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l'Aurore

Sunrise

Drame de F. W. Murnau, avec George O'Brien (l'homme), Janet Gaynor (la femme), Margaret Livingston (la vamp), Bodil Rosing, John Farrell MacDonald, Ralph Sipperly.

  • Scénario : Carl Mayer, d'après la nouvelle de Hermann Südermann le Voyage à Tilsitt
  • Photographie : Charles Rosher, Karl Struss
  • Décor : Rochus Gliese, Edgon Ulmer, Alfred Metsche
  • Musique : Hugo Riesenfeld
  • Montage : K. Hilliker, H. H. Caldwell
  • Production : Fox
  • Pays : États-Unis
  • Date de sortie : 1927
  • Son : noir et blanc
  • Durée : 2 792 m (1 h 57 environ)
  • Prix : Oscar de la meilleure actrice pour Janet Gaynor 1927-28

Résumé

L'homme et la femme forment un couple uni, vivant à la campagne au bord d'un lac. Arrive de la ville une étrangère, véritable vamp, qui séduit le fermier. Au point qu'il se décide non seulement à abandonner sa femme, mais à la tuer au cours de la traversée du lac. Il n'arrive pas à mettre le projet à exécution et sa femme s'enfuit, épouvantée, vers la ville. Il la rattrape et la journée se passe à la reconquérir. Réconciliés, ils se retrouvent dans une église et c'est comme s'ils se mariaient à nouveau… Mais, au retour, un orage éclate, la barque chavire et il croit sa femme noyée. Fou de douleur, il veut étrangler la vamp, quand on lui annonce que sa femme est saine et sauve. La vamp retourne à la ville, l'homme et la femme sont réunis, c'est l'aurore…

Commentaire

L'apogée du cinéma muet

Auréolé du succès de ses films allemands, Murnau est engagé à Hollywood et dispose de moyens considérables pour son premier film, réalisé avec une équipe technique essentiellement allemande. Ce sera l'Aurore, échec commercial, mais chef-d'œuvre toujours reconnu comme tel et accomplissement parfait de son univers de créateur. L'histoire originale se passe à Tilsitt, elle est transposée en Californie, mais, comme le dit le premier carton du film, elle est « de nulle part et de partout » – et tout y renvoie à des dimensions absolues : le temps, l'espace, le couple et la passion. Le sous-titre insiste d'ailleurs là-dessus : A Song of Two Humans…

La maîtrise du cinéaste apparaît d'abord dans la simplicité des éléments requis pour l'action, une simplicité qui renvoie aux ressorts mêmes de la tragédie. Un homme et une femme, séparés par l'intrusion de la séduction, aussi noire de chevelure que l'épouse est blonde ; le désir de meurtre, lié à la passion comme philtre maudit, et l'ombre de la vraie mort, qui apparaît quand on n'en veut plus. Quant au décor, c'est la ville face à la campagne, opposition classique, mais qui renforce ici la confrontation des situations ; et puis, il y a le lac qui les sépare, menace constante de l'eau, symboliquement porteuse de la mort. C'est enfin le jour et la nuit, comparaison courante devenue ici le lieu visuel de l'antagonisme : c'est la nuit que la vamp a ensorcelé l'homme et c'est le jour qui est le domaine de l'épouse, ce même jour qui se lève à nouveau quand il la retrouve.

Mais si l'Aurore atteint au sublime, c'est que Murnau a su magnifier dans l'image le jeu de ces éléments, à la fois par l'intensité des climats lumineux, par la beauté toujours si significative des plans et par l'extraordinaire invention des mouvements d'appareil. Ainsi, lorsque l'homme va rejoindre la vamp dans les roseaux, et que la caméra le précède, puis arrive avec lui auprès d'elle.

Ainsi encore, quand l'homme et la femme sautent l'un après l'autre dans le tramway et que, derrière eux, le paysage change sans rupture apparente entre la campagne, les faubourgs et le centre de la ville. On retrouvera d'ailleurs l'esprit de cette séquence dans Rocco et ses frères de Visconti, et ce n'est qu'un signe parmi tant d'autres de l'influence définitive de l'Aurore sur l'art du cinéma.