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Baptême de Clovis

Mérovingiens

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Mérovingiens

Dynastie qui régna sur les Francs Saliens, puis sur la Gaule à partir de Clovis ; elle fut évincée par les Carolingiens en 751.

Introduction

La dynastie des Mérovingiens doit son nom à un ancêtre plus ou moins mythique, Mérovée, dont l'existence n'est mentionnée que par des textes de la fin du VIIe s. ou du VIIIe s. et auquel le Liber historiae Francorum du VIIIe s. a donné pour ascendant un souverain qui n'a sans doute jamais existé : Pharamond (ou Faramund), fils de Marcomer. Cette dynastie, qui régna d'abord sur les Francs Saliens fédérés à l'Empire par l'empereur Julien dès 358, se subordonna progressivement de très nombreuses populations germaniques et l'ensemble des populations gallo-romaines entre la fin du Ve s. et 751, date de son élimination définitive par les Carolingiens.

La conquête mérovingienne

Les débuts

Issue de Chlodion (?-vers 460), qui conquiert la Belgique seconde jusqu'à la Somme après avoir occupé Cambrai vers 430 / 440, conquête bientôt reconnue par traité par Aetius (?-454), la dynastie mérovingienne se divise dès l'origine en plusieurs branches : celle de Ragnacharius, roi de Cambrai ; celle des frères de ce dernier Chararicus et Rignomeris, qui règnent peut-être sur les Francs de Thérouanne et de Cologne, et qui ont sans doute pour ancêtre Chlodion ; enfin celle du père de Clovis, Childéric Ier, roi de Tournai, dont il n'est pas sûr qu'il soit le fils de Chlodion.

   Childéric Ier surgit dans l'histoire vers 457 en tant que chef d'un corps auxiliaire combattant les Alains et les Wisigoths, aux côtés du magister militium Egidius ; il contribue à la défaite infligée à ces derniers près d'Orléans en 463, puis aide le comte Paul à vaincre en 469 les Saxons établis près d'Angers. Parallèlement, il entreprend, semble-t-il, de soumettre à son autorité les habitants des cités de la Belgique seconde en leur imposant par la force la signature d'alliances inégales qui lui permettent de lever à son propre profit l'impôt romain : aussi apparaît-il comme le véritable fondateur de la dynastie mérovingienne.

Clovis et l'expansion franque

Mais c'est le fils et successeur de Childéric Ier, Clovis Ier (481 ou 482-511), qui jette les bases territoriales de la puissance mérovingienne. Allié notamment à son parent Ragnacharius de Cambrai, il défait Syagrius en 486 ( ?) sous les murs de Soissons, s'empare des territoires contrôlés par ce dernier entre Somme et Loire, et contraint les Wisigoths à lui livrer la personne du vaincu, qu'il fait aussitôt exécuter.

   Favorisé par la présence de nombreux établissements de laeti (ou Lètes) et de colons, il entreprend la pacification des territoires conquis et sans doute déjà l'annexion des principautés saliennes encore indépendantes. Il pratique une habile politique matrimoniale qui lui procure l'alliance du roi des Burgondes, Gondebaud, dont il épouse la nièce Clotilde vers 493, puis celle du roi des Ostrogoths, Théodoric, auquel il donne en mariage sa propre sœur Audoflède ; il obtient par ailleurs l'appui agissant et efficace de l'Église à la suite de sa conversion au catholicisme à une date d'ailleurs très discutée (498, 499 ou 506). Ainsi peut-il reprendre sa politique d'expansion territoriale aux dépens d'abord des Alamans, vaincus vers 496 ou, plus vraisemblablement, en 506, puis aux dépens des Wisigoths d'Alaric II, battu et tué à Vouillé en 507.

   Le roi des Francs étend alors sa domination jusqu'à la vallée du Rhin moyen à l'est, jusqu'aux Pyrénées au sud, où il incorpore la totalité des territoires wisigothiques, à l'exception de la Septimanie (actuel bas Languedoc), dont l'accès lui est interdit en 508 par Théodoric, qui occupe en même temps la Provence au sud de la Durance. Il dispose ainsi d'une puissance et d'un prestige suffisants pour contraindre les Francs de Cologne à reconnaître sa souveraineté vers 509 et pour inciter l'empereur Anastase à rechercher son alliance contre les Goths en lui faisant remettre des insignes, dont la nature, très discutée, aboutit à légitimer son autorité auprès des Gallo-Romains.

L'œuvre territoriale des fils de Clovis

Clovis, qui a transféré sa capitale de Tournai à Soissons, puis à Paris au lendemain de Vouillé, laisse à ses fils le soin d'achever à leur profit l'occupation de la Gaule romaine et d'en assurer la protection par la constitution de glacis stratégiques en Germanie et en Italie du Nord. Après une première offensive qui aboutit à la capture, puis à la mise à mort du roi Sigismond en 523, les fils de Clovis, vaincus à Vézeronce le 25 juin 524 par le frère du défunt Gondemar (?-534), annexent définitivement le royaume des Burgondes en 534, avant de se faire céder la Provence en 537 par le roi des Ostrogoths Vitigès (?-542), tandis que, à une date inconnue, ils s'efforcent d'imposer le versement d'un tribut aux Bretons établis en Armorique au Ve s. Les rois mérovingiens échouent dans leur tentative d'occuper la Septimanie et d'établir une tête de pont transpyrénéenne entre Pampelune et Sarragosse (expéditions de Childebert Ier en 531 et en 541) ; ils réussissent, par contre, à établir leur domination sur la Germanie méridionale, principalement sous l'impulsion de Thierry Ier (?-534) et de Thibert Ier (ou Théodebert), qui contraignent les Alamans établis entre le Danube et le Neckar à leur payer un tribut après 536, peu après l'incorporation au royaume franc (vers 531) de la Thuringe et peu avant l'instauration (vers 555) par Clotaire Ier de son protectorat sur la Bavière, placée sous l'autorité directe d'un duc national. La Germanie méridionale, qui constitue une importante avancée territoriale vers l'est, apparaît très tôt comme une base idéale pour mener des expéditions contre les peuples barbares qui la flanquent. Au nord, celles qui sont dirigées par Thierry Ier en 534, puis par Clotaire Ier après la révolte de 555 n'aboutissent qu'à l'instauration d'un protectorat purement nominal sur les Saxons. Au sud, celles des rois de Reims. Thibert Ier (534-548) et Théodebald (548-555) se font à partir de la vallée du Danube et de la Pannonie, où les Lombards sont sans doute soumis temporairement à l'autorité franque vers 540 et où la pénétration en Italie se fait en collusion plus ou moins officielle avec les Byzantins, qui sollicitent, concurremment avec les Ostrogoths, l'alliance franque. Aussi en 539, aux dépens des uns et des autres, et en 540, en essayant de vendre son alliance à Vitigès contre la cession de la moitié de l'Italie, Thibert Ier pénètre-t-il en Italie du Nord, où les forces franco-alamanes de son fils Théodebald, sous les ordres de Leuthari et de Buccelin, occupent la plaine du Pô en 553-554, rejetant au sud du fleuve les troupes byzantines de Narsès, puis ravageant la péninsule jusqu'à Otrante et jusqu'à Reggio, avant d'être détruites par une épidémie ou dispersées par le même Narsès près de Capoue.

   En fait, malgré ces échecs, au lendemain de l'effondrement de la puissance ostrogothique en 555 et de la mort de Clotaire Ier en 561, le regnum Francorum apparaît comme la première puissance de l'Occident barbare et le seul partenaire possible de l'Empire romain, partiellement restauré dans son extension territoriale.

