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école flamande

Jan Van Eyck, Arnolfini et sa femme
Jan Van Eyck, Arnolfini et sa femme

Ensemble des artistes et de la production artistique des pays de langue flamande avant la constitution de la Belgique. (Les historiens d'art ont souvent étendu cette notion à la production des Pays-Bas du Sud, Wallonie comprise.)

L'art flamand, du Maître de Flémalle à Van Eyck, de Lucas de Leyde à Rubens, marqua considérablement l'art européen, et notamment français, sans cesse tiraillé entre les influences nordique et italienne.

La peinture

L'enluminure resta la forme picturale la plus pratiquée du xie au xive s., dans la seconde moitié duquel elle attint son apogée : Jean de Bruges, à l'instar d'autres peintres flamands travaillant en France, tempéra l'élégante stylisation des manuscrits français par une représentation moins idéalisée des paysages et des figures secondaires. Peint par les frères de Limbourg avant 1416, le manuscrit des Très Riches Heures du duc de Berry représente la forme la plus avancée du « style international » et préfigure avec ses descriptions de la vie quotidienne la peinture de genre.

Au xve s. apparut un nouvel art, la peinture sur panneaux de bois. À la perspective linéaire mise au point par les Italiens pour structurer l'espace selon des principes mathématiques les artistes flamands préfèrèrent l'analyse empirique et s'attachèrent à représenter le monde visible dans tous ses aspects : dès les années 1420, leur principale innovation, la peinture à l'huile, leur permit de rendre les détails les plus infimes des natures mortes et des paysages, ainsi que d'utiliser des effets de lumière sur les formes et les textures ; appliquée en couches transparentes superposées, la peinture à l'huile prit des couleurs riches et brillantes, qui furent la marque distinctive de la peinture flamande et que l'on retrouve, par exemple, dans la Vierge au chancelier Rolin, de Jan Van Eyck (vers 1434).

La pensée symbolique du Moyen Âge s'accompagna d'un grand intérêt pour le monde laïc et matériel, et les peintures flamandes du gothique tardif sont toujours, malgré leurs sujets religieux, riches de détails quotidiens, investis d'un symbolisme spirituel. Ainsi, sur le Retable de Mérode du Maître de Flémalle (vers 1425-1427), un objet usuel, une serviette, évoque la pureté de la Vierge : en plaçant les événements religieux dans un contexte contemporain, les artistes flamands conférèrent une spiritualité au monde physique.

Bien que partageant toutes ces caractéristiques, les artistes gardaient chacun leur style. Van Eyck fut le premier peintre flamand à signer ses tableaux, calmes et sereins, et exceptionnels par leur traitement de la lumière et du détail. Rogier Van der Weyden, quant à lui, était plus intéressé par le rendu des émotions humaines. Tandis que son maître, le Maître de Flémalle, plaçait de robustes figures dans des environnements régionaux, Van der Weyden isola l'intensité religieuse de sujets quotidiens en les traitant avec un grand raffinement de la forme, rythmée par une ligne rigoureuse. Hans Memling traça le portrait de ses contemporains avec une simplicité sans apprêt et un remarquable sens de l'observation, tandis que Hugo Van der Goes exploitait les possibilités symboliques des détails réalistes dans des œuvres qui traduisent une intense spiritualité, et font de lui un lointain annonciateur des expressionnistes du xxe s.

Dès le milieu du xve s., les peintres flamands suscitèrent l'admiration des artistes italiens, qui furent particulièrement influencés par une œuvre comme le triptyque Portinari (vers 1475), peint par Hugo Van der Goes pour une église florentine. Au début du xvie s., tandis que l'humanisme se répandait en Flandre, ce fut au tour des Flamands d'imiter l'art de l'Italie, où ils allaient s'imprégner de l'esprit de la Renaissance. C'est Jan Gossaert, dit Mabuse, qui introduisit en Flandre la manière italienne du nu et les sujets mythologiques. Quentin Metsys, le fondateur de l'école d'Anvers, resta étroitement lié à la tradition nordique, mais emprunta à Léonard de Vinci ses jeux d'ombre et de lumière, ainsi que certaines règles de composition. Quant à Bernard Van Orley, il représenta les figures humaines avec une technique héritée de Raphaël, dont il avait pu admirer les cartons de tapisserie, présentés à Bruxelles vers 1515.

Sous l'influence italienne, l'art flamand se tourna du gothique tardif vers le maniérisme ; le goût prononcé pour le détail n'empêcha pas un désir de généralisation et de modèles à plus grande échelle, qui donna naissance aux grandes compositions à personnages de la fin du xvie s.

