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Bjørnstjerne Bjørnson

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire mondial des littératures ».

Écrivain norvégien (Kvikne 1832 – Paris 1910).

Fils d'un pasteur du Romsdal, il entreprend des études qu'il abandonne bientôt pour la littérature et la politique, à un moment où les théories socialistes de Marcus Thrane séduisent la jeunesse de son pays. Néoromantique, disciple de Wergeland, il entend ne pas séparer littérature, politique et volonté de guider le peuple. Après des essais de critique, il définit sa manière dans le récit paysan Synnøve Solbakken (1857) et dans un drame inspiré des sagas islandaises, Entre les combats (1857) : son but est de faire revivre l'histoire norvégienne en revenant dans le roman à un style oral, concis, riche d'images drues, et, dans les drames, à un ton épique, proche des sagas. Synnøve, la petite paysanne, suscitera Arne (1859), Un joyeux garçon (1860), tandis que le drame historique fleurira avec Halte-Hulda (1858) et le Roi Sverre (1861) qui opposent paganisme et christianisme. Un séjour à Rome (1860-1862) va lui faire découvrir les valeurs d'équilibre et de mesure du classicisme, que traduira, contre Shakespeare et Schiller, la grande trilogie dramatique de Sigurd Slembe (1862) où forces de l'instinct et respect d'une juste loi s'affrontent. Un nouveau voyage, à Paris cette fois (1863), lui révèle le drame bourgeois et la problématique qu'il traduit. Bjørnson introduit le genre dans le Nord avec les Nouveaux Mariés (1865). Puis, marqué par la défaite du Danemark, abandonné par les autres pays scandinaves, contre l'Allemagne et sous l'influence de Grundtvig, il va exalter le patriotisme lié à la religion et prêcher un « christianisme joyeux » dans la Fille du pêcheur (1868), tandis que le souvenir d'Oehlenschläger dicte les poèmes épiques et les chefs-d'œuvre lyriques d'Arnljot Gelline (1870) et surtout de Poèmes et Chants (1870), où se trouve le futur hymne national norvégien. La veine paysanne continue d'inspirer de longs récits (la Danse nuptiale, 1872) et des drames tirés des sagas (Sigurd Jorsalafar, 1872). Un nouveau séjour à Rome (1873-1875) et la sensibilité accrue aux influences françaises suscitent de nouveaux drames bourgeois : Une faillite (1875), qui impose son nom à toute l'Europe, et le Rédacteur (1875), tous deux sur le thème de la responsabilité et de l'engagement. À l'exemple d'Ibsen, Bjørnson est maintenant préoccupé de questions politiques, morales et sociales, dans le Roi (1877) et Magnhild (1877), son premier roman réaliste, qui accentue une tendance innée au radicalisme et s'élève contre le mariage de convention, tout en proposant de voir dans le christianisme le seul facteur acceptable d'évolution vers plus de liberté politique, intellectuelle et spirituelle. Après la lecture attentive de Darwin, de Stuart Mill, de Taine et de Renan, il opère un revirement sensible. La vérité, le respect de soi, l'épanouissement de la personnalité individuelle sont revendiqués par le Nouveau Système (1879), drame qui dépeint le conflit entre générations, et par Leonarda (1879), où les problèmes du couple sont durement mis en lumière, tandis que le thème de « la double morale » dicte Un gant (1883). En fait, depuis le début, toute l'œuvre de Bjørnson est dominée par la conscience d'un antagonisme irréductible entre athéisme et foi, angoisse et espoir. Le titre Au-delà* des forces traduit le caractère épuisant de ce conflit : la première partie de cette pièce (1883) pose le problème de la prééminence du christianisme sur les autres religions et sa justification par le miracle ; la seconde (1895), où l'on retrouve certains personnages du premier drame, constitue une grand mise en scène sociale, au dialogue vigoureux, et reste une des premières œuvres théâtrales inspirées par la lutte des classes.

La fin de l'œuvre sera dominée plus que jamais par les luttes politiques, dans le sens d'un socialisme utopique (Paul Lange et Tora Parsberg, 1898). Un apaisement se fait jour, sans doute en raison de la notoriété croissante – Bjørnson a obtenu le prix Nobel en 1903 –, et le dernier chef-d'œuvre, la comédie Lorsque fleurit le vin nouveau (1909), affirme que « les bonnes actions sauvent le monde ».