Crises politiques et querelles dynastiques (561-613)

Premiers conflits

Dissimulées par la nécessité d'assurer en commun l'héritage de Clovis, les ambitions – génératrices de crises – des fils du roi se manifestent ouvertement pour la première fois au lendemain de la mort, à Vézeronce en 524, du second d'entre eux, Clodomir, roi d'Orléans (511-524). Pour se partager son héritage, ses frères puînés, Childebert Ier (511-558) et Clotaire Ier (558-561), font aussitôt assassiner deux de ses jeunes fils, tandis que le troisième, Clodoald (vers 522-vers 560), pour survivre, doit entrer en religion et s'établir à Novigentum, où il fonde le monastère auquel sera donné son nom : Saint-Cloud.

   À son tour, Clotaire Ier manque d'être assassiné par son frère aîné, Thierry (511-534), au cours de leur commune expédition en Thuringe. La disparition de ce dernier en 534 déclenche de nouvelles guerres intestines, dont Childebert Ier est cette fois l'instigateur et que seule la vieille reine Clotilde (vers 475-545), retirée à l'abbaye de Saint-Martin de Tours, parvient à apaiser. Ainsi le roi de Paris doit-il renoncer à confisquer l'héritage de son neveu le nouveau roi de Reims, Thibert Ier (534-548), avec lequel il était entré en conflit et aux côtés duquel il tente ensuite vainement d'éliminer Clotaire Ier, réfugié vers 540 dans la forêt d'Arelaunum (aujourd'hui Brotonne).

Les petits-fils de Clovis ou le temps des guerres fratricides (561-584)

Les Mérovingiens consacrent alors l'essentiel de leurs forces à affirmer leur hégémonie en Occident et mettent un terme temporaire à leurs querelles. Celles-ci reprennent en décembre 561, lorsque, à la mort de Clotaire Ier, le fils cadet de ce dernier, Chilpéric Ier (539-584), s'empare du trésor royal et s'établit à Paris. Fils d'Arégonde, le jeune souverain craint, en effet, que sa légitimité ne soit contestée par ses trois demi-frères, Charibert (?-567), Gontran et Sigebert Ier, roi d'Austrasie, fils d'Ingonde, la première épouse de Clotaire Ier et sœur d'Arégonde.

   Contraint d'abandonner ses conquêtes en 562, n'obtenant alors en héritage que les provinces septentrionales du regnum Francorum, craignant enfin pour sa vie, il se replie de Soissons à Tournai, où il attend l'instant propice pour prendre sa revanche.

   À la faveur d'une invasion des Avars, que Sigebert Ier combat en Germanie, il occupe Reims, mais ne peut empêcher le roi d'Austrasie de s'emparer, à son retour, de Soissons et de son fils en bas âge Thibert. Renforçant pourtant peu après sa position en s'attribuant en 567 une large part de l'héritage de Charibert, il rêve alors d'égaler la puissance de son frère et rival Sigebert Ier, qui épouse à Metz Brunehaut, fille cadette du puissant roi des Wisigoths, Athanagild. Pour parvenir à ce but, il sollicite alors et obtient la main de Galswinthe, sœur aînée de la nouvelle reine franque.

   Mais, incapable de résister à la passion qu'il éprouve pour sa maîtresse, l'esclave Frédégonde, il laisse sans doute cette dernière étrangler la malheureuse princesse wisigothe en 568 ; s'étant remarié avec l'auteur du crime, il accepte de céder à Sigebert Ier, à titre de compensation, le douaire de la défunte, qui comprend les cités de Limoges, de Bordeaux, de Cahors, de Béarn et de Bigorre.

   Cet accord, conclu grâce à la médiation du roi de Bourgogne, Gontran (561-592), retarde de quelques années seulement le déclenchement d'une longue guerre civile. Celle-ci éclate en 573 à l'instigation de Chilpéric Ier, qui tente de s'emparer de la Touraine et du Poitou. Sans doute, son fils Clovis est-il vaincu par le patrice Momble et chassé de Bordeaux, mais un autre de ses fils, Thibert, bat près de Poitiers les forces de Sigebert Ier. Ce dernier fait alors appel contre lui aux « nations » germaniques, qu'il renvoie avec peine outre-Rhin en 574, après que les deux adversaires ont ravagé l'Aquitaine et que Chilpéric Ier, effrayé, a décidé de lui restituer ses conquêtes en Aquitaine. Il brise en 575 une nouvelle offensive de Chilpéric Ier, soutenu cette fois par Gontran. Ayant perdu son fils Thibert, tué en Angoumois, contraint lui-même de se réfugier à Tournai, tandis que Sigebert Ier fait reconnaître sa royauté par ses propres sujets, Chilpéric Ier se résout alors à faire assassiner son frère par deux « pueri » de Frédégonde lors de son élévation sur le pavois à Vitry en 575.

   Maître de Paris et, par là même, du trésor royal et de la personne de Brunehaut, qu'il retient ensuite prisonnière à Rouen, il ne peut pourtant consacrer son triomphe par l'assassinat du jeune Childebert II, à peine âgé de cinq ans. Fils unique et héritier de Sigebert Ier, ce prince est sauvé par le duc Gondebaud et proclamé, le 25 décembre 575, sans doute à Metz, roi d'Austrasie par l'aristocratie locale, avant d'être reconnu en mai 577 héritier du royaume de Bourgogne par son oncle Gontran, qui vient de perdre le dernier de ses fils. En outre, en 581, il est reconnu héritier de celui de Chilpéric Ier, dont les fils ont tous disparu (ceux de sa première épouse, Audovère : Mérovée et Clovis s'étant ou ayant été « suicidés » sans doute à l'instigation directe ou indirecte de Frédégonde, persuadée que ses propres enfants Somson et Clodebert, morts en bas âge, ont été victimes des maléfices de leurs demi-frères).

   Cette double désignation successorale n'empêche pas Childebert II d'entrer tour à tour en conflit avec chacun de ses oncles : après une longue querelle sanglante qui l'oppose à Gontran, il se fait, en effet, céder par ce dernier la moitié austrasienne de Marseille (581-584) ; il se rapproche alors du roi de Bourgogne, auquel Chilpéric Ier a infligé en 583 de lourdes pertes à Châteaumeillant, au cœur du Berry, que ce dernier veut lui enlever.

   La naissance de Clotaire II, fruit tardif de l'union de Frédégonde et de Chilpéric Ier, l'assassinat de ce dernier souverain dans la forêt de Chelles en septembre 584 remettent alors en cause l'accord de 581. Pourtant, les ambitions italiennes de Childebert II, la protection accordée par Gontran à la veuve et aux enfants de Chilpéric Ier empêchent la reprise immédiate de la guerre civile.

Les temps des reines (584-613)

Momentanément contenue par l'habileté de Gontran, qui réussit à éliminer en mars 585 le dangereux Gondovald, qui prétend être le fils de Clotaire Ier, avec la connivence des Austrasiens, la guerre civile reprend avec plus de rudesse au lendemain de la signature du traité d'Andelot, qui consacre pourtant, le 28 novembre 587, le rôle prépondérant que jouent désormais les leudes dans chacun des trois royaumes francs. La mort tardive de Gontran (28 mars 592) et la mort prématurée de Childebert II (à la fin de décembre 595) laissent en effet aux prises Brunehaut et Frédégonde, qui éprouvent l'une envers l'autre une haine inexpiable.

