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Le ciel est à vous

Comédie dramatique de Jean Grémillon, avec Madeleine Renaud (Thérèse), Charles Vanel (Gauthier), Jean Debucourt (Larcher), Léonce Corne (Maulette), Raoul Marco (Noblet), Raymonde Vernay (Mme Brissard), Anne Vandenne.

  • Scénario : Albert Valentin, Charles Spaak
  • Photographie : Louis Page
  • Décor : Max Douy
  • Musique : Roland Manuel
  • Montage : Louisette Hautecœur
  • Production : Raoul Ploquin (U.F.A.)
  • Pays : France
  • Date de sortie : 1944
  • Son : noir et blanc
  • Durée : 1 h 45

Résumé

Pierre et Thérèse Gauthier, garagistes dans une petite ville, réussissent grâce à leur énergie et à leur organisation. Ils peuvent offrir un piano à leur fille douée pour la musique. Pourtant, devenue la gestionnaire d'un grand garage à Limoges, Mme Gauthier doit vivre loin de sa famille où chacun n'en fait qu'à sa tête, d'autant que Pierre est saisi par le goût de l'aviation. L'épouse rentre au foyer pour rétablir l'ordre, mais elle contracte à son tour la passion de voler. Le couple, soudé par ce plaisir commun, s'enthousiasme au point de tout vendre, y compris le piano, pour permettre à Thérèse de battre le record féminin de vol à distance, avec un vieux coucou amoureusement bricolé. D'abord violemment contestés par la collectivité, les Gauthier triomphent finalement.

Commentaire

Conformisme et novation

Plus subtil que ne le laisse croire une première impression un peu terne, Le ciel est à vous, dont le titre semble l'écho inversé de La vie est à nous, cultive le paradoxe qui lui a valu d'être encensé aussi bien par les collaborateurs que par les résistants. Tournée grâce à Raoul Ploquin, producteur en 1943 d'un Corbeau perçu comme repoussoir, l'histoire du couple Gauthier propose une image modèle de la famille française ordonnée et laborieuse, mais dont la modernité contredit le conservatisme. Après des projections difficiles début 1944, le film a remporté un vif succès lors de sa seconde sortie après-guerre. Obéissant aux injonctions du déroulant qui précède le générique pour rappeler que l'auteur s'inspire de faits réels (l'exploit d'une aviatrice amateur en 1937), les critiques et le public semblent avoir accepté avec complaisance l'image contradictoire d'une société à la fois modestement traditionaliste et audacieusement novatrice. Les hommes (Noblet, le directeur du garage, Larcher, le professeur de musique, Maulette, le directeur de l'aéro-club populaire, le mari lui-même) ne sont présents que pour provoquer puis soutenir les vocations féminines. La fonction essentielle est dévolue à Thérèse ; derrière elle, sa mère, image mesquine de la femme au foyer ; en avant, sa fille, dont la passion pour la musique préfigure la sienne pour l'aviation et qu'un goût trop exclusif pour « le ciel » pourrait condamner au célibat brillant mais frustrant de la championne Lucienne Ivry. Madeleine Renaud remplit, avec un ridicule touchant, tous les rôles attribués aux « super women » contemporaines : ménagère soigneuse, mère attentive et épouse amoureuse quoiqu'un peu bornée et possessive, puis femme d'affaires rigoureuse, elle s'avère capable d'un enthousiasme qui la porte à la fois aux confins de l'héroïsme et aux limites de la jouissance.