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Achéménides

Darios Ier
Darios Ier

Dynastie qui, à partir de Cyrus II, régna sur l'Empire perse (vers 556-330 avant J.-C.), également appelé « achéménide ».

HISTOIRE

1. Introduction

Cette dynastie perse, issue d'Achéménès, un personnage légendaire, et fondée historiquement par Cyrus II le Grand au vie siècle avant J.-C., est fondatrice de l'unité et de l'Empire perse.

La dynastie des Achéménides, originaire de l'ouest et du sud-ouest de l'Iran, fut au ve siècle avant J.-C. la quatrième puissance mondiale. Cet empire, que les conquêtes de Cyrus rendirent immense, fut réduit à néant par Alexandre le Grand en 330 avant J.-C. Seule l'archéologie nous permet aujourd'hui, à travers les prodigieuses et somptueuses constructions urbaines, de retracer l'histoire des monarques achéménides.

En dépit de sa puissance, l'histoire de cette dynastie est mal connue, car ses scribes utilisaient, plus souvent que la traditionnelle tablette d'argile, le parchemin ou le fragile papyrus ; en dehors des rares inscriptions royales, l'historien ne dispose guère que des témoignages de sujets réticents ou d'adversaires passionnés.

2. Les débuts des Achéménides

Achéménès, contemporain de Sargon, est le conducteur possible de l'émigration des Perses (peuple parlant une langue indo-européenne, comme les Mèdes) qui s'installent en Asie au début du deuxième millénaire avant J.-C., où ils occupent le plateau iranien.

Les premiers princes achéménides, dont il ne reste que les noms, profitent de l'affaiblissement de la vieille monarchie élamite pour étendre le domaine du petit peuple barbare qu'ils dirigent et qui est alors installé en Parsoumash (dans les monts Bakhtiyari, vers l'actuelle Khurramabad, au nord de Suse). Ils fixent leur capitale dans la cité élamite d'Anshan, puis ils conquièrent le pays de Parsa (l'actuel Fars, dans la province de Chiraz), qui devient le centre de la nation perse.

Divisés en deux branches rivales, les Achéménides sont tributaires successivement des Élamites, des Assyriens et des Mèdes. Au viie siècle, le territoire de la Perse est formé de deux royaumes, celui des Mèdes au nord, celui des Perses au sud. L'union de Cambyse, roi de Perse, avec la fille d'Astyage, roi de Médie, son suzerain, scelle l'unité des deux royaumes sous une même couronne en rehaussant l'éclat de la branche achéménide. Cyrus II le Grand naît de cette union.

3. L’extension de l’Empire perse

3.1. Cyrus II le Grand, le fondateur

La conquête de l'Asie mineure

Dès le début de son règne, Cyrus II sait utiliser la force militaire de son peuple, qui, cantonné dans des montagnes arides, est plus robuste que les populations civilisées de l'Orient. Ne dominant au départ qu'une partie des tribus perses, il est cependant capable d'exploiter, au détriment des monarchies orientales, l'hostilité que leur despotisme a toujours suscitée.

Le roi de Babylone, Nabonide, devant ces succès militaires, veut faire de Cyrus son allié contre la Médie. Astyage vaincu par Cyrus, ce dernier choisit Ecbatane (aujourd'hui Hamadan) comme capitale de l'Iran unifié, Mèdes et Perses poursuivant dès lors une destinée commune. Les deux royaumes réunis sous son pouvoir, Cyrus se trouve à la tête d'un empire auquel ses importantes richesses naturelles et sa situation géographique imposent un rôle d'intermédiaire entre les civilisations occidentales et extrême-orientales. Héritier du royaume mède et maître de l'Assyrie, de l'Ourartou et de la Babylonie d'où les empires mésopotamiens tiraient leur force, Cyrus peut affronter cet État puissant et riche qu'est la Lydie et vaincre Crésus à Sardes (546).

C'est ensuite au tour des villes grecques du littoral d'être assiégées, puis vaincues ; réservoirs humains pour le militaire qu'est Cyrus, enrichies par le négoce, ces villes conquises assurent également pour l'Empire perse une liaison avec le monde grec.