   Animant sans doute les forces de Clotaire II, qui bat en 595 les forces de Childebert II, qui tentent de confisquer son royaume, s'emparent de Paris et faisant briser près de Latofao (aujourd'hui Laffaux) l'offensive austrasienne des fils de Childebert II, Frédégonde disparaît la première en 597.

   Resté seul, son fils Clotaire II est alors vaincu près de Dormelles en 599 ou en 600. Il ne contrôle plus dès lors que la fraction maritime de la Neustrie (entre la Seine, l'Oise et la Manche) et entre en conflit direct avec la reine Brunehaut. Celle-ci dirige successivement les royaumes d'Austrasie (595-vers 600) et de Bourgogne (vers 600-613) au nom de ses petits-fils Thibert II (595-612) et Thierry II (595-613), aux côtés desquels elle vit tour à tour ; mais elle ne peut empêcher les deux frères d'entrer en conflit l'un avec l'autre. Vaincu près de Toul, puis au sud de Zülpich par son frère Thierry II, le roi d'Austrasie est même livré à sa grand-mère, qui le fait tondre ; peu après, il est assassiné, ainsi que son fils Mérovée. Mais, à la mort du jeune roi de Bourgogne, au cours d'une campagne contre Clotaire II, Brunehaut est trahie par les aristocraties austrasienne et bourguignonne, qui refusent de lui abandonner une troisième fois la régence du royaume au nom de ses arrière-petits-fils Sigebert II et Corbus. Clotaire II profite alors de la neutralité active du maire du palais de Bourgogne, Garnier, descend la vallée de la Saône, fait exécuter les enfants de Thierry II, sauf son filleul Mérovée, et s'empare à Orbe de Brunehaut, dont il fait mettre le corps en lambeaux à Renève par un cheval indompté.

Le temps de la réunification et du renouveau (613-638)

Clotaire II réunit à Paris, en octobre 614, une assemblée de soixante-dix-neuf évêques et de nombreux Grands ; il reconnaît devant eux et devant le peuple les torts de la dynastie mérovingienne et promulgue à cet effet l'édit du 18 octobre, qui condamne les abus passés. Il a, en outre, la sagesse de respecter les particularismes régionaux. C'est ainsi que, dès 613, il maintient à la tête de chacun des trois royaumes un maire du palais : l'Austrasien Radon, le Bourguignon Garnier, ainsi récompensé de sa félonie, enfin le Neustrien Gundoland, successeur du fidèle Landry. Il multiplie ensuite les concessions à l'égard des aristocraties bourguignonne et austrasienne. Après avoir exécuté quelques comploteurs, dont le patrice Aléthée, il confirme en effet les privilèges de la première par l'octroi de diplômes à l'issue de l'assemblée de Bonneuil de 616, puis il accorde à la seconde un souverain en la personne de son jeune fils Dagobert Ier, qu'il envoie régner en Austrasie en 623-624 sous la tutelle de Pépin de Landen et d'Arnoul, évêque de Metz. Ainsi, malgré quelques désordres provoqués en Austrasie par sa décision d'annexer les dépendances de ce royaume en Aquitaine et en Champagne – dépendances qu'il doit pour partie restituer à son fils Dagobert vers 626 –, malgré aussi les troubles sanglants qui marquent la convocation à Clichy, en 627, d'une assemblée des Grands de Neustrie et de Bourgogne, dont il a supprimé le maire avec leur accord à la mort de Garnier en 626 / 627, peut-il léguer en 629 à Dagobert un royaume renforcé et relativement pacifié. Dagobert Ier transforme dès 629 l'Aquitaine en une sorte d'apanage, sous l'autorité d'abord de son frère puîné Charibert (629-632), puis d'un duc franc ; il maintient par ailleurs l'indépendance de l'Austrasie, à laquelle il donne pour roi dès 634 Sigebert III, le fils qu'il a de Raintrude. Ainsi parvient-il à faire respecter son autorité monarchique tant à l'intérieur qu'à l'extérieur du regnum Francorum, où seuls les Saxons parviennent à mettre en échec sa politique. Malheureusement, sa mort, le 19 janvier 638 (ou 639 selon Christian Courtois) ouvre une crise dynastique qui aboutit à l'élimination des Mérovingiens par les Carolingiens, dynastie issue de la lignée des maires du palais d'Austrasie.

La fin d'une dynastie (638-751)

Le temps de la division (638-657)

En 638 / 640 c'est l'avènement de deux souverains mineurs. Sigebert III (634-656), le fils de Raintrude, en Austrasie, et Clovis II (640-657), le fils de Nantilde (vers 610-642), en Neustrie et en Bourgogne. Il faut confier de ce fait la réalité du pouvoir à des maires du palais : Otton (638-643), puis Grimoald (643-662), le fils de Pépin de Landen (décédé en 640) en Austrasie, Aega (638-641), puis Erchinoald (641-657) en Neustrie. Enfin, en 642, l'assemblée d'Orléans restaure la mairie de Bourgogne au profit de Flaochad, neveu par alliance de la régente Nantilde. Tous ces faits facilitent la reprise et même l'accélération du processus de décomposition du regnum Francorum et de dessaisissement politique des souverains au profit des chefs de l'aristocratie franque : les maires du palais.

Le temps de la prépondérance neustrienne (657-680)

À la faveur du long règne de Clovis II (640-657), à la faveur ensuite du long gouvernement du maire du palais Ebroïn (657-673 et 675-683), qui prend la tutelle des jeunes fils de ce souverain – Clotaire III (657-675) et Thierry III (673-691) –, la Neustrie affirme sa prépondérance au sein de la Gaule mérovingienne, non sans difficulté d'ailleurs, car, supportant avec impatience l'autorité d'Ébroïn, les aristocraties neustrienne et bourguignonne font appel au roi d'Austrasie, Childéric II (662-675), neveu et successeur de Sigebert III. Écarté du pouvoir en 673, le maire du palais est enfermé dans le monastère de Luxeuil, où il est rejoint en avril-mai 675 par son ennemi l'évêque d'Autun, Leodegarius (Léger), qui a voulu imposer son autorité au souverain. Childéric II contraint Thierry III à se faire moine à Saint-Denis, et tente de régner sur l'ensemble du regnum Francorum (673-675). Mais il est assassiné en 675 par un Grand, Bodilon, victime de sa cruauté. Avec lui disparaît le dernier Mérovingien qui ait réellement essayé de gouverner ses sujets.

   Dès lors, les souverains ne sont plus que des jouets entre les mains des maires du palais. Libéré, Ébroïn s'appuie aussitôt sur les Austrasiens et sur Clovis III, fils prétendu de Clotaire III, pour reprendre le contrôle de la mairie du palais de Neustrie et de Bourgogne, temporairement occupée par un fils d'Erchinoald, Leudesius, qui est exécuté après la défaite à Baizieux, près de Corbie, de son souverain Thierry III. Ébroïn, qui écarte alors Clovis III au profit de ce dernier souverain, se heurte à une tentative d'émancipation de la Bourgogne, dont il brise le particularisme en faisant supplicier en 676 / 678, puis exécuter en 677 / 679 celui qui l'incarne : saint Léger, évêque d'Autun.

