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Viridiana

Viridiana

Drame de Luis Buñuel, avec Silvia Pinal (Viridiana), Francisco Rabal (Jorge), Fernando Rey (Don Jaime), Margarita Lozano (Ramona), Victoria Zinny (Lucia), Teresa Rabal (Rita).

  • Scénario : Luis Buñuel, Julio Alejandro
  • Photographie : José F. Aguayo
  • Décor : Francisco Canet
  • Musique : Haendel (le Messie), Mozart (Requiem)
  • Montage : Pedro del Rey
  • Production : Gustavo Alatriste (Unici et Films 59, Madrid)
  • Pays : Espagne
  • Date de sortie : 1961
  • Son : noir et blanc
  • Durée : 1 h 30
  • Prix : Palme d'or ex aequo, Cannes 1961

Résumé

Viridiana est une jeune fille sage et pieuse qui s'apprête à prononcer ses vœux définitifs. Avant de prendre le voile, elle se rend dans la propriété de son oncle, Don Jaime. Il est veuf et reconnaît en Viridiana le portrait exact de sa femme, ce qui le trouble considérablement. Son esprit tortueux imagine des stratagèmes alambiqués pour convaincre la jeune fille d'accepter de l'épouser. Il la drogue, la déshabille, renonce à la violer mais, le lendemain, prétend l'avoir fait. Elle fuit cet homme qui, désespéré, se pend. Elle revient, décide de renoncer à sa vocation religieuse pour se consacrer directement aux pauvres. Elle héberge ainsi quelques mendiants. Cette forme de charité ne convient pas à Jorge, fils naturel de Don Jaime, qui survient, accompagné de sa maîtresse (il est cohéritier du domaine avec Viridiana). Matérialiste, Jorge veut mettre en valeur la propriété et non faire l'aumône aux pauvres. Ces derniers, un soir où ils se trouvent seuls dans la maison qui les a accueillis, s'enivrent et se livrent à une orgie grandiose. Jorge est assommé. Viridiana échappe de justesse au viol. Perturbée et dépitée, elle finit par tomber dans les bras de son cousin qui avait déjà séduit la servante. Ils vivront désormais tous trois ensemble…

Commentaire

Illuminations blasphématoires

Luis Buñuel a tourné ce film en Espagne, après une trentaine d'années d'exil. Ce n'est qu'après avoir été présenté au festival de Cannes et y avoir obtenu une demi-Palme d'or que le scandale a éclaté. La censure espagnole ne l'a pas interdit, elle s'est refusée à le visionner. Ce qui revient au même. Mais plus que la petite histoire, le ton et le contenu du film méritent notre intérêt. Ils sont terriblement « buñueliens ». On y éprouve le goût, le rejet et la terreur des choses sacrées, éléments récurrents de la dialectique chère à Buñuel. On y observe des obsessions relatives au sexe, à l'angélisme, aux frustrations issues du sexe et de l'angélisme. On assiste à des paradoxes moraux qui seraient plaisants s'ils n'étaient tragiques. Ce qui est contesté, c'est l'exercice de la charité : soulager quelques misères est dérisoire en regard de l'énormité des problèmes. Ce qui est à la fois vengeur et atroce, c'est la réponse des mendiants, le déchaînement de leur révolte après des siècles de soumission. Mais Buñuel ne sermonne pas. Il ne défend aucune thèse, il donne à voir. Il crée ainsi un immense malaise. Point de discours, mais des visions de poète, des illuminations que l'on a dit blasphématoires. La couronne d'épines, symbole du sacrifice de Jésus-Christ, est jetée au feu. Les clochards, dans leur soûlographie, parodient le tableau de Léonard de Vinci, la Cène. La si prude, si pieuse ex-nonnette accepte le principe d'un ménage à trois (qui d'ailleurs est présenté comme le contraire d'un acte libérant et jubilatoire). Les images créées par Buñuel sont embarrassantes, terribles et indélébiles. Ses sarcasmes sont autant de cris. Viridiana n'a pas cessé de nous hanter.