La formation d'un immense empire

La conquête de l'Asie Mineure terminée, Cyrus place sous sa domination les provinces de l'Iran et de l'Afghanistan actuel (Sogdiane, Bactriane, Arachosie, Gédrosie), en luttant contre les nomades aryens.

À sa mort (530), Cyrus laisse à son fils Cambyse II un immense empire. Pendant son règne, le grand conquérant et ses fidèles Perses ont soumis à la fois les populations les plus évoluées et les plus arriérées de l'Asie occidentale, mais, après 550 avant J.-C., Cyrus s'est appuyé surtout sur le peuple mède, qui avait auparavant dominé un véritable empire et qui était aussi plus nombreux et plus civilisé que les Perses.

3.2. Cambyse II (530-522 avant J.-C.) et Bardiya (522 avant J.-C.)

Cambyse II termine la conquête de l'Orient en saisissant l'Égypte. Mais, cette fois, au lieu de barbares ou de populations mêlées, lasses d'un mauvais gouvernement, l'armée perse se heurte à une nation orgueilleuse et xénophobe ; et, devant la mauvaise volonté des habitants de la vallée du Nil, l'Achéménide n'hésite pas à faire détruire un certain nombre de leurs temples. Plus autoritaire que Cyrus, il excède ses peuples en leur demandant trop d'impôts et de recrues ; il meurt au moment où triomphe une révolte menée par son frère Bardiya.

Ce dernier, qui reste sept mois au pouvoir en 522 avant J.-C., pratique une politique originale : il supprime le tribut et la conscription pour trois ans, et, cherchant à imposer en Iran une forme épurée de la religion, il fait, à l'instigation des « Mages » (les prêtres iraniens), détruire les édifices culturels. Il est assassiné par les chefs de la noblesse perse qui reste attachée à ses dieux et aux profits de la conquête, et qui reproche à la famille de Cyrus d'être devenue plus mède que perse.

3.3. Darius Ier, le réformateur (522-486 avant J.-C.)

Le trône passe à Darius Ier, qui prétend descendre de la branche cadette des Achéménides ; celui-ci affirme n'avoir renversé qu'un imposteur, le Mage Gaumata, qui s'était fait passer pour Bardiya. La crise dynastique provoque des insurrections nationales, mais Darius Ier réussit à maintenir l'Empire, dont il porte ensuite les frontières à l'Iaxarte (Syr-Daria), à l'Indus et au Danube.

Le roi Darius Ier a un rôle primordial dans la réforme administrative de son empire. Il achève la mise en place de l'administration impériale dont Cyrus avait jeté les fondements, en remédiant pour une bonne part au manque de structures institutionnelles. La volonté d'autonomie des divers peuples conquis fait choisir au souverain, pour gouverner l'Empire, les seuls représentants du peuple perse. Ainsi l'Empire est divisé en vingt satrapies sous l'autorité de vingt satrapes ou « protecteurs du royaume » choisis parmi les plus grandes familles et qui sont responsables devant le souverain de leur gestion.

Avec Darius s'affirme la volonté de créer un État centralisé et puissant, différent de la domination de type féodal du temps de Cyrus, mais conservant les principes d'une occupation relativement libérale, préservant les particularismes linguistiques malgré l'établissement d'une langue administrative, l'araméen, qui touche l'Orient tout entier, de même que les particularismes religieux, artistiques et institutionnels des pays soumis.

4. L'échec de l'Empire perse devant la cité grecque : les guerres médiques

Peu sensibles aux avantages de l'ordre que font régner les Perses, les innombrables communautés politiques incorporées dans l'Empire ne songent qu'à reprendre leur indépendance. C'est d'abord la révolte des Grecs d'Ionie et d'une partie de l'Asie Mineure (499-493 avant J.-C.), qui est soutenue au début par certaines des cités helléniques d'Europe, restées indépendantes.