   À cette dernière date, seule l'Austrasie conteste encore la prépondérance de la Neustrie et de son chef réel, Ébroïn, qui n'a remporté que des succès éphémères dans la longue lutte qui l'oppose à la puissante famille des Pippinides. C'est ainsi qu'il a fallu six ans à ce dernier pour briser la tentative d'usurpation du fils de Pépin de Landen, le maire du palais Grimoald, et de son fils Childebert (656-662), qu'il a fait adopter par le Mérovingien Sigebert III et dont la victime a été le jeune Dagobert II. Tonsuré, relégué en Irlande (656-676), celui-ci ne revient que tardivement pour régner sur l'Austrasie (676-679), où il succède paradoxalement à son frère Childéric II (662-675). Mais la disparition du maire du palais d'Austrasie, Vulfoald (Goufaud) [662-679], permet à Pépin de Herstal, petit-fils de Pépin de Landen et d'Arnoul, évêque de Metz, de reprendre le pouvoir dans ce royaume, au moment même où la disparition de Dagobert II livre l'Austrasie en 679 à son cousin le roi de Neustrie Thierry III et à son maître Ébroïn. Vaincu par ce dernier en 680 à Lucofao (aujourd'hui Bois-du-Fays, près de Laon), Pépin de Herstal s'enfuit, et son frère (ou demi-frère) Martin est exécuté. Ébroïn apparaît alors comme l'unique maître de la Gaule mérovingienne. Mais son assassinat en 680 (ou 683) par un officier révoqué, Ermenfroy, remet tout en cause.

La montée de l'Austrasie et le triomphe des Pippinides (687-751)

La faiblesse du nouveau maire du palais de Neustrie, Waratton (680 ou 683-vers 686), l'incapacité de son gendre et successeur, Berchier (686-687), la victoire remportée sur ce dernier par Pépin de Herstal à Tertry, près de Saint-Quentin, en 687 permettent à l'Austrasie de substituer définitivement sa prépondérance à celle de la Neustrie à la fin du VIIe s. Unie à la Bourgogne, celle-ci ne conserve que les apparences de l'autonomie : la mairie du palais, dont le titulaire désigné par Pépin est en fait soit l'une de ses créatures, tel Norbert (vers 687-vers 700), soit l'un de ses fils, tel Grimoald (vers 700-714) ; la royauté, dont les héritiers, trop jeunes pour gouverner, se contentent de régner sur l'ensemble un peu disparate du regnum Francorum depuis leur résidence neustrienne, tels Clovis III (ou IV)vers [691-vers 695], Childebert III (vers 695-711) et Dagobert III (711-715).

   Maître du jeu, Pépin peut alors rétablir l'hégémonie franque sur les peuples germaniques qui se sont émancipés au VIIe s. : au nord, les Frisons de Radbod sont rejetés au nord du Rhin, et la fille de leur prince, Théodelinde, est contrainte d'épouser Grimoald en 695 / 696 ; à l'est, les Alamans, émancipés par leur duc Gottfried à la fin du VIIe s., sont replacés sous l'autorité franque entre 709 et 712, et leur évangélisation est alors achevée, ainsi que celle des Germains de Bavière.

   Liée à la personne de son auteur, cette œuvre est en fait très fragile. Elle l'est d'autant plus que les héritiers légitimes de Pépin ou meurent avant lui, tels ses fils Drogon et Grimoald, qui disparaissent prématurément en 708 et en 714, ou sont trop jeunes pour lui succéder efficacement, tel le fils bâtard de Grimoald, Theudoald, âgé seulement de six ans lorsque son grand-père disparaît le 16 décembre 714. Les Neustriens sont bientôt soutenus par les Aquitains du duc Eudes, par les Saxons, qui franchissent le Rhin, et par les Frisons, auxquels ils joignent leurs forces. Dirigés par leur nouveau maire du palais, Rainfroi, ils se révoltent contre l'autorité vacillante de la veuve de Pépin, Plectrude, et tentent de lui opposer celle d'un Mérovingien, fils réel ou non de Childéric II : un clerc de quelque quarante ans, Daniel, rebaptisé Chilpéric II (715-721), qui succède ainsi opportunément à Dagobert III.

   L'intervention d'un autre bâtard de Pépin de Herstal, Charles (le futur Charles Martel), fils aîné de sa concubine Alpaïde, renverse brutalement la situation et sauve l'Austrasie et les Pippinides. Vainqueur des Neustriens près de l'Amblève en 716, à Vinchy en 717 et aux abords de Soissons en 719, Charles couvre son action du manteau de la légitimité mérovingienne, d'abord en opposant au roi de Neustrie, Chilpéric II, un roi d'Austrasie, Clotaire IV (718-719), peut-être fils de Thierry III, puis en leur donnant un successeur, Thierry IV (721-737), fils de Dagobert III.

   Fantoche dépourvu de tout pouvoir, Thierry IV, laisse la réalité du pouvoir à Charles, désormais unique maire du palais du regnum Francorum. Tenant solidement l'Austrasie familiale, maître incontesté de la Neustrie adverse et de la Germanie voisine, dont il facilite l'évangélisation avec l'aide principale de saint Boniface, Charles Martel profite des invasions arabes pour restaurer enfin l'autorité franque dans toute la Gaule. Après avoir battu les forces musulmanes d'Abd al-Rahman ibn Abd Allah à Poitiers en 732, il impose en effet au duc d'Aquitaine, Hunaud, la prestation d'un serment de fidélité en 736 ; en même temps, il reprend en main le contrôle de la Gaule du Sud-Est, où il occupe la Bourgogne jusqu'à Lyon en 733, puis les villes de la vallée du Rhône au terme de nombreuses expéditions menées en 736, en 737, et en 739. Il néglige à la mort de Thierry IV, en 737, de recourir aux services d'un nouveau Mérovingien et procède peu avant sa mort à un partage « royal » de sa succession entre ses deux fils légitimes – Carloman (741-747), qui reçoit l'Austrasie, l'Alamannie et la Thuringe, Pépin le Bref (741-751), auquel il accorde la Bourgogne, la Neustrie et la Provence – et son fils naturel, Griffon (726-753), pourvu de quelques terres en Austrasie, en Neustrie et en Bourgogne, terres qu'il détient dès lors sans droit de souveraineté.

   Dès l'annonce de la mort de Charles Martel le 22 octobre 741 se manifestent les forces centrifuges, qui espèrent exploiter la faiblesse ou l'inexpérience possible des deux maires du palais. Avec l'appui de Griffon, Aquitains, Bavarois, Alamans, Saxons se rebellent aussitôt. Renforçant alors leur autorité à l'abri de la royauté fictive d'un dernier Mérovingien, Childéric III (743-751), fils de Chilpéric II, les deux fils légitimes de Charles Martel s'emparent de la personne de Griffon en 741, puis brisent par la force les révoltes saxonnes (743 et 744), bavaroises (743 et 744), aquitaines (742 et 745) et des Alamans (744-746). Resté seul maître du regnum Francorum après la décision de Carloman d'abdiquer pour entrer dans les ordres en 747, Pépin le Bref doit briser de nouvelles insurrections, saxonne en 748 et bavaroise en 749, suscitées par Griffon.

   L'intelligence politique des Pippinides, l'importance du réseau de fidélités personnelles qu'ils ont su mettre en place, la puissance de leur armée, et en particulier de leur cavalerie, création de Charles Martel, l'ampleur, enfin, des confiscations de biens d'Église par ce dernier et, par contrecoup, l'aisance de leur trésorerie, tels sont les facteurs qui expliquent la réussite des ancêtres des Carolingiens.

