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Église

(latin ecclesia, du grec ekklêsia, assemblée)

Lippo Memmi, saint Pierre
Lippo Memmi, saint Pierre

L’ÉGLISE CHRÉTIENNE

Le mot Église – du grec ekklêsia, qui signifie « assemblée » et provient du verbe ekkaleô (« je convoque ») – désigne à la fois la communauté religieuse fondée par Jésus-Christ, le christianisme, et l’institution religieuse qui a été mise en place autour de cette foi commune.

L’Église primitive

Les premières communautés chrétiennes

Selon les Évangiles, Jésus a désigné parmi ses apôtres un homme, Pierre, pour construire son assemblée de croyants : « Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église. » Le groupe des apôtres, appelés à témoigner de la résurrection de Jésus (« Allez par le monde entier, proclamez la Bonne Nouvelle à toute la création. »), a introduit par le baptême tous les convertis dans la communauté des croyants et a guidé cette Église naissante.

Dès sa création, l’Église primitive doit surmonter une crise interne. En effet, la communauté se divise pour savoir si un individu peut accéder à la Bonne Nouvelle par le seul baptême ou s’il doit d’abord être juif pour pouvoir devenir chrétien : au parti « helléniste » s’oppose ainsi le parti « hébreu ». L'attitude de Paul, qui se consacre essentiellement à la conversion des païens, renforce la seconde position ; la chute de Jérusalem, en 70 de notre ère, met un terme à ce conflit. Cette communauté doit également vaincre sa déception dans son attente de la venue différée des « derniers temps ». On connaît le fameux mot : « On attendait Jésus et c'est l'Église qui est venue. » Il faut donc composer avec l'avenir, c'est-à-dire organiser les communautés : les compagnons des premiers apôtres s'y emploient, comme l'attestent les épîtres pastorales de Paul. Il faut fixer par écrit la prédication des premiers témoins de Jésus ; à partir des années 60 de notre ère se constituent des textes dont l'ensemble forme le Nouveau Testament.

L’Église clandestine et ses martyrs

Pendant deux siècles, l'Église connaît une vie risquée, qui ne contrarie cependant pas son expansion. Chaque communauté est dirigée par un évêque, entouré de ses presbytres et de ses diacres. Sa vie se caractérise par la célébration eucharistique, l'accueil des catéchumènes, leur initiation à la foi chrétienne, et par l'assistance fraternelle de ses membres. Le rayonnement de cette religion est tel qu'elle pénètre, en l'espace d'un siècle, tout l'Empire romain, et l'évêque de Rome (le pape) accroît rapidement ses pouvoirs.

Les chrétiens sont l'objet, de temps à autre, de persécutions, puisqu'ils refusent de sacrifier au culte de l'empereur. Après Néron, Dèce (249-251) et Dioclétien (284-305) continuent à mener une politique répressive à leur égard.

Une religion d'État

L'Église entre dans une ère nouvelle lorsque l’empereur Constantin se convertit en 313. Reconnue officiellement, elle devient même, sous Théodose, à la fin du ive s., religion d'État. L'organisation ecclésiastique se modèle sur l'administration impériale. Ses querelles religieuses ne compromettent plus désormais la seule communion des Églises, mais la cohésion de l'empire. Aussi les hérésies qui avaient cours jusque-là (tel l’arianisme) sont-elles traitées dans des conciles convoqués par l'empereur (et, en cela, dits « œcuméniques »).

À partir du ive s., l'empire lui-même se divise entre sa partie orientale et sa partie occidentale ; cette coupure affecte l'Église. Constantinople (la capitale orientale, dite Nouvelle Rome) doit lutter contre les invasions barbares, mais elle parvient à contenir ou à absorber leurs multiples pressions. L'Occident, en revanche, est emporté par celle-ci. En 410, Rome est envahie et, vingt ans plus tard, les Barbares s'installent en Afrique du Nord. Dans cet effondrement, l'Église latine doit désormais compter sur elle-même et non plus sur le pouvoir défaillant de l'empire. Les envahisseurs composent avec les responsables ecclésiastiques, et ces derniers entreprennent progressivement la conversion des nouveaux peuples. C’est le temps des missions lointaines en Germanie ou en Frise, par-delà les frontières de l'ancien Empire romain.

La division de l’Église chrétienne en plusieurs confessions

Les traditions, les cultures grecque et latine, la vitalité intellectuelle de l'Orient et le dépérissement progressif de l'Occident contribuent à donner plusieurs visages à l'Église. Aussi bien dans les écrits théologiques que dans la liturgie ou dans la discipline ecclésiastique, ces différences marquent une dérive qui conduit, quelques siècles plus tard, à une rupture irréversible : le grand schisme d’Orient (1054). L'Église latine garde le nom ancien de « catholique » et celle d'Orient prend celui d'« Église orthodoxe ».

