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Église catholique

Assemblée des hommes liés entre eux par une même foi en la divinité de Jésus-Christ et qui reconnaissent l'autorité de l'Église fondée par lui, ayant à sa tête le pape, évêque de Rome, considéré comme le vicaire et le successeur du Christ sur terre, et les autres évêques, pasteurs des croyants.

L'Église chrétienne naît vraiment à la Pentecôte quand les apôtres et les disciples de Jésus se mettent à convertir au christianisme des juifs de Jérusalem ; en fait, durant plusieurs années, les chefs de l'Église hésitent entre la formation d'une communauté judéo-chrétienne et une communauté nouvelle, ouverte aux non-juifs. Après la rupture avec le judaïsme officiel, vers 40, les apôtres décident que les païens pourront entrer dans la communauté chrétienne sans être astreints aux préceptes rituels du judaïsme. Cette orientation décisive a comme acteur et promoteur principal Paul de Tarse, lui-même juif converti, qui, au cours de ses voyages missionnaires (entre 45 et 58), implante ou affermit le christianisme dans le monde oriental et hellénique et même à Rome, où Pierre, considéré comme le chef de l'Église, subit le martyre vers 64.

De plus en plus enracinée, malgré les persécutions, dans l'Empire romain, l'Église chrétienne, à partir surtout du iiie s., déborde toujours davantage les frontières de cet Empire. Mais elle demeure encore socialement urbaine, ce qui explique en partie son organisation très hiérarchisée, à la romaine, l'évêque étant le personnage central dans chaque cité. Cependant, des conciles régionaux assurent les liaisons organiques et l'unité doctrinale, arbitrée par l'évêque de Rome dont la primauté semble avoir été admise assez tôt. Le développement doctrinal, fondé sur l'enseignement de Jésus et sur la Tradition, est assuré par une réflexion commune et par l'intervention de docteurs ou Pères de l'Église comme Augustin en Occident ou Jean Chrysostome en Orient.

La conversion de Constantin Ier et le triomphe officiel du christianisme par l'édit de Milan (313) permettent à l'Église chrétienne de s'épanouir au grand jour : protégée par l'Empire, elle inspire de plus en plus profondément la législation ; mais les empereurs chrétiens s'immiscent dans son administration, voire dans ses querelles doctrinales. La « paix de l'Église » favorise l'expansion du christianisme dans les campagnes ; des structures se mettent en place avec la multiplication des paroisses rurales, des diocèses, des provinces ecclésiastiques et des patriarcats. Tandis que les conciles élaborent une discipline sacramentaire et un corps doctrinal de plus en plus précis et vaste, la liturgie s'organise autour de la messe et du cycle annuel des fêtes, notamment des fêtes de la Vierge. Le monachisme, apparu très tôt en Orient, se développe rapidement en Occident.

Les invasions barbares – surtout celles du ve s. – font de l'Église, face aux ruines de l'Empire romain, la gardienne de la civilisation ; puis, peu à peu, la conversion des Barbares au christianisme, en leur donnant accès à l'ancienne civilisation romaine, prépare la formation d'un Empire chrétien, éphémère mais brillant, sous Charlemagne (800-814), qui, comme l'ont fait les Mérovingiens et comme le feront les Carolingiens, s'appuie sur les papes, les évêques locaux, les moines celtiques, pour lutter contre le retour des mœurs païennes. L'expansion chrétienne dans le nord de l'Europe accompagne cette reprise en main. Mais l'échec politique des Carolingiens, dès la fin du ixe s., favorise la dislocation de l'Empire chrétien. Trois masses se distinguent de plus en plus fortement : à l'est, l'Empire byzantin, qui s'éloigne de Rome au point d'aboutir au schisme (xie s.) ; à l'ouest, le monde latin, que la féodalité décompose sur tous les plans ; au sud, les pays soumis à l'islam et qui échappent, soit définitivement (Afrique, Moyen-Orient…), soit pour longtemps (Espagne) à la vie de la communauté chrétienne.