   Pourtant, le dernier aspect de cette politique aurait pu les priver de l'appui de l'Église. En décidant de restituer partiellement en 742 en Austrasie les biens ainsi usurpés, en faisant appel notamment à saint Boniface pour évangéliser la Germanie, en facilitant la réunion, en Austrasie et en Neustrie, des synodes des Estinnes en 743 et de Soissons en 744 afin d'y restaurer la hiérarchie et la discipline, les fils de Charles Martel s'assurent la fidélité du corps ecclésial et notamment de Boniface. Ce dernier n'hésite pas à sacrer avec de l'huile sainte Pépin le Bref, qui s'est fait reconnaître roi des Francs par les Grands assemblés à Soissons en novembre 751, tandis que le dernier Mérovingien, Childéric III, est tondu et enfermé à l'abbaye de Saint-Bertin à Sithiu, près de Saint-Omer. Ainsi se trouve assuré sans difficulté le changement de dynastie dans un pays où un long effacement a couvert du manteau de l'indifférence et détaché des Mérovingiens la masse de leurs sujets, devenus insensibles à l'origine et à l'aspect mystiques de leur pouvoir monarchique.

LES INSTITUTIONS MÉROVINGIENNES

Le roi

Lointain descendant du mystérieux Mérovée, qui confère un charisme héréditaire à sa dynastie, ne devant en fait la possession du trône qu'à la force, considérant enfin ce dernier comme un bien patrimonial, le roi mérovingien détient un pouvoir absolu de type germanique, qu'il exerce par des bans (ou ordres) auxquels nul ne peut désobéir, qu'il soit clerc ou laïque, sous peine d'une amende de 60 sous d'or et, en cas de récidive, de mise hors la loi.

Le palais

Adaptation de l'institution impériale de même nom, le palais, qui est devenu une institution itinérante de villa en villa, réunit plusieurs organismes.

Les services de cour

Ils sont dirigés par les grands dignitaires antiques : le majordomus (ou major palatii), sans doute successeur du curopalate byzantin, responsable de l'intendance du palais et qui finit par étendre son autorité à l'ensemble de la Cour avant de la substituer à celle du souverain au cours du VIIe s., lors de la constitution d'entités régionales, Austrasie, Neustrie, Bourgogne ; le comte du palais, qui préside en son absence le tribunal du palais, formé de leudes ; le sénéchal (francique siniskalk), responsable de la discipline qui dirige l'ensemble du personnel domestique du palais ; le chef des échansons (pincernae), qui commande le service de bouche ; le connétable (comes stabuli), chef des services de l'écurie, ayant sous ses ordres des maréchaux (valets de chevaux) ; le chambellan (cubicularius), valet de chambre du roi, sous l'autorité duquel sont placés les camériers (camerarii), responsables de la garde du trésor royal, déposé dans une chambre (camera) qui jouxte celle du roi.

Les bureaux d'écriture (scrinia)

Ils réunissent de nombreux scribes (notarii, cancellarii), dirigés par les référendaires (referendarii), auxquels sont même confiés des missions politiques ou des commandements militaires.

La garde militaire des antrustions

Ces derniers sont les successeurs des compagnons germaniques qui jurent « truste et fidelit » au roi, devant lequel ils se présentent en armes.

L'administration locale

Le comte

Il en est l'agent essentiel. Représentant par excellence du roi, il exerce son autorité soit dans le cadre de la civitas (cité) gallo-romaine, transformée en circonscription ecclésiastique (au VIe s., on en compte 120), soit dans celui, plus réduit, du pagus dans les contrées germaniques, par assimilation, au VIIe s., de ses fonctions à celle d'un officier royal de rang originellement inférieur, le grafio. Responsable de l'administration et de la justice, il lève l'impôt, réunit et commande les troupes de son ressort, si possible en accord avec l'évêque, dans l'élection duquel le roi intervient dès le VIe s. et dont seule l'autorité peut, de ce fait, limiter la sienne. Recruté d'abord parmi les Grands fréquentant la Cour royale, il échappe finalement à l'autorité du souverain lorsque celui-ci doit admettre en 614 un recrutement local.

Le duc

À un niveau supérieur, le duc exerce un commandement purement militaire dans des cadres territorialement fluctuants, sauf dans les duchés de Champagne et de Toulouse.

Le Centenarius

À un rang très inférieur, le centenarius (centenier) n'est responsable que de 100 à 120 soldats francs implantés sur la terre royale.

Les finances

Confondant les revenus du royaume avec leur fortune personnelle, mis dans l'impossibilité de procéder à la révision du cadastre et donc de lever régulièrement l'impôt foncier, les rois multiplient dès la seconde moitié du VIe s. les impôts indirects (péages et tonlieu), dont le produit complète celui des droits régaliens : monnayage, droit de gîte ou fredum, part revenant au roi lorsqu'il y a « composition » judiciaire. Mais, amputé de la fraction du fredum qui sert à rétribuer le comte, réduit par ailleurs par la concession trop fréquente du privilège d'immunité à l'Église, le produit de l'impôt se révèle insuffisant pour faire vivre les rois mérovingiens, qui tirent en fait l'essentiel de leurs ressources de la guerre, qui leur fournit butin, esclaves et tributs, et surtout de l'exploitation économique de leur domaine foncier, constitué d'anciennes terres du fisc impérial. Aussi ne faut-il pas s'étonner que sa dissipation, soit au profit de l'Église pour des raisons religieuses, soit au profit des Grands pour en étayer la fidélité chancelante, ait été l'une des raisons fondamentales de la décadence de la dynastie mérovingienne face à l'aristocratie bénéficiaire de ce transfert de propriétés.

La justice et le régime de la personnalité des lois

Le système judiciaire des Mérovingiens repose sur l'utilisation de plusieurs codes à caractère ethnique rédigés à l'initiative des souverains barbares. Certains de ces codes sont des abrégés des lois romaines applicables à leurs sujets gallo-romains de l'Ouest et du Sud-Ouest (Bréviaire d'Alaric de 506) ou du Sud-Est (lex romana Burgondionum, compilée au début du VIe s. sur l'ordre du roi Gondebaud). D'autres sont des résumés en latin des coutumes barbares profondément pénétrées par le droit romain : loi Gombette, codifiant le droit burgonde vers 501-515 ; lex salica « en 65 titres », qui date de 507-511 et dont sont dérivées aux VIe s., VIIe s. et VIIIe s. la loi ripuaire, la loi des Thuringiens et la loi des Francs Chamaves, alors que le pactus Alamannorum et la lex Bajuvariorum empruntent en outre au droit gothique ou au droit canonique.

   Dans chaque cité est établi un tribunal, le mallus, généralement mixte (chez les Gallo-Romains, les Francs et même les Bourguignons) et gratuit, recruté par voie d'autorité parmi les notables du lieu (boni homines, rachimbourgs, etc.) et dont le comte proclame et exécute les sentences. La personnalité des lois apparaît comme l'élément caractéristique d'un système judiciaire dont les principaux traits sont, par ailleurs, d'inspiration germanique : oralité et formalisme de la procédure ; pratiques défavorables à l'accusé de la conjuratio et des ordalies, puis du duel judiciaire ; enfin et surtout renonciation aux peines afflictives, remplacées par le wergeld (de l'allemand Wehr, défense, et Geld, argent) dont le montant est déterminé notamment dans la lex salica par un tarif des « réparations » établi selon un barême minutieusement proportionné à l'importance du délit : 200 sous pour le meurtre d'un homme ou d'une femme libre ; 100 sous pour avoir arraché une main, un pied, un œil ou un nez ; 3 sous seulement pour le vol d'un porcelet à la mamelle, etc.

   Ainsi se trouve arrêté l'exercice de la vengeance privée et limitée la propension des victimes ou de leurs parents à se faire justice eux-mêmes. Protégeant particulièrement le roi et les gens de son entourage, dont le wergeld est triplé, ce système fournit en outre d'abondantes ressources financières, puisque le tiers de la composition, ou fredum, lui est versé.