C'est là l'origine des guerres médiques (ainsi nommées par les Grecs, qui confondaient Perses et Mèdes). Pour éviter que la solidarité entre Hellènes ne joue de nouveau contre son autorité, Darius Ier conçoit le projet de soumettre l'ensemble du monde grec, dont il sous-estime la force militaire. Au cours de la première guerre médique, la petite armée envoyée par Darius est battue par les Athéniens à Marathon (490 avant J.-C.). Puis, lors de la seconde guerre médique, la grande expédition dirigée par le nouvel Achéménide, Xerxès Ier (486-465 avant J.-C.), après avoir ravagé une bonne partie de la Grèce, est vaincue à Salamine (480 avant J.-C.) et à Platées (479 avant J.-C.) par une coalition hellénique placée sous la direction des Lacédémoniens.

Une nouvelle ligue, cette fois conduite par les Athéniens, continue la lutte en libérant les cités grecques de l'Égée et du littoral asiatique. Le grand Empire, qui doit alors écraser les révoltes des Égyptiens et des Babyloniens, ne trouve plus la force ou l'occasion pour réparer cet échec qui montre les limites de sa puissance.

5. Le gouvernement et l'administration achéménides

5.1. De prestigieux modèles

Cependant, le règne de Xerxès Ier, le dernier de la période brillante de la dynastie, est sans doute la meilleure époque pour l'étude des institutions achéménides. L'Empire perse est l'œuvre de deux grands hommes, Cyrus et Darius. Sortis d'un peuple sans passé et presque sans culture, ils ne peuvent se dispenser de poursuivre les méthodes des grands États qui ont précédé la domination perse : le royaume élamite de Suse (→ Élam), qui avait guidé les débuts des principautés perses ; l'Assyrie, qui avait laissé le premier modèle d'une monarchie « universelle » ; la Médie, qui avait réalisé le premier empire dirigé par des Iraniens ; Babylone et l'Égypte, dont les conquérants perses maintiennent l'administration.

5.2. L'aristocratie

Suivant la tradition orientale, l'Achéménide est un souverain absolu, qui s'appuie cependant sur une aristocratie. Il recrute ses généraux et ses gouverneurs de provinces avant tout dans la noblesse perse, qui domine les cultivateurs et les éleveurs de son pays, et qui choisit parmi eux les contingents militaires qu'elle amène au roi. Ce sont ces nobles qui reçoivent dans leur enfance l'éducation traditionnelle (apprendre à tirer à l'arc et à monter à cheval, dire la vérité) qui les prépare au service du monarque. L'ensemble du peuple perse est exempt de tout impôt, car il fournit les sujets les plus loyaux et les plus braves.

5.3. L'armée

La première préoccupation des Achéménides est en effet leur armée. La force de celle-ci vient de ces corps prestigieux, dont les officiers ne cherchent que l'occasion de manifester leur bravoure devant leur souverain : la cavalerie et surtout les fameux archers et piquiers de la garde (les 10 000 Immortels, ainsi appelés parce qu'à chaque mort on nommait immédiatement un autre titulaire).

Mais ces troupes d'élite sont souvent noyées dans la cohue des contingents demandés à l'ensemble des peuples soumis, qui constitue une foule mal armée et sans cohésion. Sur mer, l'Achéménide utilise les services des Égyptiens, des Grecs d'Asie et surtout des Phéniciens ; mais ne pouvant les faire surveiller de façon efficace par des terriens comme les Iraniens, il est souvent victime de leurs défections.

5.4. Un territoire émietté

L'administration impériale se heurte au même problème que l'état-major. Comme ses prédécesseurs en Orient, l'Empire perse a laissé subsister toutes les unités politiques préexistantes avec leur gouvernement ou leur administration. L'Achéménide est, au moins au début, roi de Babylone, roi d'Égypte, et il a pour sujets des roitelets (en Cilicie, à Chypre), des cités (phéniciennes, grecques), des théocraties (comme celles de Jérusalem et de Samarie), des tribus de nomades (Arabes, Scythes) ou de montagnards vivant du brigandage (Pisidiens d'Anatolie, Cadusiens de l'Azerbaïdjan, Carduques du Kurdistan).