Dans le monde latin, la mainmise des laïcs sur l'Église atteint même Rome, où, aux xe-xie s., les papes sont faits et défaits par les féodaux. Une réforme profonde s'amorce sous Nicolas II, qui fixe l'élection des papes par les cardinaux (1059) et s'amplifie aux xiie et xiiie s. Les papes réformateurs, notamment Grégoire VII (1073-1085), Alexandre III (1159-1181) et Innocent III (1198-1216), élaborent en même temps une doctrine théocratique qui se heurte au césaropapisme des empereurs romains germaniques ; d'où des luttes acharnées qui culminent avec la querelle des Investitures (1075-1122) et la lutte du Sacerdoce et de l'Empire (1154-1250). Cependant, dans l'orbite pontificale se développent les grandes forces de la chrétienté : réforme monastique (Cluny, Cîteaux) ; réseau paroissial ; élan des constructions d'églises (roman puis gothique) ; croisades en Terre sainte et en Espagne ; lutte contre les hérésies. Peu à peu, l'Église anime toute la vie sociale.

Aux xiie et xiiie s., les ordres mendiants (franciscains et dominicains) accordent leur apostolat missionnaire et populaire au réveil économique de l'Europe et à la résurrection des villes, tandis que le droit canon devient une véritable science ecclésiastique.

Mais la fin de la féodalité et la naissance des jeunes nations chrétiennes (France, Angleterre…) exaspèrent un régalisme qui se heurte à la théocratie pontificale, ce qu'illustre la lutte qui oppose Philippe le Bel et Boniface VIII (1294-1303). L'installation de la papauté à Avignon (1309-1376), puis le grand schisme d'Occident (1378-1417), qui voit un moment trois papes s'affronter, déconsidèrent une papauté trop souvent tournée vers des occupations temporelles et rongée par la bureaucratie et la fiscalité.

Tandis que les rois deviennent de plus en plus les véritables chefs des Églises nationales, des conciles généraux – celui de Constance (1414-1418) notamment – remettent en cause la primauté papale. Le système bénéficial, de nouveau en usage, crée un clergé de rentiers dispensés trop souvent de charges pastorales ; la scolastique, qu'avait illustrée saint Thomas d'Aquin (1225-1274), s'enlise dans le procédé. De sorte que se multiplient les mouvements hétérodoxes réformistes, à la fois dans les ordres religieux (les franciscains entre autres) et dans l'Église (Wycliffe, Hus). Les guerres, comme la guerre de Cent Ans (1337-1453), ajoutent leurs sévices et leurs ruines à l'abâtardissement du sens évangélique.

Aussi, au xve et au xvie s., un fort courant de réforme se développe-t-il : Réforme protestante d'abord, issue de l'humanisme propre à la Renaissance et d'un besoin intense, chez Luther (1483-1546), Calvin (1509-1564), Zwingli (1484-1531), d'une religion plus intérieure ; Réforme catholique, ou Contre-Réforme, plus tardive, qui s'exprime fortement dans les décisions dogmatiques et pastorales du concile de Trente (1545-1563) et qui trouve, dans un certain nombre de papes, notamment Pie IV (1559-1565) et saint Pie V (1566-1572), des défenseurs opiniâtres. L'Église romaine, dans sa liturgie, par le renouveau de la piété populaire, par le soin apporté à la discipline ecclésiastique, par la réforme profonde de la cléricature (séminaires), par la multiplication des congrégations, par une spiritualité visant à une vie mystique active, réussit à sortir de la décadence et à se modeler un visage moderne. L'effort intérieur de rénovation provoque un élan missionnaire qui accompagne la fondation des empires coloniaux européens.

Face au monde de la philosophie rationaliste, déiste et anticléricale qui émerge en force au xviiie s., l'Église romaine est assez démunie, doctrinalement, du fait des abus qui subsistent dans le corps ecclésial et du faible rayonnement d'une papauté surtout préoccupée par ses intérêts temporels en Italie et dont le jansénisme, le gallicanisme, le fébronianisme s'accordent pour remettre en cause l'autorité, voire la raison d'être.