De même, la Réforme, initiée par le moine allemand Martin Luther au xvie s., fracture de nouveau la communauté des fidèles en créant le protestantisme, troisième branche du christianisme.

Les différentes Églises chrétiennes

Ainsi, différentes Églises chrétiennes sont nées de l’apparition, au cours des siècles, des différentes branches du christianisme. On parle ainsi des Églises catholique, orthodoxe et protestantes (ou réformées).

L’Église catholique est dirigée par le pape, évêque de Rome, qui est considéré par les catholiques comme le vicaire et le successeur du Christ sur Terre. Dans le catholicisme, on parle également d’Église pour désigner l’institution catholique spécifique à un pays (comme l’Église de France).

L’Église orthodoxe, issue du schisme de 1054 avec Rome, reconnaît comme primat d'honneur le patriarche de Constantinople. L’orthodoxie est divisée en plusieurs Églises nationales autocéphales (telle l’Église russe).

Les Églises protestantes, nées de la Réforme au xvie s., se caractérisent par leur pluralité. Derrière une confession unique, le protestantisme, elles se distinguent les unes des autres par leur organisations et leurs références théologiques. Elles sont principalement représentées par les courants issus du luthéranisme (Églises luthériennes) et du calvinisme (Églises réformées, dites presbytériennes dans les pays anglo-saxon).

L’ÉGLISE CATHOLIQUE ROMAINE

Héritière de l’Église chrétienne primitive – au même titre que l’Église orthodoxe –, l’Église catholique romaine vit une histoire singulière après la chute de l’Empire romain d’Occident, au ve s. D’abord sous la protection de la lointaine Constantinople, dernière capitale de l’Empire romain antique, l’Église romaine se rapproche bientôt des États occidentaux, et notamment des souverains Francs, pour poursuivre son évolution.

L’Église romaine médiévale

La puissance carolingienne

Au viiie s., alors que l'Espagne est sous la domination berbéro-arabe, s'instaure la puissance carolingienne. L'Italie étant menacée par les Lombards, le pape fait appel pour la défendre non plus à Constantinople, affaiblie, mais à Pépin le Bref, qui, en échange de cette démarche générant la reconnaissance de son pouvoir tout récent, remet à l'évêque de Rome quelques territoires : les États pontificaux. Désormais, la dynastie carolingienne, par ses conquêtes, par ses débuts d'organisation et de centralisation, nourrit l'ambition de restaurer l'empire. En sacrant Charlemagne (800), le pape répond à ce vœu et marque ainsi combien l'Occident s'éloigne de Constantinople. Mais l’Empire carolingien est éphémère et se disloque en de multiples suzerainetés. Rome perd alors un appui politique ; en outre, l'Église se morcelle : ses évêques sont dépendants des nouveaux suzerains ou ces derniers leur échappent. Les charges se vendent ; de plus, le clergé est inculte. Rome elle-même est le théâtre de sombres intrigues.

Une nouvelle chrétienté

À partir de 1059, la « réforme grégorienne » intervient, qui se prolonge pendant plusieurs décennies. Il s'agit non seulement de restaurer l'autorité et l'indépendance de la papauté, mais de réformer l'Église. Cela implique une restauration de l'autorité épiscopale, assistée d'un clergé nouveau. D'où la naissance de communautés de prêtres adonnés à la prière et au ministère : les chanoines réguliers. Cela suppose une indépendance financière, c'est-à-dire qu'il faut arracher aux propriétaires, qu'ils soient moines ou laïcs, les paroisses qui se trouvent sur leurs seigneuries. Alors, la centralisation du pouvoir, l'organisation de la curie, l'établissement d'un droit ecclésial peuvent porter leurs fruits et former une puissance qui résiste aux visées des princes ; au xie s., la querelle des Investitures entre le pape et l’empereur germanique (la papauté refusant que princes et empereur continuent à nommer les évêques) est réglée au concordat de Worms (1122), après la soumission hautement symbolique de l’empereur à Canossa.

Parallèlement, les abbayes trop puissantes, comme Cluny, sont appelées à se réformer ; de nouveaux ordres se créent, notamment les cisterciens et les chartreux. Ce mouvement donne naissance à une nouvelle chrétienté, dont l'apogée se situe au xiiie s. avec le pape Innocent III. Rome, qui a pu mobiliser dans les croisades les énergies d'un Occident en expansion, dispose alors de deux ordres nouveaux (les franciscains et les dominicains), pour mener une intense activité théologique dans les universités récentes, pour envoyer des missionnaires en Orient et dans le monde islamique, pour faire régner l'orthodoxie, menacée par les foyers de l'hérésie.

