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Eldorado

« Mélodrame cinématographique » de Marcel L'Herbier, avec Ève Francis (Sibilla), Jaque-Catelain (Hedwick), Paulais (Esteria), Philippe Hériat (Joao, le bouffon), Marcelle Pradot (Iliana), Édith Réal.

  • Scénario : Marcel L'Herbier, Dimitri Dragomir
  • Photographie : Georges Lucas, Georges Specht
  • Décor : Louis Le Bertre
  • Musique : Marius-François Gaillard
  • Production : Gaumont Série Pax
  • Pays : France
  • Date de sortie : 1921
  • Son : noir et blanc
  • Durée : 2 000 m (environ 1 h 14)

Résumé

Sibilla a été abandonnée par un riche protecteur. Pour survivre et élever son fils malade, elle se produit comme danseuse au cabaret « Eldorado ». Un jeune peintre suédois et un pitre difforme s'intéressent à elle. Mais son destin la condamne à la solitude et à l'ennui de vivre. Lasse d'une existence sans espoir, elle se suicide au moment d'entrer en scène.

Commentaire

Maniérisme et état d'âme

Eldorado se veut, d'entrée de jeu, un « mélodrame », mais au sens premier du terme (drame accompagné de musique – celle-ci ayant été confiée, spécialement pour les besoins du film, à un compositeur en renom, Marius-François Gaillard). C'est aussi une fantaisie dans le style espagnol, évoquant tour à tour Bizet, Velázquez et Maurice Barrès. Les extérieurs ont été tournés à l'Alhambra de Grenade, mantilles et fandangos sont abondamment mis à contribution, les jets d'eau fusent dans les patios fleuris… Le thème, par contre, est d'une rare indigence, et ne lésine pas sur le poncif (mère au grand cœur, enfant malade, tentative de viol dans un bouge).

Toute la force du film réside dans ses truquages formels : flous, déformations optiques, ombres suggestives, etc. Par exemple, l'héroïne, songeuse au milieu de ses sœurs d'infortune, est filmée en « flou tramé », censé symboliser son absence psychologique. Ce qui occasionna, lors de la preview, une scène mémorable avec le producteur, Léon Gaumont, imputant au projectionniste une erreur de mise au point !

Marcel L'Herbier (1888-1979) fait partie de ces cinéastes – ou plutôt de ces cinégraphistes, comme on disait dans les années 1920 – qui croient à la puissance absolue de l'image, aux vertus de la « photogénie », à l'autonomie de l'écriture filmique. Henri Fescourt (son antithèse, pourtant, à bien des égards) le décrit comme « un homme d'avant-garde, dans le sens non galvaudé du terme ». Il est de la génération des Gance, des Epstein, des Germaine Dulac. Homme de grande culture, d'un goût délicat, non exempt de préciosité, il a su s'entourer pour ses mises en scène, de collaborateurs de choix (au décor, à l'image, à la musique), et a puisé son inspiration chez les grands auteurs (Balzac, Bernstein, Oscar Wilde, Pirandello…). Esthète raffiné, il n'exclut pas pour autant un ancrage du film dans la réalité sociale, et assigne à ses « cinégraphies »des perspectives résolument « humanistes ». Guetté par le formalisme (l'Inhumaine), il est parvenu toutefois à un remarquable équilibre du sujet et de la technique, à une parfaite « dialectique du réel et de l'irréel » dans son avant-dernier film muet, l'Argent. Sa carrière parlante sera nettement plus inégale.