La Révolution française oblige l'Église romaine à s'intérioriser ; elle y est aidée par l'effondrement de l'Ancien Régime, en France (1789-1792), puis, progressivement, dans le reste de l'Europe. Ce qu'elle perd en puissance temporelle (en 1870, les Italiens, en faisant de Rome leur capitale, détruisent les États pontificaux), l'Église le gagne en rayonnement spirituel, le xixe s. étant le siècle des missions, des congrégations de toute espèce, de la sainteté multiforme : la personne du pape, surtout à partir de Pie IX (1846-1878), devient l'objet d'une vénération qui tourne parfois au culte. Mais les gens d'Église ne voient pas que la civilisation contemporaine, marquée par l'industrialisation, l'urbanisation, la paupérisation ouvrière, l'est aussi par le laïcisme, le positivisme, le scientisme, le socialisme. Et, convaincue de posséder la vérité, l'Église romaine s'arrête longtemps à des positions défensives : le Syllabus de Pie IX (1864) et l'esprit du premier concile du Vatican (1870) constituent la forme aiguë du rejet des « erreurs » modernes.

Léon XIII (1878-1903) favorise le renouveau des études thomistes et bibliques. Pie XI (1922-1939) réorganise l'Académie pontificale des sciences (1936) ; Pie XII (1939-1958) accepte le contrôle des naissances par les méthodes naturelles (1951). Des catholiques, de plus en plus nombreux, prennent conscience de la nécessité d'allier une vie chrétienne authentique et une fidélité vivante à l'Église, à une diversité de plus en plus grande de prises de position et d'engagements politiques et sociaux ainsi qu'à un œcuménisme enrichissant. Ils y sont encouragés par les papes qui, eux-mêmes, face aux idéologies (fascisme, nazisme, communisme), dispensent un enseignement très nourri.

Un déplacement de l'axe vital du catholicisme est sensible dès le début des temps contemporains : tandis que, grâce aux nombreuses missions étrangères, de nombreuses Églises naissent et se développent hors d'Europe, avec un clergé autochtone de plus en plus nombreux, dans les pays de vieille catholicité, l'indifférentisme religieux, la portée des idéologies anticléricales, la difficulté, pour l'Église, d'influencer un système social injuste (dénoncé par la grande encyclique de Léon XIII, Rerum novarum, 1891) font que, au lendemain de la Première Guerre mondiale, l'Église romaine semble avoir perdu sa position d'arbitre dans les conflits politiques et idéologiques.

Après la Seconde Guerre mondiale, l'Église est affrontée à de nouveaux problèmes : une mutation fondamentale de la civilisation ; l'expansion du communisme étatique en Europe ; de l'islam en Afrique et dans le Moyen-Orient ; la formation de nouvelles dictatures. Elle adopte alors de nouvelles méthodes : universalisation accentuée de la hiérarchie ecclésiastique ; constitution accélérée de clergés indigènes indépendants de la métropole ; renouvellement de la catéchèse, de la pastorale, de la vie liturgique.

Le deuxième concile du Vatican (1962-1965), convoqué par Jean XXIII (1881-1963) et poursuivi par Paul VI (1897-1978), est un événement capital dans l'histoire de l'Église catholique, qui entend ainsi ajuster son message à la grande crise de civilisation de la fin du xxe s. En même temps, par un œcuménisme actif, elle mêle ses efforts à ceux des autres Églises et même à ceux des autres religions.

Rompant avec une ancienne tradition, Paul VI déjà, mais beaucoup plus encore Jean-Paul II (1920-2005), pape à partir de 1978, voyagent à travers le monde, et tiennent ainsi compte du déplacement des forces catholiques vers d'autres continents, notamment vers l'Afrique et l'Amérique latine – celle-ci rassemblant la moitié environ du 1,1 milliard de fidèles. Jean-Paul II a laissé une « Église plus courageuse, plus libre, plus jeune », selon les propres termes de son successeur en 2005, Benoît XVI (né en 1927). Or, celui-ci, fervent défenseur du dogme, a aussi reconnu la nécessité de « secouer les consciences » pour redonner à l'Église catholique toute sa place dans le monde à travers le dialogue avec les non-croyants et l'ouverture en direction des autres croyants.