Si les vieux royaumes ont une tradition de monarchie absolue et de centralisation, dont bénéficie l'Achéménide, les autres communautés politiques gardent, suivant la nature géographique de leur habitat, plus ou moins d'autonomie. Réaliste, porté à utiliser les divisions de ses sujets, l'Achéménide accepte l'émiettement de son territoire, laissant se former de petits royaumes en Anatolie (Bithynie, Paphlagonie) et érigeant des principautés pour les transfuges grecs. Mais, par-dessus cette bigarrure institutionnelle, il étend le réseau très simple de l'administration impériale, dirigée par les satrapes, gouverneurs des provinces qui sont secondés et surveillés par des généraux et des collecteurs d'impôts. Le Palais emploie une bureaucratie qui rédige ses tablettes en élamite, tandis que les autres scribes, et particulièrement ceux des satrapies, écrivent en araméen sur parchemin ou papyrus. Les effectifs limités de ce personnel, la taille immense des satrapies (au début du ve siècle avant J.-C., une vingtaine pour 5 000 000 de km2) et la difficulté des communications laissent au satrape un grand pouvoir, dont il abuse souvent au détriment du Trésor et de l'autorité du souverain.

5.5. L'économie

S'ils n'ont pu éviter les révoltes des satrapes, les Achéménides ont tenté de faire progresser l'économie de l'ensemble de leurs États. La « route royale », de Suse à Sardes, est la mieux connue d'un réseau conçu pour la poste royale, mais qui sert aussi au transport des denrées précieuses. Le commerce a pu profiter également des autres réalisations de Darius Ier : le canal du Nil à la mer Rouge, la route maritime ouverte par Scylax de Karuanda, qui, suivant l'Indus et contournant l'Arabie, atteint l'Égypte par la mer Rouge.

Le même roi tente d'imposer un système de poids et mesures combinant les unités usuelles de la Babylonie, de l'Égypte et du commerce grec, qui domine de plus en plus en Méditerranée orientale. D'autre part, on doit aux premiers Achéménides la diffusion des plantes utiles à travers l'Empire et l'extension des qanat (galeries souterraines d'irrigation) en Iran.

Si relative qu'elle soit, la paix perse assure la prospérité économique du Proche-Orient, où se répandent et la monnaie de type grec (le petit jeton rond de métal précieux poinçonné) et l'économie monétaire (qui, depuis plus de deux millénaires déjà, utilise dans les parties les plus évoluées de l'Orient le lingot de métal précieux pesé et poinçonné). Les financiers de Babylonie (souvent d'origine juive à cette époque) jouent plus que jamais du crédit qui permet le commerce lointain. Les rois, qui prélèvent de lourds impôts en métaux précieux (la valeur de 388 t d'argent), ne frappent qu'une quantité réduite de monnaies (la darique d'or à l'archer couronné), grâce auxquelles ils recrutent des mercenaires et se font des alliés dans le monde grec.

Suivant la tradition orientale, une part des contributions constitue une réserve d'or et d'argent dans la résidence du souverain, une autre est consacrée à l'édification de palais somptueux destinés à glorifier le monarque et à exalter la fonction royale. C'est là que se situe la plus étonnante réalisation de la politique unificatrice des Achéménides : avec des artisans venus de toutes les régions civilisées de l'Empire, ils réussissent une synthèse originale des arts de l'Orient, si vite d'ailleurs que l'on soupçonne des précédents mèdes à cette incontestable réussite esthétique.

6. Religion et politique

6.1. Le problème de la religion

À la différence des styles précédents du Proche-Orient, l'art achéménide ne renseigne guère sur le problème de religion des souverains perses, qui divise encore les spécialistes. D'après la thèse de l’historien des religions Jacques Duchesne-Guillemin, la grande réforme de la religion iranienne prêchée par Zarathushtra en Chorasmie au viie siècle avant J.-C. aurait été assouplie par les Mages du royaume mède, qui l'avaient adoptée et la firent connaître aux Perses. Malgré la victoire de Darius Ier sur les Mages, soutiens de Bardiya, ce clergé et son interprétation du zoroastrisme (ou mazdéisme) prirent toujours plus d'importance à la cour perse : en Iran, au moins, les Achéménides ne font construire aucun temple et se contentent des autels de plein air où l'on adore le feu.

