine de soi, cruauté trouvent dans ses nouvelles hallucinées des échos proches de Maupassant ou de Kafka (Trafics et découvertes, 1904). Doubles jeux, doubles fonds, l'âme trahit toujours, mais l'angoisse est ce à quoi il ne faut pas céder. C'est pour refouler son paganisme spontané que Kipling chante le devoir. Le stoïcisme navré, parfois ronflant, qui fera de lui l'idole du nationalisme populaire, le jingoïsme (la Tâche quotidienne, 1898 ; les Cinq Nations, 1903), est l'ultime recours d'une foi menacée. L'exil d'un peuple trahi par sa conquête est aussi celui de l'adulte menacé par ses chagrins d'enfance. Son œuvre, couronnée en 1907 par le prix Nobel, vaut aujourd'hui par les hantises qu'elle devait étouffer. La mort de son fils en 1914 le rapproche encore du deuil de l'enfance, après le décès de sa fille à l'âge de 8 ans et en mémoire de laquelle il écrit et illustre lui-même Histoires comme ça (1902). C'est au paganisme enfantin que son imagination parle avec le plus de bonheur (Puck, lutin de la colline, 1906 ; Retour de Puck, 1910). Dressant un réquisitoire souvent pathétique contre la civilisation, Kipling y évoque un âge d'or où la fantaisie et l'esprit d'enfance recréaient spontanément le monde.