Par ailleurs, les préoccupations traditionnelles de la peinture nordique restaient vivaces. Les Flamands conservaient leur renommée dans l'art du portrait, tandis que, vers le milieu du xvie s., les paysages et les scènes de la vie quotidienne devinrent des sujets à part entière, les natures mortes évoluant dans la même direction. Si, dans le domaine de la peinture de genre, Bruegel l'Ancien subit l'influence italienne, c'est bien plus dans l'organisation picturale que dans le choix des sujets, qui restaient dans la tradition nordique : Bruegel n'idéalisa pas les comportements humains, mais les représenta dans leurs détails les plus réalistes.

À la charnière entre xvie et xviie s., fait écho une divergence sur le plan artistique à la séparation politique entre Pays-Bas du Nord et Pays-Bas du Sud. Si le xviie s. marqua un tournant aussi bien au Sud qu'au Nord, le maniérisme s'effaçant devant l'art baroque, celui-ci se manifesta différemment en Flandre et en Hollande. Le catholicisme réinstallé en Flandre, l'Église y devint commanditaire d'œuvres d'art. La bourgeoisie, qui tendait à se constituer en aristocratie, continua cependant d'apprécier les tableaux à sujets mythologiques et historiques, aussi bien que les scènes de la vie quotidienne. Mais, quel que soit le sujet, les peintres flamands perpétuèrent leur style, caractérisé par des couleurs brillantes et des compositions décoratives, même pour les sujets les plus dramatiques.

Tandis que dans les Pays-Bas du Nord coexistaient plusieurs styles locaux, en Flandre la peinture était dominée par le seul Rubens, qui opèrait la synthèse des traditions locales – intérêt pour les paysages détaillés, les couleurs brillantes et la texture complexe – et italiennes – goût pour les compositions à grande échelle – en créant des scènes monumentales vibrantes de vie.

La sculpture

Dès la période romane, les sculpteurs mosans produisirent des pièces de métal d'une qualité exceptionnelle. Les fonts baptismaux en cuivre de l'église Saint-Barthélemy, à Liège (vers 1107-1118), sont dus à Renier de Huy ; malgré un géométrisme typiquement roman, ses scènes en bas relief témoignent de l'influence de l'art antique dans la façon de suggérer la forme humaine par l'arrangement des drapés. L'œuvre de Nicolas de Verdun, dernier grand sculpteur et orfèvre de la période romane, dénote une remarquable connaissance de l'art antique en même temps qu'une fine observation de la vie quotidienne, que l'on retrouve dans le maître-autel sculpté et émaillé de Klosterneuburg, près de Vienne (terminé en 1181). Le naturalisme apporté à la représentation des émotions humaines et l'utilisation des drapés pour suggérer le mouvement y étaient annonciateurs du gothique.

La période gothique vit de nombreux échanges entre les sculptures française et flamande. Le Hollandais Claus Sluter passa une partie de sa carrière à Bruxelles, avant de développer à la cour de Bourgogne un style très personnel, qui contribua largement à dégager la sculpture de la domination de l'architecture.

Au xvie s., c'est entre l'Italie et les centres de sculpture d'Anvers et de Malines que se firent des allers et retours artistiques, et Jean Bologne, le plus talentueux des sculpteurs nés en Flandre, passa la plus grande partie de sa vie en Italie, où il fut très apprécié. Ce fut également le cas du fils de Jérôme Duquesnoy (l'auteur du Manneken-Pis, 1619), François, dit Francesco Fiammingo, le plus grand sculpteur flamand du xviie s. avec son élève Artus Quellinus. Ce dernier, l'un des créateurs du baroque flamand, assura une partie de la décoration de l'hôtel de ville d'Amsterdam.

Pendant tout le xviiie s., de très nombreux sculpteurs flamands allèrent mener leur activité à l'étranger : Michael Rysbrack, Peter Scheemaeckers et Laurent Delvaux firent en Angleterre de brillantes carrières de portraitistes et sculpteurs de monuments funéraires. Les sculpteurs qui restèrent en Flandre travaillèrent notamment à la décoration d'églises locales ; leurs œuvres sont la plupart du temps restées anonymes, bien qu'elles soient souvent remarquables. Dans la seconde moitié du xviie s. et pendant tout le xviiie s. se développa la production traditionnelle de mobilier d'église en bois, qui connut son apogée avec les confessionnaux et les chaires ornés d'ensembles figuratifs complexes, telle la chaire de la cathédrale de Bruxelles (1699), due à Hendrik Verbruggen.

