Version « black » de Carmen. L'action se déroule dans le sud des États-Unis pendant la Seconde Guerre mondiale.
La Carmen de Preminger n'est ni plus ni moins « authentique » que celles qui l'ont précédée ou suivie. Mais elle reste la plus jeune et la plus séduisante par la rigueur et l'audace de son approche : rupture totale avec les conventions, l'espace et la gestuelle scéniques, affranchissement à l'égard des contraintes musicales, suppression des « enjolivements » folkloriques. Ainsi dépouillée et rendue à sa vérité première, elle retrouve spontanément les élans « d'un bonheur court, soudain, sans merci » et la « gaieté africaine » que Nietzsche célébrait chez sa lointaine ancêtre. Cette Carmen, à laquelle Dorothy Dandridge confère un incomparable rayonnement charnel, organise son destin avec un fatalisme joyeux, que rien ne saurait troubler ; tragique et légère, naïve, superstitieuse, rétive et fragile, sa beauté insolente domine le film, sous l'œil d'une caméra sinueuse à l'extrême, qui épouse ses moindres déplacements et traque avec une complicité amoureuse ses plus secrets vacillements.