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Géorgie

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire mondial des littératures ».

Convertie au christianisme au ive siècle par une sainte venue de Cappadoce, Nino – sa conversion est relatée dans la Conversion de la Géorgie, ixe s., la Géorgie a une littérature écrite depuis le ve s. Cette littérature, dès l'origine, n'est pas seulement religieuse, édifiante et hagiographique, mais surtout nationale et patriotique, l'Église demeurant, dans les siècles de domination persane ou arabe, puis de morcellement féodal, la seule force d'unité nationale. Les premières œuvres qui nous soient parvenues sont le Martyre de la sainte reine Chuchanik', épouse du gouverneur d'une province méridionale convertie par opportunisme au mazdéisme, qui refusa d'abjurer sa foi et résista jusqu'à la mort (Iak'ob Tsurt'aveli, ve s.), puis le Martyre d'Abo Tbileli, jeune Arabe qui embrassa la religion du peuple que les siens opprimaient, subjugué par sa fermeté d'âme (Ioane Sabanisdze viie s.).

Coupée de Byzance par la Perse, la Géorgie se tourna très tôt vers la Syrie et la Palestine où les premiers monastères géorgiens furent édifiés dès les ve-vie siècles. Au viiie siècle, le centre de la vie monastique géorgienne se déplaça au sud même de la Géorgie, en T'ao-K'lardjeti, où fut entreprise, sous la direction de Grigol Xandzteli (Grégoire de Xandzta), la construction de plusieurs monastères – ce que nous relate sa Vie, écrite au xe siècle par Giorgi Mertchule. L'école de T'ao-K'lardjeti s'illustra tout particulièrement par ses hymnographes, Ioane Mintchxi, Mikael Modrek'ili et Ioane Mt'bevari. À la fin du xe siècle, enfin, fut construit au mont Athos le monastère d'Iviron. L'école athonite était, elle, surtout soucieuse de traduire les principaux monuments de la pensée byzantine. Les plus célèbres de ces traducteurs furent Ekvtime Mtats'mideli (Atoneli) [Euthyme l'Hagiorite ou l'Athonite, 955-1028], qui insérait de très longs commentaires chaque fois qu'il le jugeait nécessaire et qui fut à l'origine d'une véritable tradition byzantine métaphrastique. Cette méthode fut vigoureusement critiquée par son successeur, Giorgi Mtats'mideli (Atoneli) (Georges l'Hagiorite ou l'Athonite, 1009-1065), partisan au contraire d'un respect scrupuleux des textes. Après eux, Eprem Mcire (Ephrem le Mineur) choisit une voie médiane – commenter certes, mais en marge, ce qu'il fit dans ses traductions de Jean Damascène, de Basile le Grand et du Pseudo-Denys l'Aréopagite. Invité à venir en Géorgie par le roi Davit IV Aghmachenebeli (David le Bâtisseur, 1089-1125), il y aurait dirigé l'académie d'Iq'alto, en K'axétie.

Dans la philosophie médiévale géorgienne se développèrent parallèlement un courant platonicien et un courant aristotélicien, qu'Arsen Iq'altoeli (Arsène d'Iq'alto), élève d'Eprem, s'efforça un temps de concilier, avant de pencher vers l'aristotélisme au moment où le néoplatonicien Jean Italos et ses disciples étaient persécutés à Byzance. L'un d'eux, Ioane P'et'rits'i (mort en 1125), réfugié d'abord en Bulgarie au séminaire de Pétritsos, fondé par le prince géorgien et haut fonctionnaire byzantin Grigol Bak'uriani, venu ensuite à Gelati, fut le plus brillant professeur de l'académie que Davit venait de fonder en Imérétie pour ramener en Géorgie les plus grands savants géorgiens. Il traduisit notamment les Éléments de théologie de Proclus.

Sous le règne de Davit, lui-même auteur d'émouvants Chants de regret, apparaît également une brillante littérature profane, d'abord romanesque (visramiani, version géorgienne de l'histoire persane des amours de Vis et de Ramin, attribuée à Sargis Tmogveli, amirandaredjaniani attribué à Mose Xoneli), puis panégyrique (odes de Ioane Chavteli et de Tchaxruxadze), jusqu'au chef-d'œuvre de Chota Rustaveli, Peau de panthère (fin xiie-début xiiie s.) qu'il n'est pas excessif de comparer à la Divine Comédie de Dante.