Mais, d'autre part, la religion extrêmement simple des Perses, devenue celle d'une dynastie impériale, subit l'influence des cultes complexes de Mésopotamie : la hiérarchie des dieux iraniens s'efface, et on commence, en dehors de l'Iran, à les représenter au moyen de statues.

Cette absence de cadres rigides dans la religion de la Perse achéménide nous empêche de prendre au pied de la lettre le texte de Xerxès Ier annonçant la destruction du repaire des faux dieux (Babylone révoltée ou Athènes provisoirement conquise ?).

6.2. Démesure et despotisme

Les Achéménides ne sont ni intolérants par conviction religieuse ni tolérants par grandeur d'âme. Ce sont d'habiles politiques qui continuent la tradition impériale du Proche-Orient et pratiquement la politique du « diviser pour régner », favorisant le particularisme religieux qui doit rendre impossible toute révolte générale : ainsi s'expliquent la politique de bascule entre Juifs et Samaritains et le soutien accordé à la colonie juive d'Éléphantine contre l'hostilité des Égyptiens ; et, lorsqu'il faut, pour impressionner les peuples de l'Empire, châtier des rebelles, l'Achéménide n'hésite pas à détruire leurs temples.

On peut donc rejeter cette légende de la domination achéménide, supérieure à celle des autres dynasties orientales, dont elle aurait différé par la tolérance et la douceur.

Plutôt que ce portrait idéalisé dû à l'imagination d'Hérodote et de Xénophon et à la découverte par les historiens modernes des textes « zoroastriens » (en fait rédigés entre le ier et le viie siècle après J.-C.), il vaudrait mieux reprendre l'opinion des hommes d'État grecs, qui voient successivement dans l'Empire perse l'incarnation de la démesure et du despotisme (pour eux, l'Achéménide est le Roi), puis la proie facile à piller. Héritiers de la tradition impériale du Proche-Orient, les Achéménides déportent les populations rebelles (des Ioniens sont expédiés en Susiane) et dépouillent les indigènes de leurs terres au profit des garnisons et des colonies perses chargées de surveiller les pays conquis.

7. Décadence des Achéménides

Le peuple perse tend à perdre son individualité au contact des peuples plus évolués qu'il a soumis. De fait, après l'expérience malheureuse de la seconde guerre médique, la cour de Suse évite de rassembler des armées trop nombreuses et ne cherche plus à étendre ses domaines. Placée maintenant sur la défensive, elle se préoccupe surtout d'endiguer l'audace des minuscules États grecs : tantôt elle suscite des querelles dans le monde hellénique pour arrêter les attaques lancées contre son empire ; tantôt, poussée par la nécessité de recruter des mercenaires grecs, elle réconcilie les cités en chargeant l'une d'elles de surveiller les autres.

Cette politique sans grandeur s'explique par les soulèvements qui éclatent périodiquement dans l'Empire et souvent aussi par la médiocrité des souverains. Plus vite encore que son peuple, la famille achéménide a dégénéré, enfermée dans ces palais où chaque succession au trône est préparée et hâtée par les courtisans, les eunuques et les femmes du harem, et où les complots, vrais ou supposés, sont châtiés avec une cruauté pleine d'imagination.

7.1. Les complots

Le premier drame de cette sorte se situe à la fin du règne de Xerxès Ier, qui est assassiné (peut-être à l'instigation de son fils aîné) par le commandant de sa garde ; le trône revient finalement au plus jeune fils de Xerxès, Artaxerxès Ier (465-424 avant J.-C.), qui fait tuer ses deux frères aînés. Une nouvelle révolte de l'Égypte (463-450 avant J.-C.) est soutenue par les Athéniens, mais l'or perse provoque une coalition grecque contre l'audacieuse cité, dont la flotte et le corps expéditionnaire sont détruits sur les bords du Nil (456-454 avant J.-C.). Le roi, qui a récupéré l'Égypte, accepte le compromis de 449 avant J.-C. (→ la paix de Callias), renonçant au littoral occidental de l'Asie Mineure, tandis qu'Athènes accepte de ne plus aider les rebelles de l'Empire. La guerre du Péloponnèse (431-404 avant J.-C.), qui oppose Sparte à Athènes, permet aux satrapes de regagner du terrain en s'emparant des cités de l'Asie Mineure révoltées contre la domination athénienne.

