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la Bataille du rail

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire mondial des films ».

Film historique de René Clément, avec les cheminots de France.

  • Scénario : René Clément, Colette Audry
  • Photographie : Henri Alekan
  • Musique : Yves Baudrier
  • Montage : Lucien Desagneux
  • Production : Coopérative générale du cinéma français
  • Pays : France
  • Date de sortie : 1946
  • Durée : 1 h 22
  • Prix : Prix Spécial du jury et Prix de la Mise en scène, Cannes 1946

Résumé

Le film présente d'abord l'activité de la Résistance-Fer entre 1940 et 1944 (passages d'hommes et de tracts, sabotages, attentats) et leur conséquence : la répression avec l'exécution d'otages. Puis il raconte comment s'y prirent cheminots et maquisards pour bloquer le convoi allemand « Apfelkern » qui devait ravitailler le front de l'Atlantique après le Débarquement.

Commentaire

Un nouveau réalisme ?

Primée au festival de Cannes tout neuf, la Bataille du rail obtient le premier rang lors d'un sondage réalisé dans le public en 1946. Elle est reçue avec enthousiasme par la critique, pour son « lyrisme de la réalité, … de la vérité » comme pour « son tact, sa simplicité qui forcent l'estime » et reste considérée comme le document incontournable sur la Résistance.

Produit par la Coopérative générale du cinéma français, présenté par des réseaux de résistance (Résistance-Fer et Ciné-Union), cautionné par le C.N.R. et l'appui technique de la S.N.C.F., le film semble le témoin direct d'une lutte à peine achevée. Les vingt premières minutes, juxtaposant des épisodes illustrant le déroulant qui précède le film et parfois accompagnées d'un commentaire off, affectent la forme d'un documentaire influencé par le modèle soviétique et jouant du « pathos » cher à Eisenstein (la célèbre « séquence des otages »). Puis, avec l'annonce radio du Débarquement, se développe une « poursuite infernale », un peu confuse, mais non dénuée de qualités spectaculaires (le clou en est le déraillement). Le contraste entre les deux parties s'explique d'ailleurs par la modification du projet initial, qui a fait passer d'un court à un long métrage.

Malgré cette hésitation entre le témoignage et l'épopée, le thème d'actualité, les héros populaires, l'absence d'acteurs connus, le gris lisse de la photo ont pu faire penser que Clément inaugurait un néoréalisme à la française. Face à des Allemands bêtes et méchants, plus prussiens que nazis, l'ensemble du peuple du rail fait front. À côté, le maquis n'a qu'une efficacité relative : quand il ne prend pas des initiatives inopportunes, il peut au mieux se laisser massacrer pour retarder l'ennemi tandis que l'intervention alliée (le bombardement) ne joue qu'un rôle d'appoint. Bref, seuls les travailleurs organisés symbolisent une France (sans femme, d'ailleurs) dont la résistance unanime (point de collaborateurs, seulement quelques peureux) explique la victoire.

De fait, c'est à la mise en place de la légende de la Résistance que nous assistons, image d'Épinal que, pas plus que la classe politique, le cinéma français ne contestera jusqu'à la difficile sortie du Chagrin et la Pitié.