L'autorité du pape contestée

Dès la fin du xiiie s., les nationalismes naissants mettent en cause cette autorité tutélaire ; le conflit qui oppose le pape Boniface VIII au roi de France Philippe le Bel annonce la disparition de cette théocratie. L'équilibre des forces spirituelles et politiques de la chrétienté est compromis. Marsile de Padoue ou Guillaume d'Occam développent une philosophie politique qui affirme l'autorité souveraine des États et dénonce la structure monarchique de l'Église. Ils annoncent la théorie conciliariste, selon laquelle le pape doit se soumettre à l'autorité des conciles.

Le grand schisme d'Occident ruine le prestige de la papauté, qui continue, après le retour à l'unité, à faire peser sur les populations de lourdes charges financières. La guerre de Cent Ans, la peste noire, la mise en veilleuse des universités, l'insurrection hussite en Bohême (1419), les théories radicales de John Wycliffe en Angleterre, la disparition définitive (1453) de l'Empire byzantin, autant de désastres qui développent un climat angoissé, dominé par l'appréhension de la mort et de la sanction du Jugement dernier et qui appellent « la réforme de la tête et des membres de l'Église » que les nombreux conciles ne parviennent pas à imposer. D'un autre côté, une nouvelle spiritualité apparaît. Individualiste, elle prend ses distances à l'égard d'un clergé décadent et s'exerce souvent en dehors de l'Église visible et de ses sacrements.

L'Église romaine des Temps modernes

Au début du xvie s., l'Europe est traversée par de multiples courants réformateurs : la Réforme protestante met en avant la redécouverte d'un peuple chrétien participant dans son entier au sacerdoce universel du Christ, et un attachement exclusif à la Bible. De ce fait, la Réforme rejette la tutelle d'un clergé qui, en introduisant la distinction entre les laïcs et lui-même, s'arroge fonctions et pouvoirs sur un peuple soumis. Selon les réformateurs, tous les baptisés ont désormais le droit du libre examen des Écritures, sans être subordonnés à un clergé. Au moment de l'ouverture du concile de Trente (1545), l'Europe du Nord échappe dans sa plus grande partie à l'autorité romaine. Certes, l'expansion coloniale de l'Espagne et du Portugal ouvre aux missions catholiques le Nouveau Monde et l'Extrême-Orient.

Avant de propager ses idées, l'Église romaine doit se redéfinir. Il s'agit pour elle de conduire de nouveau des millions d'hommes au salut par la foi en Jésus-Christ et par les sacrements de son Église. La Réforme catholique (dite Contre-Réforme) s'attelle à ce projet. Si elle connaît d'indéniables succès, elle est, cependant, progressivement paralysée par la tutelle des princes catholiques, par une attitude défensive à l'égard des protestants, dont le rôle s'affirme en Europe, par une méfiance devant toute nouveauté (dont l'exemple le plus célèbre est la condamnation de Galilée en 1633).

La tourmente révolutionnaire et l'Église conservatrice

La naissance des sciences modernes, la montée du scepticisme, de l'individualisme, des Lumières ébranlent l'univers chrétien dans ses profondeurs. L'édifice qui unissait l'Église à la société s'écroule définitivement à la fin du xviiie s. Le flambeau que tenait le christianisme pour la conduite de l'humanité passe en d'autres mains.

En quelques années, l'Église catholique voit ses structures s'effondrer, et la Révolution française provoque en son sein un profond traumatisme – qui explique, dans une certaine mesure, son attitude conservatrice et réactionnaire tout au long du xixe s. Tout ce qui peut se réclamer de 1789, en particulier la liberté et l'héritage républicain, est l'objet de la plus vive répugnance. Le soutien donné à la restauration des souverains de l'Ancien Régime, l'appui des mouvements conservateurs, la coalition, au milieu du xixe s., avec la bourgeoisie caractérisent ce conservatisme de l'Église.

Il est vrai que le xixe s. est une période, pour l'Église romaine, d'intense activité missionnaire, favorisée par l'expansion coloniale. Mais cette association même n'est pas sans ambiguïté ni danger. De même, en Europe, les initiatives d'éducation et d'assistance se renouvellent, mais cela se fait avec l'arrière-pensée d'une restauration des fonctions précédemment assumées, et la reconquête de ces tâches de suppléance devient, dans le contexte nouveau des États souverains, l'occasion de luttes d'influence, de rivalités, de polémiques constantes.