À sa mort, Artaxerxès Ier laisse dix-huit fils. Lui succèdent tour à tour Xerxès II (45 jours en 424 avant J.-C.), Sogdianos (6 mois en 424-423 avant J.-C.), qui a empoisonné le précédent et qui périt sous les coups de Darius II (423-404 avant J.-C.). Ce dernier s'impose définitivement en éliminant ses autres frères ; après quoi, il laisse gouverner sa sœur et épouse la féroce Parysatis. Alors qu'Athènes commence à perdre la suprématie maritime, les satrapes saisissent la plupart des villes grecques d'Asie ; mais Sparte, dont la flotte est entretenue par l'or perse et qui se sent déconsidérée pour cela devant l'opinion grecque, est une alliée réticente. Le satrape Tissapherne, qui mène une politique de bascule entre Athènes et Sparte, est remplacé par le fils cadet du roi, Cyrus le Jeune, à qui sa mère veut assurer l'armée, qui lui permet d'évincer son aîné de la compétition pour le trône de Perse ; et l'Achéménide lui accorde un appui sans réserve qui assure la victoire définitive de Sparte (405 avant J.-C.).

7.2. Le déclin de la dynastie achéménide

À la mort de Darius II, son fils aîné, le faible Artaxerxès II (404-358 avant J.-C.), laisse la vie à son frère Cyrus, qui conspirait contre lui avec l'aide de Parysatis. De retour en Asie Mineure, Cyrus le Jeune lève une armée contre son frère, mais il est tué à la bataille de Counaxa (401 avant J.-C.). Ses troupes se dispersent, sauf les 10 000 mercenaires grecs qui traversent l'Empire pendant sept mois et rejoignent les cités helléniques de la mer Noire.

L'héroïque retraite des Dix-Mille a un grand retentissement : elle démythifie la puissance achéménide et fait passer un souffle d'espoir dans le monde grec. Sparte, qui a conquis l'hégémonie en Grèce, se pose en libératrice des Hellènes de l'Asie Mineure et attaque le roi, mais son armée doit rentrer en Europe, où les dariques ont suscité une coalition grecque (394 avant J.-C.).

Bientôt Artaxerxès II impose sa paix (386 avant J.-C.) : il conserve l'Asie Mineure et Chypre ; les autres cités helléniques deviennent indépendantes, sous le contrôle de Sparte. Artaxerxès II tente alors de reprendre les provinces perdues. Chypre, dominée par le roitelet Euagoras de Salamine qui est en dissidence depuis 390 avant J.-C., capitule en 379 avant J.-C. Mais contre l'Égypte, soulevée depuis 405 avant J.-C., Artaxerxès II rencontre une suite d'échecs (385-383 avant J.-C., 373 avant J.-C.) qui provoquent le soulèvement général des satrapes de l'Asie Mineure (367 avant J.-C.). Seule la désunion de ses adversaires évite le pire à la monarchie.

Artaxerxès III (358-338 avant J.-C.), souverain impitoyable, sauve l'Empire et l'emporte sur les satrapes révoltés et l'Égypte (346-343 avant J.-C.). Inquiet des progrès de Philippe II de Macédoine, qui vise à dominer le monde grec, Artaxerxès III soutient les adversaires du Macédonien et intervient pour sauver Périnthe assiégée par Philippe II (340 avant J.-C.).

Mais Artaxerxès III périt empoisonné par l'eunuque Bagoas, qui se débarrasse de la même façon de son successeur Oarsès (338-336 avant J.-C.) et succombe finalement sur les ordres de Darius III (336-330 avant J.-C.), qu'il avait choisi pour roi et qu'il avait ensuite tenté d'empoisonner. Entre-temps, Philippe II avait achevé de soumettre les Grecs (338 avant J.-C.) et son armée avait commencé la conquête de l'Asie Mineure ; mais il est assassiné en juillet 336 avant J.-C.

