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les Rapaces

Greed

Drame naturaliste d'Erich von Stroheim, avec Gibson Gowland (Mc Teague), ZaSu Pitts (Trina), Jean Hersholt (Marcus Schooler), Chester Conklin (Mr Sieppe), Sylvia Ashton (Mrs. Sieppe).

  • Scénario : Erich von Stroheim, d'après le roman de Frank Norris Mc Teague
  • Photographie : Ben Reynolds, William Daniels, E.B. Shoedsack
  • Décor : Richard Day, E. von Stroheim, Cedric Gibbons
  • Montage : June Mathis (3e version), E. von Stroheim (2e version), J.W. Farnham (version complète)
  • Production : Irving Thalberg (M.G.M.)
  • Pays : États-Unis
  • Date de sortie : 1925 (1923)
  • Durée : 14 300 m (environ 8 h 50 [1re version]), puis 3 100 m (environ 2 h [version actuelle])

Résumé

Mc Teague, jeune colosse blond et sentimental, travaille dans une mine d'or et vit misérablement avec sa mère. L'ambition le pousse à suivre un dentiste ambulant avec qui il apprend les rudiments du métier. Il s'installe un an plus tard à San Francisco et s'éprend d'une patiente, Trina, fille d'émigrés juifs allemands et cousine de Marcus Schooler, voisin de palier de Mc Teague, qui s'est lié d'amitié avec lui. Marcus courtise sa cousine, mais, par fanfaronnade, s'efface devant Mc Teague qui épouse Trina. Celle-ci gagne 5 000 dollars à la loterie, et Marcus en éprouve un vif ressentiment qui va se transformer en jalousie haineuse. Traumatisée par une nuit de noces aussi brutale que maladroite, Trina transfère ses désirs en passion maladive pour l'or qu'elle a gagné. Les années passent. Mc Teague, qui n'a pas de diplôme, est dénoncé par Marcus. Réduit au chômage, il devient alcoolique tandis que l'avarice de Trina s'exacerbe. Un soir de Noël, Mc Teague la tue et s'enfuit avec son magot. Marcus se lance à sa poursuite. Ils se retrouvent dans la vallée de la Mort et s'affrontent sous un soleil de plomb. Ils mourront enchaînés l'un à l'autre par une paire de menottes.

Commentaire

Un cauchemar naturaliste

Chef-d'œuvre incontesté du cinéma muet américain, les Rapaces est un film monstrueux à plusieurs titres. C'est d'abord le premier exemple d'un conflit violent entre le système de production qui se met en place à Hollywood et la volonté d'un créateur génial et mégalomane. Lorsque Stroheim adapte Mc Teague de Frank Norris pour la M.G.M., il entend pousser jusqu'aux limites extrêmes ses conceptions du réalisme cinématographique : il exige de tourner en décor naturel, dans les rues de San Francisco, dans un appartement où s'est déroulé un véritable meurtre, dans le désert inhumain de la vallée de la Mort. Il veut être fidèle au récit de Norris et son premier montage dure plus de huit heures. Louis B. Mayer et Irving Thalberg, devenus les patrons de la M.G.M., lui imposent une version distribuable en salles de 10 bobines sur les 40 initiales.Tel qu'il est aujourd'hui, les Rapaces est un sommet du réalisme cinématographique et un extraordinaire document sur la fascination de l'or et le déterminisme social. L'originalité comme la force du style de Stroheim est de combiner une description réaliste d'un milieu de plus en plus sordide avec une perception hallucinée de cette même réalité. Il n'hésite pas à recourir à des surimpressions symboliques ; des mains décharnées raclant l'or, des bras semblables à des serpents caressant des bijoux fabuleux font rimer le naturalisme des gestes de Trina et sa déchéance physique : sa main gantée qui écrase une éponge, ses larmes qui tombent sur l'ardoise… Ce cauchemar naturaliste trouve son point d'orgue lors du spectaculaire épilogue aux images surexposées, écrasées sous un soleil qui transforme l'or en plomb, scellant à jamais sur le sol craquelé de la vallée de la Mort les destins unis de Mc Teague et Marcus.