D'autre part, les œuvres de charité ont le plus souvent pour objet de soulager la misère et non de combattre les causes du système qui l'engendre. Les quelques tentatives pour rapprocher l'Évangile du socialisme sont éphémères, et leurs initiateurs réduits au silence. Les libéraux-démocrates de la fin du xixe s., en Europe, sont minoritaires dans une Église conservatrice qui refuse la société moderne. Le pape Pie IX, rétabli dans son autorité par les troupes françaises, résiste à toutes les forces de progrès.

L'Église romaine face au monde moderne

Condamnation et élan missionnaire

La condamnation des « erreurs modernes » dans le Syllabus (1864), la mobilisation de l'opinion catholique autour de la Question romaine (Rome doit-elle devenir la capitale de l'Italie unifiée ou doit-elle rester souveraine et propriété de la papauté ?), les crispations d'une autorité qui se sent minée aboutissent au concile Vatican I (1869-1870), qui entérine ces tendances, symbolisées par le dogme de l'infaillibilité pontificale.

Léon XIII (1878) reste intransigeant sur cette Question romaine, alors qu'il admet que la république soit, en d'autres lieux, une réalité incontournable. Il pousse même les catholiques français à se rallier au régime républicain (1890). Il publie également l’encyclique Rerum novarum (1891). Mais ces ouvertures, fort prudentes, sont commandées par un réalisme politique et non par une adhésion, quant au fond, aux situations et aux mentalités nouvelles. Ainsi, le ralliement s'explique par la peur d'une séparation de l'Église et de l'État. Le pontificat de Pie X accentue les réflexes de raideur et de défense. La crise moderniste, résolue autoritairement, rejette toute tentative d'application de nouvelles méthodes, venues d'Allemagne, pour approcher la Bible. La condamnation du Sillon, mouvement de tendance démocratique, le renforcement de la centralisation et plus tard la création de l'Index, la codification d'un nouveau droit canonique maintiennent l'Église dans son retranchement.

Après la Première Guerre mondiale (1914-1918), l’attitude de l’Église se modifie quelque peu : elle tente de dissocier ses activités missionnaires des impérialismes coloniaux. Elle invite ses membres, pour sortir de l'isolement dans lequel le christianisme est enfermé, à s'« engager » dans le monde, et c’est l'aube des mouvements d'action catholique. Les institutions universitaires d'obédience catholique ne parviennent pas à avoir prise sur les grands courants de la pensée et de la culture modernes. Sur le plan politique, le souci de l'Église de se faire reconnaître par des États qui se sont dérobés à sa tutelle l'amène à conclure des concordats avec des régimes totalitaires. Jusqu'à la mort de Pie XII, l'autoritarisme de Rome est considérable.

Le concile Vatican II

Le concile Vatican II (1962-1965) semble marquer une nouvelle étape, dont les conséquences débordent le cadre de la seule Église romaine. Son principal apport est d'avoir modifié la façon dont les catholiques définissent leur appartenance à l'Église : ils sont désormais reconnus comme formant un peuple de baptisés dans lequel chacun est appelé à remplir une fonction, si diverses que soient les fonctions. Il préconise aussi une ouverture à la pensée moderne et opère, surtout, un rapprochement avec les autres confessions chrétiennes.

En ce sens, Vatican II permet aux chrétiens (orthodoxes, protestants et catholiques) de rechercher leur unité, non pas en reniant leur passé, mais en conjuguant leurs énergies pour répondre aux enjeux décisifs de la situation planétaire présente, qu'ils soient culturels ou politiques. Peut-être contribue-t-il, en définitive, non pas à vaincre toutes les résistances, qui sont nombreuses encore, mais à préparer cette Église, qui tout au long de son histoire a cherché, de réforme en réforme, à retrouver sa vocation première, répandre la bonne nouvelle de la résurrection du Christ.

L'aggiornamento de l'Église suscite cependant nombre d'interrogations et d'inquiétudes. Ainsi se développe un intégrisme catholique, qui refuse l'évolution des sociétés modernes, en interprétant le mal de vivre des pays industrialisés comme un témoignage de la « culture de mort » à l'œuvre dans le monde contemporain, et en notant que la progression des autres grandes religions, comme l'islam et le judaïsme, se réalise à travers leurs courants les plus intransigeants. Cette contestation de l'œuvre du concile est notamment marquée par le schisme de l’évêque français Marcel Lefebvre.