L'ÉGLISE MÉROVINGIENNE

Seule force morale et seule puissance intellectuelle capables d'assumer l'héritage de la culture antique et de la transmettre au monde médiéval, l'Église de Gaule conserve au lendemain des invasions barbares une armature institutionnelle empruntée au Bas-Empire. Aux anciennes provinces romaines correspondent en effet douze provinces ecclésiastiques, dont la métropole est le siège d'un évêque dit « métropolitain », qui préside les conciles provinciaux, qui sacre et qui règle les litiges des autres évêques chargés d'administrer des diocèses. Le cadre territorial de ces derniers reste celui des civitates gallo-romaines, à quelques exceptions près, dues à des regroupements ou à des créations nouvelles, notamment dans les zones frontières.

   L'Église accepte un certain relâchement des rapports avec Rome, qui tente, pourtant, de maintenir son autorité en Gaule par la création d'un vicariat pontifical au profit de l'archevêque d'Arles, puis par celle d'une primatie des Gaules en faveur de l'archevêque de Lyon en 585. Elle consent à un amoindrissement de l'autorité du métropolitain et accepte, dès la seconde moitié du VIe s., que le choix des évêques soit abandonné en fait aux souverains mérovingiens, les seuls à pratiquer la forme catholique et non arienne du christianisme. Ainsi, l'Église devient-elle de fait l'un des moyens de gouvernement de la dynastie, qui légifère parfois par le moyen de ses conciles (20, dont 5 nationaux, en 511, 533, 541, 585 et 614).

   Choisi presque toujours au sein de l'aristocratie gallo-romaine ou (et de plus en plus) franque, l'évêque devient dès lors le partenaire privilégié du comte, dont il doit contrôler l'action et limiter les abus. Il soulage l'État ( !) de tout devoir d'assistance et d'instruction, et obtient en échange pour lui-même et pour ses clercs d'importants privilèges économiques (nombreuses donations pieuses), mais surtout financiers et judiciaires grâce à l'octroi fréquent, au VIIe s., d'un diplôme d'immunité, source d'abus futurs.

   Administrateur privilégié, quoique parfois indigne, il dispense d'abord aux fidèles les sacrements dans les sanctuaires de la ville où il réside et qui sont en général au nombre de trois : baptistère, doté d'une piscine indispensable aux baptêmes collectifs par immersion ; basilique, où est célébrée la messe ; cathédrale, enfin, sanctuaire également de plan basilical, plus particulièrement réservé au chef du diocèse.

   L'évêque est le guide spirituel du peuple chrétien, qu'il doit préserver au VIe s. de l'hérésie de Bonose, l'adoptianisme, dont les prosélytes sont peu nombreux. Il a surtout pour tâche l'évangélisation des païens, et d'abord de ceux des campagnes, en faveur desquelles se multiplient du IVe au VIe s. les paroisses rurales dans les vici et dans les localités les plus peuplées de chaque diocèse (de 15 à 40). Ces paroisses, issues du démembrement de l'Église diocésaine, tombent dès le VIIe s. sous la tutelle des Grands au même titre que les oratoires privés que ceux-ci ont créés dès la première moitié du VIe s., qui sont alors parfois élevés au rang d'églises paroissiales tout en restant dans leur dépendance.

   En fait, la médiocrité intellectuelle, spirituelle et souvent morale des desservants contraint l'évêque à abandonner cette évangélisation des campagnes aux monastères, dont lui-même et le souverain facilitent la fondation par prélèvement sur leur riche patrimoine. Ainsi en est-il de Saint-Césaire d'Arles, fondé en 513 par l'évêque Césaire, de Sainte-Geneviève, créé par Clovis et Clotilde, de Sainte-Croix-Saint-Vincent, dit plus tard Saint-Germain-des-Prés, édifié par Childebert Ier, et de Sainte-Croix de Poitiers, bâti par Radegonde.

   Cet effort d'évangélisation monastique des campagnes reçoit une impulsion décisive lorsque l'Irlandais saint Colomban, puis ses disciples multiplient dans la Gaule du Nord les fondations religieuses (Fontenelle [Saint-Wandrille-Rançon], Jumièges, Marmoutier, etc.) soumises à l'autorité absolue d'un abbé. Bénéficiant d'une exemption de la juridiction épiscopale peu avant 650, celui-ci impose un ascétisme individuel très sévère à ses moines, parmi lesquels sont recrutés les meilleurs évêques du temps, tels saint Ouen de Rouen, saint Omer de Thérouanne, saint Amand de Maastricht. La diffusion de la règle bénédictine dans la Gaule méridionale, qui est favorisée par le transfert à Fleury-sur-Loire des reliques de saint Benoît de Nursie en 672, facilite l'évangélisation.

   Peu après 650, l'évangélisation de la campagne méridionale de la Gaule est à son tour aidée par la diffusion de la règle de saint Benoît, associant l'ascétisme collectif au travail intellectuel et manuel dans le cadre de monastères dont les structures sont calquées sur celles de grands domaines. Au total, près de deux cents monastères sont ainsi fondés en un siècle et demi.

   La réputation de piété des clercs réguliers, l'importance des services rendus par eux à la communauté chrétienne, à l'intérieur de laquelle ils ont facilité la fusion des ethnies, expliquent l'exceptionnelle diffusion du culte des saints et des reliques, l'octroi à leurs maisons du privilège de l'immunité et surtout l'ampleur des donations pieuses dont ces derniers bénéficient de la part tant des souverains que des simples fidèles. Cette ampleur aboutit d'ailleurs à un tel transfert de propriété au profit de l'Église que Charles Martel, pour sauver l'État, dépouillé, doit procéder à une sécularisation sans précédent de ses biens, sécularisation qui, seule, peut lui permettre de rémunérer ses guerriers et donc de juguler les révoltes de la Germanie et de l'Aquitaine tout en brisant l'offensive de l'islam.

L'ÉCONOMIE ET LA SOCIÉTÉ MÉROVINGIENNES

Ne représentant guère plus de 5 % de la population totale de la Gaule, dont la densité atteint au maximum 5 à 6 habitants au kilomètre carré, Francs, Burgondes et autres Germains implantés dans ce pays par les grandes invasions ont, par contre, provoqué lors de leur installation la mort ou l'exil d'un nombre très supérieur de Gallo-Romains, dont de très nombreux villages ont été détruits ou abandonnés. La conséquence en est une grave raréfaction de la main-d'œuvre, qui favorise à la fois la multiplication des esclaves, dont les conciles d'Agde, en 506, et de Yenne (Savoie), en 517, interdisent l'émancipation, et celle des moines défricheurs. Les Francs s'établissent en effet essentiellement dans des campagnes déjà aménagées et accaparent à leur profit et à celui de leur souverain les anciens domaines de l'État (fiscs impériaux), notamment autour de Paris. Ils favorisent la multiplication des grands domaines (villae) en partie grâce aux défrichements, en partie en contraignant les petits propriétaires à poursuivre l'exploitation de leurs terres à charge de redevances et de services, dont le plus important aurait été la riga, culture d'une pièce de terre. Très faible en Gaule du Sud, qui est restée fidèle à la petite propriété, cet essor des grands domaines, pourtant moins étendus qu'à l'époque carolingienne, se manifeste surtout en Gaule du Nord sous l'impulsion des souverains, des aristocrates (les Pippinides dans le bassin de la Meuse) et des moines, c'est-à-dire dans les régions où une forte implantation germanique est attestée par l'abondance des suffixes toponymiques en-court et en-ville.

