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la Salamandre

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire mondial des films ».

Étude psychologique d'Alain Tanner, avec Bulle Ogier (Rosemonde), Jean-Luc Bideau (Pierre), Jacques Denis (Paul).

  • Scénario : Alain Tanner, John Berger
  • Photographie : Renato Berta, Sandro Bernardoni
  • Musique : Patrick Moraz
  • Montage : Brigitte Sousselier, Marc Blavet
  • Production : Svociné
  • Pays : Suisse
  • Date de sortie : 1971
  • Son : noir et blanc
  • Durée : 2 h 03

Résumé

Rosemonde, jeune fille qui débarque à Genève, survit en passant d'un emploi à un autre. Elle habite chez un oncle, lequel se blesse en nettoyant son fusil. Rosemonde est accusée d'avoir tiré sur l'oncle. Deux amis, Pierre et Paul, l'un journaliste et l'autre poète, sont chargés d'écrire un scénario à partir de ce fait divers. Pierre enquête sur le personnage et joue de la séduction pour en savoir plus sur Rosemonde. Paul préfère imaginer, recomposer le personnage et son histoire selon ses intuitions. Les deux méthodes s'opposent et le scénario n'aboutira pas : Rosemonde, personnage vivant et libre, échappe au schéma trop sociologique de Pierre et à la trame romanesque sortie tout droit de l'imagination de Paul.

Commentaire

Une irréductible liberté

Si le film débute comme un policier – avec au centre une énigme : Rosemonde a-t-elle tiré ? –, il prend vite un autre chemin, plus proche de Brecht que de Dashiell Hammett. À partir de l'analyse d'un fait divers presque anodin, Tanner explore à fond un personnage de femme qui échappe aux codes traditionnels de la culture ou de la conscience idéologique véhiculés par le cinéma militant post-68.

Rosemonde est une représentante typique de la culture non politique, musicale, marginale, en rébellion face aux codes sociaux dominants. Elle échappe au langage, elle refuse l'autorité, le savoir, et subit le travail comme une contrainte. On se souvient, entre autres, de la fameuse scène où, vendeuse dans un magasin de chaussures, Rosemonde se met à caresser les jambes de ses clients, ce qui motive son renvoi.

Face à Rosemonde, Tanner met en scène deux personnages masculins qui couvrent tout le spectre idéologique des années politiques. D'un côté, Pierre (Jean-Luc Bideau), journaliste exubérant, libre, généreux, ouvert sur le monde : il est celui qui va mener l'enquête sur le cas Rosemonde. De l'autre, Paul (Jacques Denis), plus poète et replié sur des valeurs familiales. Si Pierre est du côté de la réalité, donc du documentaire, Paul est tout entier du côté de l'écriture, de l'imaginaire, donc de la fiction. On retrouve à travers eux les deux courants du cinéma de Tanner, qui côtoya le « Free Cinema » anglais de la fin des années 1950, avant de faire ses débuts dans le cinéma de reportage pour le compte de la télévision suisse.

L'usage de la voix off accentue l'effet de distanciation voulu par Tanner, et le personnage de Rosemonde, cerné par le regard de la caméra et par la double enquête des personnages masculins, échappait totalement à l'emprise d'un regard objectif. On retiendra également de la Salamandre ses ruptures de ton, ses effets de montage dans le récit, sa liberté de langage et son humour. Et ce qui est le plus important peut-être : la formidable interprétation de Bulle Ogier, qui fut pour beaucoup dans le succès du film.