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Finis Terrae

Drame maritime de Jean Epstein, avec des habitants et pêcheurs des îles de Bannec et d'Ouessant.

  • Scénario : Jean Epstein
  • Photographie : Barthès, Goesta Kottula, Tulle, Louis Née
  • Production : Société générale de films
  • Pays : France
  • Date de sortie : 1929
  • Son : noir et blanc
  • Durée : 1 820 m (environ 1 h 07)

Résumé

Un îlot désertique au large d'Ouessant. Un petit groupe de jeunes goémoniers y mènent une existence sans joie, vivant chichement du produit de leur pêche. Un soir, une querelle éclate. Un des garçons, Ambroise, se blesse à la main avec un tesson de bouteille. La plaie s'infecte. Le malade se terre dans sa cahute. Jean-Marie, son compagnon, décide de le ramener à Ouessant, mais la mer est mauvaise et la fragile embarcation menace plus d'une fois de chavirer. Un médecin, alerté, se porte à leur secours, et c'est en pleine mer, dans une brume trouée par de furtifs éclats de phare, que l'opération a lieu, sauvant le jeune pêcheur de la gangrène.

Commentaire

La quête de la poésie brute

Pour Jean Epstein (1897-1953), théoricien aux vues novatrices, poète, philosophe illuministe et réalisateur se rattachant à l'avant-garde française des années 1920 (Cœur fidèle, la Chute de la maison Usher), avec quelques incursions heureuses dans le « commercial » (la Belle Nivernaise, Robert Macaire), l'art cinématographique se doit d'évacuer autant que possible toutes les scories de la dramaturgie, tous les artifices de la narrativité, au profit de la seule recherche expressive de l'image, celle-ci étant considérée comme une unité autonome, « un calligramme où le sens est attaché à la forme ». Il croit au rythme pur, au montage signifiant, à l'impact des visages et du paysage. Le pays breton lui fournit la matière première, la quintessence de cette sorte de « magie visuelle » qui l'obsède. Point d'esthétisme fabriqué ici, mais une poésie brute, ancrée dans le réel. « En quittant Ouessant, dit-il, j'ai eu l'impression d'emporter non un film, mais un fait. »

Document sans concession (mais non documentaire), Finis Terrae peut être regardé comme un ancêtre du néoréalisme, par son refus – audacieux pour l'époque – de tout épanchement mélodramatique, son tournage en décors réels, son interprétation confiée à des non-professionnels. On songe parfois à Flaherty devant ce constat austère, qu'imprègne un lyrisme retenu et souvent poignant. Pierre Leprohon, l'un des exégètes du cinéaste, parle de « beauté nue, directe » et d'« évidence plastique » saisissante. Epstein poursuivra cet effort, en solitaire, dans Mor-Vran (1931), l'Or des mers (1932) et une série de courts métrages, à la fois âpres et raffinés, sans jamais connaître toutefois un vrai succès, commercial ou critique. L'ensemble de son œuvre, pleine d'aspérités et de beautés éparses, a fait ces dernières années l'objet d'une patiente réévaluation.