Son héritier, Alexandre le Grand, organise une grande expédition, destinée, dit-il, à venger la destruction des temples grecs par Darius et Xerxès. Une armée perse est défaite au Granique (334 avant J.-C.), près des Détroits ; malgré la bravoure de sa noblesse, Darius III est battu en personne à Issus (333 avant J.-C.), en Cilicie, et à Gaugamèles (331 avant J.-C.), en Assyrie ; poursuivi à travers l'Iran, il est assassiné en Hyrcanie par l'un de ses satrapes (330 avant J.-C.).

8. Le legs et le souvenir des Achéménides

C'est la fin de la dynastie perse, mais non de l'Empire. À la grande indignation des Macédoniens, Alexandre se pose en successeur du roi. Ainsi, malgré eux, les Achéménides, conquérants et organisateurs de l'Orient ancien, ont préparé le cadre du monde hellénistique, dont la civilisation est déjà en germe dans l'Asie Mineure et la Phénicie, profondément hellénisées au cours du ive siècle avant J.-C.

La dynastie portée à la tête de l'Orient par un petit peuple barbare n'a pu répandre sa culture dans l'ensemble de son empire : son art monumental n'est représenté, en dehors de la Perse, que dans les palais (Suse, Babylone) et les résidences des satrapes ; l'écriture cunéiforme, à la fois syllabique et alphabétique, que l'on avait créée pour sa langue, le vieux perse, n'est guère employée en dehors des inscriptions rupestres de Perse.

Au contraire, les efforts des Achéménides pour unifier leur immense domaine ont accéléré la synthèse des vieilles civilisations de l'Orient et donc facilité les progrès de la civilisation grecque, qui ne pouvait se répandre que dans un monde où les particularismes étaient en recul. Dans ces conditions, il ne reste des Achéménides que le souvenir d'une armée valeureuse, d'une conquête foudroyante et de rois tout-puissants. Le nationalisme iranien, qui triomphe définitivement de l'influence grecque avec la dynastie des Sassanides, ne s'y est pas trompé, et il a fait de ces souverains, qu'il ne connaissait plus que par les légendes hellénistiques, les premiers héros de l'Iran.

9. Textes historiques

9.1. Inscription du palais de Cyrus à Pasargades

« Je suis Cyrus, le Roi, l'Achéménide. »

9.2. Inscription de Darius Ier au palais de Persépolis

« Je suis Darius, le Grand Roi, le Roi des rois, le Roi de nombreuses contrées, le fils d'Hystaspe, un Achéménide. Ainsi dit Darius le Roi : par la faveur d'Ahura Mazda, avec le peuple perse, j'ai pris possession de ces pays qui ont pris peur de moi et m'ont apporté le tribut : Élam, Médie, Babylonie, Arabie, Assyrie, Égypte, Arménie, Cappadoce, Sardes, loniens qui sont sur le continent et ceux qui sont au bord de la mer et les pays qui sont au-delà de la mer, Sagartie, Parthie, Drangiane, Arie, Bactriane, Sogdiane, Chorasmie, Sattagydie, Arachosie, Sind, Gandara, Scythes, Maka… ».

10. Sources de l'histoire des Achéménides

SOURCES DE L'HISTOIRE DES ACHÉMÉNIDES

Inscriptions royales monumentales

En Perse, à Suse, Ecbatane, Van et Suez

Généralement trilingues : vieux perse, élamite, babylonien

Tablettes des archives administratives de Persépolis et de Suse

 

En élamite

Inscriptions hiéroglyphiques des temples et du canal Nil-mer Rouge

Papyrus démotiques

 

Livres de la Bible

Chroniques, Isaïe, Esdras, Néhémie

En hébreu ou en araméen

Œuvres littéraires grecques

Hérodote

Histoires

Thucydide

Guerre du Péloponnèse

Xénophon

Cyropédie, Anabase, Helléniques

Diodore de Sicile

Bibliothèque historique

 

ARCHÉOLOGIE ET BEAUX-ARTS

Pour en savoir plus, voir l'article Iran : Art et archéologie de l'Iran ancien.