En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêts, réaliser des statistiques ainsi qu’interagir avec des réseaux sociaux.

Pour en savoir plus et paramétrer les cookies

Identifiez-vous ou Créez un compte

Un condamné à mort s'est échappé (Le vent souffle où il veut)

Drame de Robert Bresson, avec François Leterrier (le lieutenant Fontaine), Roland Monod (le pasteur), Jacques Ertaud (Orsini), Roger Tréerne (Terry), Charles Le Clainche (Jost).

  • Scénario : Robert Bresson, d'après le récit du commandant André Devigny
  • Photographie : Léonce-Henri Burel
  • Décor : Pierre Charbonnier
  • Musique : Messe en ut mineur de Mozart
  • Montage : Raymond Lamy
  • Production : Gaumont et N.E.F.
  • Pays : France
  • Date de sortie : 1956
  • Son : noir et blanc
  • Durée : 1 h 35
  • Prix : Prix de la mise en scène, Cannes 1957

Résumé

Fort de Montluc. Un résistant, condamné à mort, décide de s'évader ; on place dans sa cellule un autre prisonnier. Est-ce un mouton ?

Commentaire

La leçon du courage

Voilà probablement le plus beau film visible sur le courage. Rarement on aura, d'aussi près, approché ce qu'il en coûte à l'homme de ne pas abdiquer. De ne pas renoncer. Sans céder, pour autant, au grossissement, au soulignement. Sans rhétorique, ni emphase.

Il est vrai que, quand il installe sa caméra dans le fort de Montluc, devenu la prison nazie de Lyon occupé, Bresson a déjà longuement réfléchi à la méthode qui va être la sienne. Depuis les Anges du péché, qui date de 1943, il n'a cessé de se répéter que « le cinéma, c'est se parler à soi-même ».

Ce qui veut dire que, loin de mettre en scène un sujet qui, par la force des choses, lui serait étranger (il n'a pas été emprisonné, il ne s'est pas évadé, etc.), Bresson s'apprête au contraire à se filmer lui-même, en se confondant avec le personnage central de son film.

Si bien que lorsque Fontaine, l'irréductible, décide, en courant le risque d'être fusillé, de ne pas rendre à ses geôliers le crayon qu'il leur a emprunté, histoire de ne pas céder, c'est Bresson en personne qui donne du créateur qu'il est, ou qu'il veut être, l'image la plus exacte, relèverait-elle de l'imaginaire.

D'où la justesse du moindre détail, d'où l'accent de vérité constant de cette histoire d'évasion, où le sublime le dispute opiniâtrement à l'abjection. Et puisque toute morale suppose une métaphysique, Bresson met au point un principe narratif qu'il réemploiera dans Pickpocket : jouer le commentaire contre le dialogue. Non pas tant dans ce qu'ils énoncent que dans la tonalité qui leur est propre.

L'émotion surgit de cette dualité, et gomme toute surenchère. L'adjectif, c'est-à-dire le « beau plan », tombe alors de lui-même. Ne demeure que le sens, et son rythme, qui n'est que resserrement sur l'objectif, car s'évader suppose que l'on s'enferme dans sa volonté. En sorte que Fontaine réapprend, en même temps que le spectateur, que le superflu mine toute entreprise, artistique ou humaine.

Quelques années plus tard, Jacques Becker, avec le Trou, récidiva, mais, parce qu'il voulait situer sur un même niveau le spectaculaire et l'exemplaire, son évasion ne pouvait qu'échouer. La leçon de Bresson, depuis, semble perdue.