   À cet essor du grand domaine rustique, à l'intérieur duquel rois et gens riches préfèrent vivre en économie fermée, correspond un effacement de la vie urbaine. Resserrées à l'intérieur de courtes murailles édifiées à la fin du IIIe s. (2 200 m à Reims, de 1 300 à 1 500 m à Paris), parfois assez profondément pénétrées par la campagne, les villes ne se maintiennent que lorsqu'elles sont le lieu de résidence d'un évêque, dont la présence favorise le maintien d'une certaine vie artisanale (orfèvres) et surtout marchande ; elles ne survivent aussi que dans la mesure où églises et cimetières extra-muros (où sont ensevelis martyrs et saints) facilitent autour d'elles la prolifération de faubourgs (loca suburbia). La richesse de la liturgie entraîne en effet une forte consommation de produits précieux : bijoux ornant les reliquaires, soieries, huile d'olive destinée aux luminaires des églises ; en même temps, la demande des chancelleries en papyrus reste élevée. Ainsi s'explique la présence de nombreuses colonies d'Orientaux non seulement dans les ports méditerranéens (Marseille, Fos-sur-Mer) et dans les villes de la vallée du Rhône (Lyon, Chalon-sur-Saône), mais aussi jusqu'au cœur du Bassin parisien (Tours, Orléans, Paris, dont un Syrien, Eusèbe, devient évêque en 591, etc.). Par leur intermédiaire sont maintenus les liens de l'Occident mérovingien avec le monde byzantin et avec le monde arabe, tandis que des autochtones font de Verdun un centre international du commerce des esclaves dès le VIe s. Par ailleurs, à partir de 550, la Loire, la Garonne et la côte atlantique sont animées par un trafic marchand qui s'épanouit dans l'Atlantique vers l'Espagne au sud, vers l'Irlande et la Bretagne celte au nord-ouest, enfin vers l'Angleterre saxonne et la Frise au nord. Exportant les vins du Bordelais, le sel de Saintonge, l'huile de Narbonnaise, le blé de l'arrière-pays, le plomb de Melle, etc., important en échange la laine et le cuir irlandais, les draps et l'étain de Bretagne, le cuivre d'Anglesey, la Gaule réexporte en outre les esclaves anglo-saxons vers la Méditerranée, dont l'influence jusqu'au début du VIIIe s. reste importante dans l'ensemble de la Gaule. Seuls échappent à son attraction les pays situés entre Meuse et mer du Nord, dont les courants commerciaux s'inversent dès le début du VIIe s. en direction du nord, où les ports de Quentowic (près d'Etaples), de Domburg (en Zélande) et de Duurstede (aujourd'hui Dorestad) sont alors fréquentés par de nombreux évangélisateurs anglo-saxons.

   Ainsi, quoique essentiellement rurale et domaniale, l'économie mérovingienne n'apparaît-elle pas aussi dénuée d'ouvertures vers l'extérieur que l'ont cru pendant longtemps de nombreux historiens, et cela malgré l'abandon, au VIIIe s., de la frappe de l'or au profit de l'argent, abandon dû au moins autant à la thésaurisation du métal jaune par ses détenteurs laïques et surtout ecclésiastiques qu'au déficit de la balance des paiements de la Gaule en faveur de l'Orient.

LA PRATIQUE DES PARTAGES SUCCESSORAUX

Considérant le regnum Francorum comme un bien purement patrimonial, les Mérovingiens, à l'instar des autres rois barbares, se transmettent le trône conformément aux règles du droit privé, qui prescrivent de partager également les biens d'un défunt entre ses fils adultes. Ainsi, en 511, le royaume de Clovis est-il divisé en quatre lots équivalents comprenant chacun un quart des vieux pays francs situés au nord de la Loire et un quart de la riche Aquitaine, au sud de ce fleuve, ce qui a pour résultat de rompre l'unité territoriale de trois d'entre eux.

   À l'aîné, Thierry (511-534), reviennent les territoires orientaux situés entre la Seine et la Thuringe ainsi que le Massif central ; au second, Clodomir (511-524), les pays dont l'axe est marqué par la vallée de la Loire, qui en assure la continuité géographique ; au troisième, Childebert Ier (511-558), la Gaule du Nord-Ouest entre l'Armorique et la Somme ainsi que le Bordelais ; au quatrième, enfin, Clotaire Ier, les pays entre la Marne et la Meuse, le berceau de la puissance mérovingienne.

   Moins anarchique qu'on ne pourrait le croire, cette dispersion territoriale des royaumes francs brise les particularismes régionaux, particulièrement vivaces en Aquitaine, en Bourgogne et en Provence. D'ailleurs, ses inconvénients sont en partie compensés par le regroupement, au cœur du Bassin parisien, des capitales des quatre souverains : Reims, Orléans, Paris et Soissons, dont la relative proximité peut favoriser l'élaboration d'une politique commune malgré les conflits sanglants à la faveur desquels se perpétue la pratique des partages successoraux.

   Le premier partage a lieu en 524, à la suite de la mort du roi d'Orléans, Clodomir. Il se fait au profit de Childebert Ier et de Clotaire Ier, qui s'attribuent le premier Chartres et Orléans, qui perd son rôle de capitale, et le second Tours et Poitiers. En fait, seuls les décès successifs sans héritiers mâles de Théodebald, petit-fils de Thierry Ier, en 555, puis de Childebert Ier en 558 permettent à Clotaire Ier de reconstituer l'unité de regnum Francorum à son seul profit (558-561).

   Fruit des circonstances, ce retour à l'unité ne survit pas à la disparition, en 561, de Clotaire Ier, dont les quatre fils se partagent à leur tour le regnum Francorum ; Charibert hérite de Paris et de l'ouest de la Gaule jusqu'aux Pyrénées ; Sigebert Ier s'attribue l'ancienne part de Thierry Ier, complétée de ses annexes d'Auvergne et de Provence septentrionale ; Gontran obtient l'ancien royaume des Burgondes, accru du Berry, de l'Orléanais et de la Provence méridionale (y compris Arles et Marseille) ; Chilpéric Ier, enfin, ne reçoit que l'ancien et pauvre pays des Salièns, c'est-à-dire la Gaule septentrionale. La dislocation du regnum Francorum est encore aggravée par la disparition prématurée, en 567, de Charibert, dont l'héritage est morcelé entre chacun de ses trois frères, dont les possessions, désormais, s'enchevêtrent, en particulier en Aquitaine et même dans les futurs territoires normands, dont l'essentiel revient pourtant, ainsi que le Maine et l'Anjou, à Chilpéric Ier.

