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Dancer in the Dark

Dancer in the Dark

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire mondial des films ».

Mélo musical de Lars von Trier, avec Björk (Selma), Catherine Deneuve (Kathy), David Morse (Bill), Peter Stormare (Jeff), Jean-Marc Barr (le chef d'atelier).

  • Scénario : Lars von Trier
  • Photographie : Robby Müller
  • Décor : Karl Juliusson
  • Musique : Björk
  • Montage : Molly Malene Stensgaard, François Gedigier
  • Pays : Danemark
  • Date de sortie : 2000
  • Son : couleurs
  • Durée : 2 h 19
  • Prix : Palme d'or ; Prix d'interprétation féminine pour Björk, Cannes 2000

Résumé

Selma, jeune Tchèque émigrée aux États-Unis avec son enfant d'une dizaine d'années, a deux pôles dans sa vie : chanter et danser avec la troupe amateur locale, accumuler les heures supplémentaires à l'usine pour grossir le paquet de dollars qu'elle range chez elle au fond d'une armoire. Le chant et la danse, c'est pour oublier la vie ; le magot, c'est pour sauver la vue de son fils en le faisant opérer, car il est menacé de la même maladie héréditaire qu'elle : la cécité. Rendue de plus en plus maladroite par son infirmité, elle finit par perdre son travail et découvre, en rentrant chez elle, que son petit magot a disparu, volé par le voisin policier qui lui loue sa maison. Elle se précipite aussitôt chez lui. Le policier sort son revolver. Bagarre, un coup part. Le policier, blessé à mort, supplie Selma de l'achever, ce qu'elle finit par faire avant de récupérer son argent pour aller le porter aussitôt à la clinique où son fils doit être opéré. Arrêtée, jugée, Selma est condamnée à mort. Une amie, collègue de travail à l'usine, vient la voir dans sa cellule et lui fait valoir qu'elle peut être sauvée si elle prend un bon avocat : les économies faites en vue de l'opération de son fils lui permettent de se l'offrir. Selma refuse : elle préfère mourir plutôt que de différer l'opération qui permettra à son fils de garder la vue. Selma mourra heureuse : juste avant l'exécution, son amie lui remettra les lunettes de son fils, signe qu'il a été opéré et n'en a désormais plus besoin.

Commentaire

Dans le genre mélo de chez mélo, on ne peut guère faire plus : la mère pauvre, immigrée et aveugle qui choisit de mourir pour que son fils garde la vue ; dans le genre « gonflé » non plus : une marche au gibet traitée en comédie musicale, il faut l'oser ! Lars von Trier, une fois de plus, prend tous les risques. À tout moment, il pourrait verser dans l'émotion facile, le mauvais goût, le misérabilisme ou l'enflure, mais il garde son cap, cheminant sur la ligne de crête escarpée qu'il a choisi d'arpenter.

Ce qui donne de la hauteur à son propos, c'est incontestablement la dimension mystique du film qui transcende et sublime ce qui pourrait n'être qu'un fait divers. Difficile, en effet, de ne pas voir, dans cette femme qui accepte la mort pour remplir la mission qu'elle s'est fixée, une évocation de la figure du Christ, qui à aucun moment n'a cherché à fuir ou à se défendre, car il savait que la rédemption de l'humanité passait par sa mort.

Ainsi campé sur son socle christique, Lars von Trier, récemment converti au catholicisme, déploie alors toutes les ressources de son talent et de sa rouerie, un peu à la manière d'un prédicateur à l'ancienne décrivant, avec moult détails, les horreurs et les flammes de l'enfer.

Talent et rouerie aussi dans le choix et la direction des acteurs. Qu'ils soient chef d'atelier, avocat, procureur, gardienne de prison, médecin, etc., ils ont tous la tête de l'emploi et l'air d'avoir exercé à vie le métier de leur rôle. En prime Lars von Trier nous offre la reine Deneuve rhabillée en ouvrière d'usine, et une chanteuse de rock qui n'avait jamais tourné dans un film et se trouve d'un seul coup hissée au niveau des plus grandes stars du cinéma : l'étonnante Björk, bombe glacée venue d'Islande.

Talent et rouerie encore dans l'utilisation de la technique. Avec ses images tremblantes, ses brusques mouvements de caméra, le début du film donne une impression de gaucherie un peu tâtonnante comme si un cameraman novice cherchait, caméra à l'épaule, ses marques dans un univers inconnu. En fait ce n'est qu'un truc pour mieux déstabiliser le spectateur et le mettre en état d'absolue réceptivité. Cent caméras vidéo fonctionnaient pendant le tournage et c'est à partir d'une énorme masse d'images que chaque plan a été méticuleusement choisi. Débauche de grands moyens au départ et impression de frugalité janséniste à l'arrivée, telle est l'alchimie du Dancer in the Dark, riche héritier bâtard de Dogma.

Résultat : un film d'une originalité radicale, fruit d'une hybridation de la technologie numérique et du vieil art du bateleur, du mélo et de la comédie musicale, orchestré par un immense réalisateur qui sans doute, vu ses quarante-quatre ans, montrera pendant de nombreuses années encore que le champ du cinéma n'est pas fini.