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The Beach Boys

Groupe américain de rock et de pop créé en 1961 à Los Angeles par Brian Wilson (chant, composition), Carl Wilson, Dennis Wilson, mort en 1983,, Mike Love et Al Jardine.

Avec leurs harmonies gorgées de soleil et d'azur, leurs mélodies irrésistibles, leur exubérance et leur enthousiasme contagieux, leurs paroles célébrant tour à tour sans malice le style de vie hédoniste de l'Amérique opulente du début des années 1960 et le pathos adolescent de l'époque, qui passera rapidement de la solitude à l'aliénation, leur intégration de Ravel et des chants grégoriens dans leur mélange originel de Chuck Berry, des Four Freshmen et de Phil Spector, la compétition amicale et créatrice qu'ils engagent avec les Beatles, leur histoire incestueuse et leur impressionnant chapelet de tubes entre 1962 et 1967, de Surfin'à Good Vibrations, les Beach Boys sont la Californie, qu'ils auront chantée, magnifiée et mythifiée tout au long d'une carrière qui n'en finit pas, malgré la mort, la folie et les incessantes disputes familiales.

Le grand frère. L'histoire des Beach Boys est régie par celle de son leader et visionnaire, Brian Wilson, adolescent sportif et blagueur qui se repliera peu à peu sur lui-même jusqu'à en devenir quasiment autiste, musicien surdoué considéré comme un génie à la sortie de son chef-d'œuvre, le merveilleux Pet Sounds. C'est lui qui apprend le chant en harmonie à ses frères Dennis (mort en décembre 1983, à trente-neuf ans) et Carl, leur cousin Mike Love et leur voisin Alan Jardine dans la maison familiale de Hawthorne, à Los Angeles.

Sous la houlette d'un père violent, hystérique et qui rêvait de show-biz, Murray Wilson, les cinq garçons répètent les premières compositions de Brian, successivement sous le nom de The Pendletones, Carl and the Passions et The Cadets, avant d'enregistrer un hymne à l'obsession de Dennis, l'athlète bronzé éphèbe et dragueur. Succès local, Surfin'parviendra à la soixante-quinzième place des charts nationaux, permettant aux Beach Boys de décrocher à l'été 1962 un contrat chez Capitol. Une phénoménale série de tubes s'ensuivra, célébrant les joies et les arcanes de la plage, du soleil, de la mer, du surf, du lycée, des filles blondes et hâlées : Surfin'Safari, 409, Surfin'USA, Shut Down, Surfer Girl, Little Deuce Coupe, Be True To Your School, In My Room, Fun, Fun, Fun, I Get Around, Don't Worry Baby, Do You Wanna Dance, Dance, Dance, Dance, California Girls, Help Me Rhonda, Barbra Ann ….

« J'ai cessé de tourner avec les Beach Boys en 1964 parce que j'étais persuadé que si j'avais plus de temps libre, je pourrais écrire plus de tubes et faire du groupe une véritable institution », raconte Brian Wilson. Premier artiste pop à obtenir un total contrôle artistique sur sa production, il a besoin de souffler. Son rendement de l'époque 1962-1965 est tout bonnement époustouflant : trois albums par an, dont il signe les trois quarts des morceaux, sans compter ceux qu'il écrit pour d'autres, notamment Jan & Dean.

Le stress et la fatigue, ajoutés à ses problèmes de surdité (il a perdu un tympan à l'âge de trois ans après avoir été jeté contre un mur par son père), sa dépendance aux barbituriques et deux dépressions nerveuses en tournée lui commandent de se concentrer sur la création, pendant que les autres (renforcés par Glen Campbell, puis par Bruce Johnston), assurent les concerts. Résultat, les albums ne cessent de progresser : The Beach Boys Today !, Summer Days (And Summer Nights ! !) et Pet Sounds (1965 et 1966) tiennent la dragée haute aux Beatles. « Ils ont déferlé sur l'Amérique en février 1964 et, en deux semaines,tout le pays leur appartenait. Mike Love et moi avons eu très peur d'être éclipsés. Mais finalement, c'est le contraire qui s'est passé : ils ont dopé le marché, ils ont dopé le rock, ils ont dopé la créativité, ils ont dopé les Beach Boys. Quand ils ont sorti Rubber Soul, ça m'a tellement estomaqué que j'ai répliqué avec Pet Sounds, raconte encore Brian.

C'est en mai 1966 que paraît le chef-d'œuvre dont Paul McCartney déclarera qu'il constitua, pour John Lennon comme pour lui, l'influence principale de Sergeant Pepper's, « à commencer par ces lignes de basse mélodiques auxquelles personne n'avait songé jusque-l࠻. Monument pop, Pet Sounds sera relativement boudé par le grand public (seulement numéro dix), malgré trois tubes (Sloop John B, Wouldn't It Be Nice et God Only Knows). Brian en concevra de l'amertume et les autres Beach Boys — qui n'y jouent pas une note de musique et se sont contentés d'exécuter les parties vocales qui leur étaient destinées — de l'inquiétude. « C'était le premier album qui communiquait à la jeunesse du monde de la musique et pas seulement du rock and roll sur trois accords », expliquera le bon génie qui se refait en octobre avec Good Vibrations, « symphonie de poche », classique incontournable des années 1960 et gigantesque numéro un mondial.

