En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêts, réaliser des statistiques ainsi qu’interagir avec des réseaux sociaux.

Pour en savoir plus et paramétrer les cookies

Identifiez-vous ou Créez un compte

l'Empire des sens

Ai no Corrida

Drame érotique de Nagisa Oshima, avec Eiko Matsuda (Sada Abe), Tatsuya Fuji (Kichizo Ishida), Aoi Nakajima (Toku, l'épouse de Kichizo).

  • Scénario : Nagisa Oshima
  • Photographie : Hideo Ito
  • Décor : Jusho Toda
  • Musique : Minoru Miki
  • Montage : Keiichi Uraoka
  • Production : Argos Films (Paris) / Oshima Prod. (Tokyo)
  • Pays : Japon et France
  • Date de sortie : 1976
  • Son : couleurs
  • Durée : 1 h 44

Résumé

Ancienne geisha, Sada Abe est servante dans une auberge de Tokyo. Elle devient l'amante de Kichi, le mari de sa patronne, et le couple, dévoré par une passion charnelle et boulimique, est obligé de s'enfuir, de quitter toute attache avec le réel ou le social. La femme, peu à peu, prend le « pouvoir » dans la relation de jouissance et de domination qui lie les deux amants. Imperceptiblement, le « mâle », est pris à ce jeu ne pouvant mener qu'à la mort, qui sera aussi l'ultime moment de sa jouissance. En effet, au cours d'une scène amoureuse, Kichi consent à se laisser étrangler par sa maîtresse, au cours d'un ultime coït. De scène répétée en scène répétée, les deux amants iront jusqu'au bout du plaisir physique. Quelques jours plus tard, la police arrêtera Sada errant radieuse dans les rues de Tokyo, cachant sur elle le sexe coupé de son amant Kichi. Une voix off nous dit que lorsqu'on arrêta Sada, son visage rayonnait de bonheur…

Commentaire

Le sexe et la mort

Au début des années 1970, le producteur Anatole Dauman proposa à Nagisa Oshima de coproduire un film à caractère érotique, pour ne pas dire pornographique. Nagisa Oshima, dont le dernier film, Une petite fille pour l'été, fut un échec en 1972, mit trois ans à relever le défi. Puis se mettant au travail, il s'inspira d'une affaire criminelle authentique qui agita le Japon en 1936. Oshima dut user de stratagèmes pour déjouer la censure et les ennuis pendant le tournage proprement dit. Mais dès la sortie du film au Japon, il fut la victime d'une puissante campagne de la part des tenants de la morale traditionnelle.

L'Empire des sens (qui devait s'appeler la Corrida de l'amour) est sans doute le film le plus insolent jamais réalisé sur l'obsession érotique. Oshima brise les tabous en montrant les organes en gros plan, de manière presque clinique, et sa caméra ne quitte pratiquement jamais les corps des deux amants liés par une passion qui les pousse vers le paroxysme. Lentement, ceux-ci se coupent du réel pour s'enfermer dans des espaces clos et finir par ne plus devenir qu'un seul et même corps s'adonnant au plaisir sexuel. Son film est avant tout la mise en scène d'une relation « sacrificielle » – d'où le nom de « corrida » dans le titre japonais – qui verra l'un des deux amants aller jusqu'au bout du plaisir physique (le moment de la « mise à mort »).

La force du film d'Oshima vient de ce qu'il évite tout voyeurisme, non par défaut mais, pourrait-on dire, par excès. La relation entre les deux personnages a quelque chose d'infernal, faisant tout basculer du côté d'une joie profondément morbide. À force d'être pris à témoin et de voir en gros plan les rapports physiques entre Kichi et Sada, le spectateur finit par comprendre qu'il s'agit là d'un film-manifeste sur l'amour fou, où la représentation du sexe excède la possibilité pour lui d'un regard facile, obscène. L'Empire des sens illustre avec force le mot de Georges Bataille : « L'érotisme est l'approbation de l'amour jusque dans la mort. »