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les Contes de la lune vague après la pluie

Ugetsu Monogatari

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire mondial des films ».

Film historique (jidai-geki) de Kenji Mizoguchi, avec Machiko Kyo (Wakasa), Masayuki Mori (Genjuro), Kinuyo Tanaka (Miyagi), Mitsuko Mito (Ohama), Sakae Ozawa (Tobei).

  • Scénario : Yoshikata Yoda, Matsutaro Kawaguchi, Kenji Mizoguchi, d'après deux nouvelles des Contes de la lune vague de Akinari Ueda
  • Photographie : Kazuo Miyagawa
  • Décor : Ito Kisaku
  • Musique : Hayasaka Fumio
  • Montage : M. Miyata
  • Production : Daiei
  • Pays : Japon
  • Date de sortie : 1953
  • Son : noir et blanc
  • Durée : 1 h 29
  • Prix : Lion d'argent, Venise 1953

Résumé

Au xvie siècle, à la faveur de la guerre, deux hommes simples, un potier (Genjuro) et un paysan (Tobei, son beau-frère) tentent de réaliser leurs désirs. Genjuro veut offrir à sa femme Miyagi les plus beaux kimonos et Tobei veut devenir samouraï pour éblouir la sienne (Ohama). Les deux couples se dirigent vers la ville mais, pour fuir les brigands, voyagent sur un lac infesté de pirates. Genjuro renvoie sa femme et son enfant au village tandis qu'à la ville Tobei échappe à Ohama et prétend avoir tué un général ennemi qui vient de se faire hara-kiri et dont il a recueilli la tête. Tandis que Tobei devient une sorte de héros, Ohama est violée par des soldats et se prostitue pour survivre. Et pendant que Genjuro tombe sous le charme érotique d'une mystérieuse princesse (Wakasa), Miyagi est tuée par des soldats affamés. Tobei s'étant arrêté dans un bordel y reconnaît Ohama prostituée. Le couple se réconcilie et retourne au village. De son côté, Genjuro comprend que Wakasa n'est qu'un fantôme et reprend le chemin de chez lui, et y retrouve Miyagi et son fils. À son réveil, il comprend que sa femme est morte, mais qu'invisible, elle veille sur lui.

Commentaire

La violence contemplée

Les Contes de la lune vague sont un des premiers films japonais marquants que les festivals européens ont découverts à partir des années 1950. En 1953, Kenji Mizoguchi n'a plus que trois ans à vivre et, derrière lui, une œuvre considérable. Mais au Japon, sa réputation de grand professionnel, adaptateur de classiques et surtout peintre passionné des femmes et de leurs malheurs, est grande.

Les Contes de la lune vague est sans doute le film où l'on pénètre le mieux dans l'univers de Mizoguchi, à la fois extrêmement violent et fondamentalement contemplatif. Il place toujours sa caméra au lieu exact où l'on assiste, impuissant, à l'irréparable en train d'arriver. La mort de Miyagi, tuée presque par inadvertance d'un coup de lance par un soldat affamé, donne toute la mesure de cet art où la cruauté se double immédiatement de compassion. Mizoguchi est l'un des plus grands virtuoses du mouvement de caméra du cinéma et les Contes sont pleins de mouvements d'approche et de recul qui sont comme l'écho dans l'espace de ce qui se passe dans l'âme des personnages.

Ce film est souvent vu comme un autoportrait du cinéaste. Car à travers l'aventure de Genjuro (l'artiste) et de Wakasa (le fantôme), Mizoguchi a réussi une peinture à la fois radieuse et sensuelle d'une passion « trop belle pour être vraie ».