Émulation et folie. Les Beach Boys débarquent à Londres fin 1966 au sommet de leur popularité, en rivaux des Beatles. Brian Wilson s'enferme alors dans son studio en compagnie de Van Dyke Parks, promu parolier. Et passe des nuits entières sur Smile, « une symphonie adolescente à Dieu », qui se veut à la fois les Quatre Saisons de Vivaldi, la suite des Planètes de Holst et le concurrent de Revolver. « Paul McCartney a été tellement impressionné par Pet Sounds que ça lui a inspiré Sergeant Pepper's, et ensuite la folie s'est installée », explique Brian avec cette candeur qui le caractérise. Folie est le mot. Bourré d'acide, de cocaïne et de speed, il devient totalement paranoïaque et saborde Smile, le plus mythique album fantôme de l'histoire du rock. Complètement angoissé, il détruit une partie des bandes, n'achève pas les morceaux, se perd dans les méandres de son esprit tourmenté et disparaît de la circulation pour de longues années.

Les autres Beach Boys annulent leur passage au festival de Monterey (juin 1967), qui voit basculer les années 1960, publient une version édulcorée de Heroes And Villains et concoctent en catastrophe Smile, qui sort en septembre 1967. La déception est générale : les Beach Boys viennent de rater le train venu de San Francisco où se déroule le « Summer of Love ». En partie privé de Brian, qui a remisé ses rêves de grandeur et se contente de survivre à l'ombre de lui-même, le groupe continuera d'accrocher quelques tubes rétrogrades et passéistes (Darlin', Do It Again, I Can Hear Music, Cottonfields), cependant que ses albums, auxquels tous contribuent désormais, concernent de moins en moins de monde, essayant tour à tour d'aborder l'écologie et la méditation transcendantale, le nouveau dada de Mike Love et d'Al Jardine.

En 1970, ces Beach Boys « démocratiques » retrouvent une partie de leurs moyens avec l'album Sunflower, notamment grâce à l'émergence des talents de compositeur de Dennis Wilson, mais le succès commercial n'est pas au rendez-vous. L'année suivante, Surf's Up confirme ce regain de créativité, avec la chanson-titre, tandis que Bruce Johnston tente sa chance en solo. Pour le remplacer, Carl Wilson, devenu leader de facto, engage deux Sud-Africains, le guitariste Blondie Chaplin et le bassiste Ricky Fataar. Le premier chante Sail On Sailor, semi-tube de Holland (1973), enregistré sur une péniche dans ce pays. La même formation avait déjà enregistré, l'année précédente, Carl And The Passions.

Malgré le bon accueil réservé à leurs dernières productions, les Beach Boys ne vont plus enregistrer de 1973 à 1976, jouant en tournée en compagnie d'Elton John et de Chicago. Le groupe va également réussir une des premières opérations de « revival nostalgique » en sortant Endless Summer (1974), double compilation qui sera numéro un, restant classée trois ans dans les charts, et autorisant un second volume, Spirit Of America (1975).

Les hauts et les bas. Décidés à capitaliser sur ce faramineux élan, les Beach Boys lancent une massive campagne sur le thème « Brian est de retour ». Hélas, 15 Big Ones (1976) prouvera le contraire, malgré le succès de leur version de Rock'n'Roll Music. En fait, le véritable « retour de Brian » aura lieu en 1977 avec The Beach Boys Love You. Mais, malade, reclus, obèse, Brian Wilson s'abandonne à l'emprise de son psychanalyste, le controversé docteur Eugene Landy, qui va se heurter à Mike Love pour le contrôle de Brian. Dennis, lui, enregistre un remarquable album solo, Pacific Ocean View, et quitte le groupe au moment où il entame une liaison avec Christine McVie, de Fleetwood Mac. Il mourra noyé, en 1983, à quelques mètres de son voilier, dans le port de Marina Del Rey. Malgré Come Go With Me, l'indigent The M.I.U. Album (1978) voit les Beach Boys toucher le fond. Bruce Johnston sera rappelé à la rescousse pour produire, en 1979, L.A. (Light Album) : une version disco de Here Comes The Night grillera une fois de plus la formation avec son public de base. Deux autres albums inutiles ne feront qu'entériner l'obsolescence d'une formation qui soutient désormais Ronald Reagan, qui les invite à la Maison-Blanche, puis George Bush, lequel assiste à leur intronisation au Rock'n'Roll Hall of Fame.

Ironiquement, au moment où Brian Wilson, émergeant de sa torpeur, publie son premier album solo, ce qui reste des Beach Boys retrouve soudainement le succès, et décroche son premier single numéro un depuis Good Vibrations, vingt-deux ans plus tôt : c'est Kokomo, cocomposé par la vieille garde de L. A. : John Phillips (Mamas & Papas), Mike Love, Terry Melcher (producteur des Byrds) et Scott McKenzie (l'auteur du tube hippie San Francisco). Ce retour en grâce inespéré restera sans suite, et le groupe va s'enferrer dans d'interminables procès opposant Love à Brian Wilson, chacun l'emportant à tour de rôle, les deux camps rivalisant de mesquinerie.

L'échec de la carrière solo de Brian (un second album, Sweet Insanity, restera inédit, et une rétrospective revisitée, I Just Wasn't Made For These Times, ne connaîtra qu'un pâle succès d'estime) comme celui des Beach Boys (Summer Dreams sort en 1990 sur un label indépendant) conduiront à l'inévitable réconciliation, sans pour autant lever les interrogations sur l'état mental de Brian Wilson, pauvre génie fragile et terrorisé par la vie, ainsi que le révèle son autobiographie, best-seller de l'année 1994, Wouldn't It Be Nice ?.