Suit la longue nuit mongole, deux siècles de feu et de sang, puis encore des invasions, turque et persane, dont le pays ne se réveille qu'au xvie siècle, avec les rois de K'axétie, Teimuraz Ier (1589-1663), dont la poésie lyrique est encore empreinte de pessimisme, et Artchil II (1647-1713), qui appelle à un sursaut national. Ce renouveau s'amorce au xviiie siècle, autour du roi Vaxt'ang VI (1675-1737), fondateur de la première imprimerie géorgienne, avec notamment Sulxan-Saba Orbeliani (1658-1725), esprit encyclopédiste et diplomate infatigable, Davit Guramichvili (1705-1792), au patriotisme amer, qui fut le premier à introduire dans la littérature géorgienne l'« esprit européen », et le lyrisme amoureux de Besik'i (1750-1791).

L'aube du xixe siècle voit éclore un romantisme porteur d'aspirations nationales (Aleksandre Tch'avtch'avadze, 1786-1846 ; Grigol Orbeliani, 1804-1883 ; Nik'oloz Baratachvili, 1817-1845). Alors que le déclin de la société patriarcale et du servage transparaît déjà dans le théâtre de Giorgi Eristavi (1813-1864) et dans la prose de Daniel Tch'onkadze (1830-1860), le groupe des tergdaleulebi (Rapiel Eristavi, 1824-1901 ; Ilia Tch'avtch'avadze, 1837-1907 ; Ak'ak'i Ts'ereteli, 1840-1915 ; Giorgi Ts'ereteli, 1842-1900) oppose dans la seconde moitié du siècle les luttes d'un peuple avide de justice aux derniers représentants d'une féodalité agonisante. Dans le même temps, Aleksandre Q'azbegi (1848-1893) célèbre le montagnard épris de liberté qui résiste aux exactions des colonisateurs russes, et Vaja Pchavela (1861-1915), dans une conception du monde profondément païenne et panthéiste, la communion fragile de l'homme et de la nature, de toutes les créatures vivantes en somme, et les pratiques ancestrales des communautés montagnardes – hospitalité et vendetta.

Au tournant du siècle, à la suite des critiques sociales virulentes de Chio Aragvisp'ireli (1867-1926) et de Davit K'ldiachvili (1832-1961), naît une littérature prolétarienne, nourrie de marxisme, mais l'échec de la révolution de 1905 incite nombre de poètes au solipsisme et aux recherches formelles (néosymbolisme des tsisperq'ants'elebi [Ceux des cornes d'Azur] : P'aolo Iachvili, 1894-1937 ; T'itsian T'abidzé, 1895-1937 ; Sergo K'ldiachvili, 1893-1986 ; Valerian Gaprindachvili, 1889-1941 et Giorgi Leonidze, 1899-1966) ; plusieurs d'entre eux disparaîtront lors de la grande purge stalinienne de 1937. Après l'éphémère indépendance (1918-1921) de la république sociale-démocrate, s'engage entre groupes rivaux (néosymbolistes, futuristes, prolétariens, nationalistes d'aripioni, etc.) une compétition qui aboutira à la fondation d'une Union des écrivains (mts'eralta k'avchiri) fédérant autour des thèmes soviétiques poètes (Aleksandre Abacheli, 1884-1954 ; Ioseb Grichachvili, 1889-1965 ; Sandro Chanchiachvili, 1888-1979 ; Galak't'ion T'abidze, 1892-1959 ; Simon Tchikovani, 1902-1966), prosateurs (Demna Chengelaia, 1896-1980 ; K'onst'ant'ine Lortkipanidze, 1905-1986 ; K'onst'ant'ine Gamsaxurdia, 1893-1975 ; Leo Kiatcheli, 1884-1963 ; Aleksandre Kutateli, 1898-1982) et dramaturges (Chalva Dadiani, 1874-1959). Depuis 1955, la littérature géorgienne s'est progressivement libérée de son emprise, abordant des thèmes plus actuels et s'ouvrant à des formes nouvelles, tant en poésie (Irak'li Abachidze, 1909-1992 ; Xut'a Berulava, né en 1924) qu'en prose (Nodar Dumbadze, 1928-1984 ; Otar Tchxeidze, né en 1920 et auteur du magnifique Voyage d'un jeune compositeur [1985] ; Otar Tch'iladze, né en 1933, dont le Théâtre de fer [1981] a été récemment traduit en français) ou au théâtre (Tamaz Tch'iladze, né en 1931).