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Une étoile est née

A Star Is Born

Comédie dramatique de George Cukor, avec Judy Garland (Esther Blodgett/Vicki Lester), James Mason (Norman Maine), Jack Carson (Matt Libby), Charles Bickford (Oliver Niles), Tommy Noonan (Danny McGuire), Lucy Marlow (Lola Lavery).

  • Scénario : Moss Hart, d'après un précédent scénario de Dorothy Parker, Alan Campbell et Robert Carson
  • Photographie : Sam Leavitt
  • Décor : Gene Allen, Malcolm Bert, George J. Hopkins
  • Musique : Harold Arlen, Ira Gershwin
  • Montage : Folmar Blangsted
  • Production : Sid Luft (Transcona), Warner Bros
  • Pays : États-Unis
  • Date de sortie : 1954
  • Son : couleurs
  • Durée : 3 h 02 réduites à 2 h 20

Résumé

Un grand acteur, qui a sombré dans l'alcoolisme, tombe amoureux d'une traîne-misère. Il en fera une star, et il en mourra.

Commentaire

Iconoclaste

Remake d'un film moyen de William Wellmann, Une étoile est née constituait, avant tournage, le type même de projet dont Hollywood avait le secret : produire la critique souriante des effets, sans toucher à la cause, le coffre-fort, qu'on espérait au contraire reremplir à cette occasion.

On attendait donc de la chanteuse vedette et de l'agréable réalisateur de What Price Hollywood ? (1932), qui n'avait pas son égal pour additionner les scènes sagement sarcastiques, mais jamais désenchantées, une sorte de variation pygmalionnesque, et, au mieux, douce-amère, du mythe d'Orphée et Eurydice.

Mais la conjonction du hasard et de l'expérience en décida différemment. Le visage d'une femme, ici Judy Garland, dont on pressent à tout instant, sous la fragilité, le volcan qui couve, et le talent d'un montreur d'ombres, qui ne s'embarrasse soudainement plus de limites, bouleversèrent le plan initial.

De fait, descente aux enfers plutôt que montée au paradis, Une étoile est née, tournant le dos à la mythologie farceuse, braqua ses feux sur le combat, toujours perdu, de la vie contre la mort, d'Éros contre Thanatos.

Fulgurante fut la réaction : coupé et recoupé, le film fut massacré. On dit même que les producteurs anéantirent une partie du négatif. En d'autres temps, on aurait brûlé Cukor, et ses malheureux interprètes, particulièrement James Mason qui bafoue avec allégresse les valeurs constitutives de Hollywood, jusqu'à la cérémonie des Oscars.

Tel qu'il s'offre à nos regards éblouis, Une étoile est née, statue mutilée, conserve cependant tout son magnétisme iconoclaste, car les ciseaux du censeur ne peuvent rien contre les sursauts du cœur. Ni retrancher le sensible, ni corrompre l'affectif. À moins, mais le cinéma bouge à l'inverse de la photo, de « nettoyer » les plans eux-mêmes.

Comme dit la chanson, et on ne cesse d'y songer tandis que James Mason quitte la maison, où il inventa Judy Garland, pour aller se noyer dans l'océan : Somewhere There's A Someone. Quelque part, il y a quelqu'un. Le film de Cukor, en pointant ce dogme, empêche l'industrie du cinéma de le dévorer. Certes, le spectacle continue, mais personne n'est dupe. Ni Cukor, qui ne s'en remettra jamais, ni Garland, qui sombrera bientôt dans la folie. Somme toute, quand on ne triche pas, on perd. Mince d'usine à rêves !