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Claude Jolyot de Crais-Billon, dit Crébillon fils

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire mondial des littératures ».

Écrivain français (Paris 1707 – id. 1777).

Il était le fils du poète tragique du même nom. Crébillon fils fut un époux aimant : il avait rencontré une noble Anglaise en 1744, en eut un fils en 1746, l'épousa en 1748, la perdit en 1756 et ne s'en consola pas. Après avoir écrit quelques vers et quelques chansons, il publia le Sylphe (1730), les Lettres de la marquise de M*** au comte de R*** (1732), Tanzaï et Néadarné ou l'Écumoire (1734) qui allie féerie et critique politique et religieuse, les Égarements du cœur et de l'esprit (1736), le Sopha (1742), les Heureux Orphelins (1754), la Nuit et le Moment (1755), le Hasard au coin du feu (1763), les Lettres de la duchesse de *** au duc de*** (1768), les Lettres athéniennes, extraites du portefeuille d'Alcibiade (1771). Après avoir été lui-même parfois victime de la censure, il obtint en 1759, comme son père, une charge de censeur royal, grâce à la protection de Mme de Pompadour.

Les Égarements du cœur et de l'esprit, roman inachevé, sont le récit à la première personne d'une éducation sentimentale. Le récit parcourt tous les chemins qui mènent des maladresses stratégiques d'un jeune homme à l'émergence de la conscience et du sentiment amoureux, du désir à qui tout objet est bon, à la passion qui n'en élit qu'un. Les autres personnages jouent en contrepoint avec la voix de Meilcour, le narrateur : Versac, le libertin roué ; Hortense, la jeune fille passionnément aimée, qui découvre son cœur en même temps que Meilcour ; Madame de Lursay, fausse prude expérimentée, qui s'éprend du jeune homme dont elle voulait faire l'éducation et qui découvre les tourments et les délices de la pédagogie du libertinage.

Le Sopha est un conte moral. Le narrateur, Amanzei, se trouve par les miracles de la réincarnation métamorphosé en sopha. Et si son âme erre de sopha en sopha, c'est pour raconter les divers exploits amoureux dont il est le théâtre. À travers les mésaventures d'un accessoire essentiel du libertinage, l'auteur propose ainsi une vision pessimiste de l'amour en même temps qu'une satire audacieuse de la majesté royale et des mœurs des coquettes et des petits-maîtres du temps.

Les plus beaux textes de Crébillon fils sont aujourd'hui sortis de l'oubli où les avait jetés une critique plus moralisante que littéraire et font de leur auteur l'un des romanciers les plus attachants du xviiie siècle. Ses personnages mettent toute leur intelligence au service du désir qui en devient étincelant. Ils se déplacent dans une société d'oisifs dont la grande et vraiment la seule affaire est la recherche du plaisir. Certes, l'intelligence désirante cantonne certains dans une défense narcissique : nobles cruels et séducteurs, coquettes et vaniteux pris dans de sèches stratégies qui les rapprochent d'autres personnages de Duclos et de Laclos. Leur projet de séduction tout entier réside dans une demande de reconnaissance ; ce qui ne va pas sans pathétique, quand on n'a plus d'occasions de prouver sa valeur (les hommes) ou qu'on est menacé par l'âge (les femmes) L'œuvre de Crébillon est partagée entre une dénonciation critique de la mondanité et son exaltation, entre une réduction cynique de l'amour au désir physique et une nostalgie du sentiment et de la bonté.