   Le partage en trois lots du Parisis et le maintien dans l'indivision de Paris tentent de conserver la fiction d'un royaume unique. En vain. Les intrigues du palais, les querelles familiales, la constitution d'entités politiques dont le centre de gravité est extérieur au Bassin parisien se matérialisent par le transfert des capitales franques d'Orléans à Chalon-sur-Saône, de Reims à Metz et de Soissons à Tournai. Autour de ces trois villes se constituent progressivement trois entités politiques nouvelles : la Bourgogne, formée pour l'essentiel des territoires de l'ancien royaume des Burgondes ; l'Austrasie, qui naît, avant la fin du VIe s., de l'ancien royaume de Thierry Ier et qui est fortement germanisée ; la Neustrie, fille tardive du partage de 567. Soumise à l'autorité militaire et à l'exploitation économique de ces trois royaumes germaniques, l'Aquitaine, restée profondément imprégnée de traditions romaines, s'individualise progressivement dès la fin du VIe s., avant de tenter de s'émanciper au VIIe s. et au début du VIIIe s. à la faveur de l'affaiblissement de la dynastie mérovingienne. Dès lors, chacun des trois royaumes connaît des destins divergents, même si, par le hasard spontané d'une maladie ou dirigé d'un assassinat, l'unité du regnum Francorum se trouve partiellement ou totalement rétablie. Ainsi, réunis sous l'autorité de Childebert II (593-595) après la mort de Gontran, les royaumes d'Austrasie et de Bourgogne sont-ils de nouveau partagés entre les deux fils de ce souverain, Thibert II (595-612) et Thierry II (595-613), dont la disparition permet au roi de Neustrie, Clotaire II (613-629), puis à son fils Dagobert Ier (629-638) d'étendre leur autorité sur l'ensemble de la Gaule et de la Germanie, dont Paris redevient symboliquement la capitale. En vain. Dotées, désormais, d'une personnalité bien affirmée par les aristocraties locales hostiles au renforcement du pouvoir royal, l'Austrasie et la Bourgogne refusent d'être administrées par des Neustriens. Aussi Clotaire II, puis son fils Dagobert Ier doivent-ils accepter d'abord de maintenir deux maires du palais à la tête de chacun de ces deux royaumes, puis de donner un roi particulier aux Austrasiens en 623-624 et en 634.

   Dès lors, le destin de la dynastie mérovingienne est scellé. Incapables d'effacer les effets d'une pratique successorale néfaste, qui permet aux tendances particularistes de s'ériger en entités politiques nettement distinctes – Neustrie, Austrasie, Bourgogne et Aquitaine –, les derniers descendants de Clovis, malgré l'éphémère effort unitaire de Childéric II, doivent céder la réalité du pouvoir aux chefs de l'aristocratie, les maires du palais, jusqu'à ce que Pépin le Bref s'attribue leur couronne royale.

L'ART MÉROVINGIEN

Le terme de mérovingien n'est probablement pas le plus convenable pour désigner l'art qui se développa en Gaule du Ve au VIIIe s. Les rois francs, en effet, même s'ils ne demeurèrent pas totalement inactifs dans le domaine artistique, n'y exercèrent jamais un rôle de direction. Cependant, la dénomination ayant été établie par l'usage, il convient de la conserver, d'autant plus qu'elle ne prête à aucune ambiguïté ni sur la période, ni pour la région concernée.

   Il est par contre une idée contre laquelle il convient d'emblée de s'inscrire en faux : la prétendue obscurité de l'époque. Très heureusement, nous n'en sommes plus à Augustin Thierry, et, même s'il demeure beaucoup à faire, notamment en ce qui regarde les fouilles, les grands traits de ce moment historique apparaissent déjà avec suffisamment de netteté.

   Il y a d'abord une incontestable présence de Rome, qui résulte le plus souvent d'un héritage antique recueilli et assumé sur place. Le baptistère de Poitiers, réédifié au VIIe s., imite souvent maladroitement, mais toujours sciemment les formes de l'architecture du Bas-Empire. Il en recherche même les effets, en mariant à la pierre la brique et des éléments décoratifs en terre cuite. Or, nous savons que ce monument n'était nullement isolé dans le Poitou contemporain.

   On observe la même fidélité aux pratiques du Bas-Empire dans l'emploi constant de la forme basilicale pour l'architecture religieuse. Grégoire de Tours nous décrit la basilique Saint-Martin de Tours, consacrée en 472. Elle n'avait que 160 pieds, c'est-à-dire environ 50 m de longueur, mais elle était ornée de 120 colonnes. Jean Hubert a montré que la vieille église Saint-Pierre de Vienne, également construite au Ve s., permettait d'imaginer l'ordonnance de ses nefs. Il existe en effet à Vienne deux ordres superposés de colonnes qui s'appuient contre les murs latéraux, selon une formule empruntée à de grands monuments romains de Gaule.

   Certaines de ces basiliques, décrites par les contemporains, avaient la particularité de présenter une haute tour-lanterne dans la partie du monument située entre la nef et l'abside. Il en était notamment ainsi, indique J. Hubert, dans la cathédrale de Nantes, consacrée vers 567. « Dans cette église, au dire de Fortunat, les arcades qui ajouraient l'étage inférieur de la tour laissaient si largement pénétrer la lumière que le reflet des toits d'étain venait mêler sa couleur à celle des mosaïques de la voûte. »

   La présence dans ces tours de mosaïques ou de peintures murales – à Clermont par exemple – montre d'évidence que les techniques romaines du décor monumental se maintenaient. La destruction complète de créations aussi fragiles ne permet malheureusement pas de juger de leur style. Il n'en va pas de même de la sculpture des chapiteaux incorporés aux grandes arcades murales. Ici, on peut juger sur pièces et l'on aborde une question très controversée.

   Ce sont fréquemment de belles œuvres dont l'ascendance antique est évidente, encore que, très souvent, elles témoignent d'un véritable esprit créateur et d'un souci louable de renouvellement. Qu'ils proviennent des basiliques parisiennes ou qu'ils se trouvent encore en place dans le baptistère de Poitiers, ces chapiteaux sont uniformément sculptés dans le marbre des Pyrénées. Ils représentent le fruit de l'activité d'ateliers établis dans le sud-ouest de la Gaule et exportant au loin leur production. Il convient d'accorder la même origine à une importante série de monuments funéraires traités cependant dans un esprit tout différent. Les sarcophages dits d'Aquitaine, avec leur taille méplate et un décor floral distribué en panneaux, s'apparentent en effet, d'une certaine manière, à l'art syrien du VIe s. On les a parfois attribués au génie des Wisigoths, qui dominèrent la majeure partie de la Gaule méridionale jusqu'à Clovis. J. Hubert, en les restituant aux VIe et VIIe s., leur a rendu leur véritable signification. Ces sarcophages deviennent les témoins d'une renaissance artistique dans un pays, l'Aquitaine, qui connaissait alors une reprise de l'activité urbaine et des échanges commerciaux.

   Cette « renaissance » gagna la Gaule septentrionale. À côté de monuments aussi barbares que l'oratoire funéraire de l'abbé Mellebaude à Poitiers, connu sous le nom d'hypogée des Dunes, on voit apparaître à la même époque, vers la fin du VIIe s., un monument d'une rare perfection, les cryptes de Jouarre (Seine-et-Marne), dont l'histoire a été retracée dans un maître livre par la marquise de Maillé. Dans cette salle hypostyle, greffée à l'extrémité d'une très simple basilique, on trouve encore des chapiteaux en marbre des Pyrénées, et comptant parmi les plus beaux. Mais voici également un sarcophage aussi étonnant par son style que par l'iconographie. Il s'agit de la tombe d'Agilbert, exécutée en pierre du pays, mais dont l'étrangeté ne peut s'expliquer que par des influences de l'Orient, et notamment de l'Égypte copte.

   Cela implique des contacts lointains, dont profita également la seule activité picturale ayant laissé des témoins, l'enluminure. L'art copte, directement ou indirectement, a contribué à la naissance du décor du livre, qui trouve son épanouissement, vers 800, dans le sacramentaire dit « de Gellone » (Bibliothèque nationale).

   Il n'est pas jusqu'à l'art du métal, que l'on qualifierait aisément de barbare par essence, qui n'ait connu au VIIe s. son plus grand essor, tant dans le domaine de l'orfèvrerie cloisonnée (croix dite « de saint Eloi » à Saint-Denis) que dans celui de la damasquinure. Tout annonçait le grand réveil de l'Occident qui se produira à l'époque carolingienne.

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