L'influence de la sculpture française fut à nouveau sensible pendant tout le xixe s., dont la première moitié fut dominée par un style dérivé du néoclassicisme français. Le sculpteur le plus remarquable de la fin du xixe s., Constantin Meunier, était un adepte du réalisme et un admirateur de Rodin (Monument au Travail, 1893-1905). George Minne était un sculpteur lié aux peintres symbolistes de Sint-Martens-Latem et Rik Wouters, peintre chef de file du « fauvisme brabançon », fut également l'auteur de bronzes originaux (la Folle Danseuse, 1912). Lui firent suite l'un des fondateurs du mouvement De Stijl, Georges Vantongerloo, attiré par le constructivisme et l'abstraction, puis Pol Bury, l'un des représentants du cinétisme.

L'architecture

Au cours de la période romane, l'activité artistique resta concentrée dans les monastères et les puissants évêchés de Tournai et de Liège. L'église Saint-Barthélemy (xie-xiie s.), à Liège, est l'un des rares témoins encore visibles de l'architecture de cette époque. La prospérité de la région entraîna le remplacement, du xiiie au xve s., des églises romanes par des édifices gothiques. L'influence française sur l'architecture religieuse flamande s'imposa fortement dès le début de la période gothique. Comme le montre la collégiale Saints-Michel-et-Gudule (commencée vers 1226), à Bruxelles, les architectes flamands n'accordaient toutefois pas à la verticalité la même importance que les Français ; en général, l'église gothique est souvent plus large et moins élevée en Belgique qu'en France et la tour en est très imposante (cathédrale Saint-Rombaut de Malines dont la construction fut dirigée par les Keldermans). La première manifestation importante du gothique fut le chœur de la cathédrale de Tournai (vers 1242) ; l'abbaye de Villers-la-Ville, partiellement en ruines, est un autre témoignage de valeur du xiiie s. À l'époque flamboyante, le gothique connut un développement important, particulièrement dans le Brabant : Saint-Michel (xiiie-xve s.) et Notre-Dame-du-Sablon à Bruxelles, Notre-Dame de Hal (xive-xve s.). Dès le xiiie s., l'architecture civile (beffrois, halles, hôtels de ville) connut une grande originalité : les halles, édifices généralement surmontés de remarquables beffrois, augmentèrent en nombre et en taille avec l'essor de la fabrication et du commerce du drap (halle aux draps d'Ypres, vers 1304-1380) ; les beffrois de Gand, Tournai, Bruges, Bruxelles, les halles de Bruges et les hôtels de ville de Bruxelles, Bruges, Louvain, Audenarde, ainsi que de nombreuses demeures privées sont aussi là pour témoigner de ces innovations.

Ce n'est qu'au xvie s. que les architectes flamands abandonnèrent le style gothique pour un style inspiré de la Renaissance italienne et du maniérisme. L'hôtel de ville d'Anvers (1561-1566), dessiné par Cornelis Floris de Vriendt, combine formes locales et formes importées. Les entrelacs, ornement maniériste originaire du nord de l'Europe et populaire parmi les architectes flamands, n'y sont utilisés qu'avec parcimonie. Si, à Anvers, la conception très chargée de l'hôtel de ville en fait un édifice maniériste, l'église jésuite de Saint-Charles-Borromée, commencée par Peter Huyssens en 1615, se rattache, par ses formes pleines, fluides et ses jeux d'ombre et de lumière, à l'architecture baroque ; la façade, qui s'orne de sculptures en relief conçues par Rubens, prend modèle sur les églises jésuites italiennes. C'est toujours à Rubens que l'on doit le meilleur exemple du baroque flamand : l'exubérant portique à trois arcs qu'il imagina pour sa propre maison, à Anvers.

Au cours des xviiie et xixe s., l'architecture flamande suivit d'une manière générale les tendances européennes, du néoclassicisme à l'éclectisme. L'œuvre de Victor Horta est une exception d'importance : les édifices qu'il construisit à Bruxelles pendant les années 1890 sont de brillants exemples de l'Art nouveau. Il transcrivit les formes naturelles dans la structure métallique apparente de ses constructions, telle, à Bruxelles, la maison Tassel (1892-1893). Un autre adepte de l'Art nouveau, l'architecte et décorateur Henry Van De Velde, fut une référence pour une grande partie de l'architecture postérieure du xxe s. : il prôna la sobriété des ornements architecturaux, privilégia la beauté des formes mécaniques, et ouvrit la voie au fonctionnalisme, qui marqua l'architecture belge, comme la plupart des courants internationaux du xxe s.