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Jerzy Andrzejewski

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire mondial des littératures ».

Écrivain polonais (Varsovie 1909 – id. 1983).

Romancier catholique à ses débuts (les Chemins inévitables, 1936 ; la Paix du cœur, 1938), il est l'un des défenseurs les plus virulents du réalisme socialiste après la Seconde Guerre mondiale. Cendres et Diamant (1948) est son roman le plus connu de l'époque stalinienne. Écrit pour répondre à une commande du ministre de la Culture et de la Sûreté nationale qui en a fourni le synopsis, un dossier de la milice sur les événements d'une petite ville polonaise au moment de l'entrée de l'Armée rouge en 1945  –les ordres venus du Kremlin étant de discréditer la résistance polonaise aux Nazis, dans le roman, les personnages ayant appartenu à ses réseaux sont des crapules au passé particulièrement chargé, tandis que les communistes, espions dévoués à Moscou avant-guerre, figurent les éléments sains de la société –, le roman est certainement le seul de cette époque noire de la littérature polonaise à avoir été écrit avec talent. Son succès est immense tant en Pologne qu'à l'étranger, il en est de même pour le film qu'en tire A. Wajda avec des acteurs remarquables qui font oublier le projet politique et la manipulation de la vérité historique. L'engagement stalinien du grand écrivain qu'est Andrzejewski se voit largement commenté dans la littérature polonaise. C. Milosz lui consacre un chapitre de la Pensée captive (1953), « A. ou le moraliste ». Dans les années 1970, Andrzejewski se range parmi les opposants au système communiste et devient, en 1976, l'un des fondateurs du Comité de défense des ouvriers, à l'origine du vaste mouvement que sera Solidarność. Si les engagements politiques et idéologiques d'Andrzejewski sont conformes dans leur évolution à ceux d'un grand nombre d'écrivains de sa génération, il se distingue dans son œuvre par un immense souci de recherches formelles, visible dans toute son œuvre, mais plus particulièrement dans les Portes du paradis (1960) et dans la Pulpe (1980). Les Portes du paradis est un long récit de la croisade des enfants de 1212. L'action relate le troisième jour après la confession des jeunes croisés, moment où leur confesseur doute du bien-fondé de l'entreprise parce qu'il perçoit les viles motivations qui se trouvent à son origine. Ce roman, historique en apparence, est d'abord une dénonciation métaphorique des grandes actions accomplies au nom de raisons supérieures, mais qui cachent le besoin d'assouvir des pulsions peu avouables. Une longue phrase de plus d'une centaine de pages a pour contrepoint une seconde et ultime phrase de quatre mots. La narration, écrite partiellement en une prose rythmique aux apparences de prière – avec de nombreuses répétitions, un style élevé, des thèmes bibliques – se voit contredite par les passages scabreux des révélations intimes des croisés. La Pulpe, un livre de plus de cinq cent pages commencé en 1963, publié en partie en 1965 dans la revue Twórczość, remanié et édité en 1970, offre un large éventail de genres : une narration classique qui s'interrompt au milieu d'une phrase, des saynètes avec des parties dialoguées, le brouillon d'un texte repris « au propre » ailleurs, le journal de l'auteur, ses témoignages sur des événements politiques et historiques qui bouleversèrent la société polonaise, des biographies fictives mais très vraisemblables de Polonais. C'est un roman « en devenir » où l'acte d'écrire devient un acte sur l'écrire. L'inaccomplissement structure la stratégie narrative de ce livre sur l'échec qui aboutit à une mort, elle aussi absurde. Du titre, la Pulpe, l'auteur déclara qu'il s'agissait de ce qui restait d'un homme qui, pour se suicider, s'était jeté d'une grande hauteur. Parmi les autres romans de Jerzy Andrzejewski, retenons les Ténèbres couvrent la terre, 1957, une évocation romanesque de l'Inquisition, allusion à « La Légende du Grand Inquisiteur » de Dostoïevski ; Sautant sur les montagnes, 1963, s'intéresse à la création artistique en tant que forme de pouvoir magique sur les hommes. Présentant un vieux peintre français, qui trouve son génie dans ses relations avec de très jeunes femmes, l'auteur règle quelques comptes avec la critique qui crée volontiers des mythes et recherche le sublime ; le Recours, 1968 ; le Jeu avec l'ombre 1987.