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M le Maudit

M

Drame de Fritz Lang, avec Peter Lorre (Frantz Becker, alias M), Otto Wernicke (commissaire Lohmann), Gustaf Gründgens (Schränker, chef de la pègre), Ellen Widmann (Mme Becker), Inge Landgut (Elsie).

  • Scénario : Fritz Lang, Thea von Harbou, Paul Falkenberg, Adolf Jang, Karl Vosh, d'après Egon Jacobson
  • Photographie : Fritz Arno Wagner
  • Décor : Karl Vollbrecht, Emil Hasler
  • Musique : extraits de Peer Gynt d'Edvard Grieg
  • Montage : P. Falkenberg
  • Production : Nero Film
  • Pays : Allemagne
  • Date de sortie : 1931
  • Durée : 1 h 57 (version originale), 1 h 29 (version actuelle)

Résumé

À Berlin, vers 1930, après bien d'autres enfants, la petite Elsie est à son tour victime d'un inconnu qui l'assassine après lui avoir offert un ballon. Les rafles de la police dérangent la pègre, aussi ses chefs mobilisent-ils leurs troupes pour faire surveiller les enfants par le syndicat des mendiants et autres vrais ou faux infirmes. En étudiant la liste des malades sortis récemment des cliniques psychiatriques, le commissaire Lohmann est mis sur une piste. Mais l'assassin se trahit en sifflotant, devant le marchand de ballons aveugle, le même air de Peer Gynt que le jour de la mort d'Elsie. Ses collègues du syndicat le marquent à la craie de la lettre « M » sur l'épaule, le filent et le coincent dans l'immeuble où il s'est réfugié. La pègre organise un procès au cours duquel l'assassin, Frantz Becker, implore en vain la pitié, affirmant être poussé à tuer par une force irrésistible. La police intervient alors qu'il est sur le point d'être lynché.

Commentaire

Le piège du destin

Le premier film parlant de Lang est aussi l'avant-dernier qu'il réalisa en Allemagne. Tourné sous le titre initial Mörder unter uns (Les assassins sont parmi nous), il attira l'attention des nazis qui, se sentant visés, tentèrent de le faire interdire. Pourtant, Lang s'attachait avant tout à une réflexion sur le crime et s'inspira du cas authentique de Kürten, « le Vampire de Düsseldorf ». De ce point de vue, on peut considérer le film comme une remarquable reconstitution d'un cas pathologique en même temps que la description précise des méthodes d'investigation policières et du milieu de la pègre. Si le portrait social et moral de l'Allemagne de Weimar est hallucinant, il ne faudrait pas extrapoler à l'excès l'ambition consciente de Lang, qui vise bien moins ici à dénoncer la montée du nazisme qu'il ne le fera dans le Testament du docteur Mabuse.

Mais la puissance d'évocation de M tient moins à cet aspect documentaire qu'à l'imagination poétique et visuelle du cinéaste. Si le style est plus réaliste, il est encore fortement marqué par l'expressionnisme. La mise en scène est conçue comme un immense piège qui enserre peu à peu le maudit. Ombres et lumières, grilles, lignes, angles aigus, cercles, miroirs agressent et cernent l'assassin dans le labyrinthe d'un destin qui, pour n'être plus exclusivement externe, comme dans les Trois Lumières ou les Nibelungen, n'en est pas moins implacable. Par sa souplesse d'écriture et ses thèmes (l'homme double et traqué, l'hystérie de la foule, la vengeance…), M annonce les grandes œuvres américaines de Lang et leur univers infernal, soumis à la nécessité et voué à la mort.