En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêts, réaliser des statistiques ainsi qu’interagir avec des réseaux sociaux.

Pour en savoir plus et paramétrer les cookies

Identifiez-vous ou Créez un compte

Amarcord

Amarcord

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire mondial des films ».

Chronique de Federico Fellini, avec Bruno Zanin (Titta), Pupella Maggio (sa mère), Armando Brancia (son père), Stefano Proietti (Oliva, son frère), Peppino Ianigro (le grand-père), Nandino Orfei (il Patacca, oncle de Titta), Ciccio Ingrassia (l'oncle fou), Magali Noël (la Gradisca), Luigi Rossi (l'avocat), Maria Antonella Beluzzi (la buraliste), Josiane Tanzilli (la Volpina), Carla Mora (la bonne).

  • Scénario : Federico Fellini, Tonino Guerra
  • Photographie : Giuseppe Rotunno
  • Décor : Danilo Donati
  • Musique : Nino Rota
  • Montage : Ruggero Mastroianni
  • Production : Franco Cristaldi
  • Pays : Italie
  • Date de sortie : 1973
  • Son : couleurs
  • Durée : 2 h 07
  • Prix : Oscar du meilleur film étranger 1974

Résumé

D'un printemps l'autre, la chronique des jours heureux d'une petite ville de l'Adriatique dans l'Italie paresseuse d'avant-guerre, vue à travers la famille de Titta, collégien adepte des sentiers buissonniers.

Commentaire

Une aura d'élégante nostalgie.

Le titre (« je me souviens », en dialecte romagnol) indique presque trop clairement l'intention autobiographique. Titta, c'est bien sûr Fellini, enfant espiègle et sensible des environs de Rimini ; l'appropriation des lieux et de l'époque semble complète, et cet ancrage de ce qu'il faut cependant appeler la fiction n'est pas pour rien dans le (grand) plaisir du spectateur. Les « tranches de vie » présentées par l'auteur sont trop belles pour n'être pas vraies, mais plus que la beauté ou la réalité, c'est le pouvoir d'évocation qui importe ici. La démarche n'est rien moins que proustienne car Fellini ne cherche pas un point nodal libérant le souvenir, mais bien plutôt une dilatation permanente que les effluves de la musique de Nino Rota portent à une sorte de constante maturation, comme en témoignent les multiples arrangements d'un même air (Stormy Weather) qui enveloppe tout le film d'une aura d'élégante nostalgie. Si le pittoresque ne fait pas le bonheur, il contribue du moins à l'élaboration de l'évidence fellinienne : les tableaux sont vraiment inoubliables.

Fellini avoue volontiers les tares que nous lui connaissons. Sa concupiscence trouve ici son origine avec les seins de la buraliste, les frasques de la Gradisca, les fesses des cyclistes – véritables « sous-venirs » – et les promesses carnassières de la Volpina. Mais le désir fait à la fois de l'histoire et de la géographie : le Satyricon cachait mal ses connotations, tandis que Roma offrait un éventail trop parfait des possibles citadins dans la séquence des deux bordels ; ici, l'ancrage fonctionne à plein – si l'on peut dire. D'un côté, l'appel de la chair envahit le film, d'autre part, cette omniprésence n'est telle qu'au travers d'yeux adolescents formés à l'école d'un cinéma tout puissant – d'où la beauté de la scène du jeune homme seul avec la Gradisca dans la salle obscure. Déjà pointe la thèse unique de l'œuvre de Fellini qui conforte notre soupçon initial sur l'« autobiographie » : ces images ne sont pas la réalité, puisque la réalité, c'est le cinéma.

Le film traite également un sujet qui a pour nom fascisme. Le génie du cinéaste multiplie les points de vue : du « grotesque flamboyant » de la grande parade à l'interrogatoire subi par le père de Titta, les traits saillants d'une époque sont croqués sans rompre – bien au contraire – avec le confort de l'évocation. La tendresse réelle de Fellini pour ses personnages repose sur un fait très simple : il sait leur transmettre son propre étonnement devant le monde. Ainsi de la famille au premier rang de la salle de cinéma ou de toute la ville réunie pour voir le Rex, magique paquebot illuminé voguant sur une mer d'autant plus vraie que « fabriquée » pour les besoins du film. Amarcord : le cinéma tel quel.