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Alphonse Daudet

Alphonse Daudet
Alphonse Daudet

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire mondial des littératures ».

Écrivain français (Nîmes 1840 – Paris 1897).

Ce méridional quitte le Midi très tôt pour Lyon, puis Paris. L'écrivain commence sa carrière par des poésies et des œuvres dramatiques, mais c'est comme chroniqueur au Figaro, à l'Événement qu'il se fait connaître en y publiant les textes recueillis dans les Lettres de mon moulin (1869) ou Contes du lundi (1873) ; il se mêle aux polémiques du temps (en participant par exemple au Parnassiculet contemporain en 1866) avant de définir son projet – décrire « des milieux strictement vrais, copiés d'après nature » – et d'établir un parallèle avec les peintres et leurs carnets de croquis (« Je n'eus jamais d'autre méthode de travail »). Il fréquente Flaubert, Zola, et la veine réaliste se déploie dans des romans comme Fromont jeune et Risler aîné (1874), le Nabab (1877), les Rois en exil (1879), Numa Roumestan (1881) ou l'Immortel (1888), autant d'études sur les industriels, les aristocrates, les politiciens, les hommes de lettres : « Toutes ses œuvres sont prises en pleine vie moderne », dit Zola. On a fait de Daudet des lectures réductrices en voyant en lui un écrivain régionaliste ou un romancier pour enfant. Cet indépendant appartient à l'école des écrivains de la représentation du réel par sa thématique comme par son écriture impressionniste, qui privilégie la sensation et se rapproche de l'écriture artiste des frères Goncourt. Mais son œuvre fait une large place à l'autobiographie, ce qui explique sa tonalité très personnelle ; il apporte une sensibilité à l'éphémère, au discontinu qui est la marque de son scepticisme. On a souvent exagéré la part du pathétique ; sous la compassion qui transparaît dans le Petit Chose (1868) ou les Contes du lundi (1873) perce une ironie caustique. Et le rire éclaire l'œuvre, sourire scintillant des Lettres de mon moulin (1866) ou éclat de rire du cycle de Tartarin de Tarascon (entrepris en 1872), illuminé par le soleil méridional, source d'inspiration de l'auteur qui lui fournit en outre le tragique de l'Arlésienne (1872) ou de son dernier conte, le Trésor d'Artalan (1897), construit autour du thème de la dépravation destructrice. Les conclusions édifiantes et les diverses tonalités du rire tentent de conjurer une angoisse fascinée devant la corruption conçue comme le formidable attrait d'un érotisme polymorphe, d'un sensualisme triomphant. Le faible succombe toujours à la tentation, celle de la femme perverse (Sapho, 1884), celle de la nourriture délectable (« les Trois Messes basses », dans les Lettres de mon moulin), celle du confort moelleux (Tartarin). La légende de Daudet, écrivain pour la jeunesse (alors que Jack, en 1876, trop vite comparé à David Copperfield, stigmatise le pouvoir mortifère de la femme autant qu'il déplore le malheur d'une enfance désemparée) ou privilégiant le chantre de la Provence pittoresque, a probablement contribué à isoler l'écrivain dans son siècle et à faire oublier, à côté des faiblesses du romancier ou du dramaturge (Daudet composa dix-sept pièces, dont plusieurs issues de ses romans), le talent du conteur, et, surtout, sous les galéjades grotesques de Tartarin, l'éclat vivifiant du mythe. On lira également avec intérêt son journal la Doulou (posthume), introspection sans concession de son expérience de la maladie. – Sa femme, Julia Allard (Paris 1844 - Chargé, Indre-et-Loire, 1940), fut une collaboratrice efficace. L'étude des manuscrits montre le rôle important qu'elle a joué dans l'écriture de ses livres.