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vulgarisation

Action de mettre à la portée du plus grand nombre, des non-spécialistes des connaissances techniques et scientifiques.

L'histoire de la vulgarisation scientifique

Du monde clos des scientifiques à l'univers infini des publics

Quand, au tournant du xvie et du xviie s., des scientifiques décident de troquer le latin pour le français, l'italien ou toute autre langue vernaculaire comme langue de communication, se produit une ouverture de la communauté des sciences vers un public qui va désormais devenir de plus en plus large et de plus en plus diversifié.

Parmi les promoteurs de cette révolution, on note Bernard Palissy (1510-1589) et Galileo Galilei (1564-1642). Le potier charentais spécialiste aussi des choses de la Nature – les roches, les fossiles – désire convier au banquet des sciences du Récepte véritable (1563) et des Discours admirables (1580) « tous les hommes de France qui pourront apprendre à multiplier et à augmenter leurs trésors ». Or, n'ayant jamais eu connaissance des lettres, dit-il, par ailleurs, ne sachant ni le latin, ni l'hébreu, il préfère s'exprimer en « langage rustique » plutôt qu'en « langage rhétorique ». Le mathématicien et astronome pisan, quant à lui, prend la décision d'écrire Il Saggiatore (l'Essayeur), en 1623, en italien populaire pour que son message, parti des étoiles, inonde un maximum de gens qui pourront éventuellement le défendre face à une papauté criant, elle, en latin. Les deux hommes choisissent, par ailleurs, la même forme pour leurs écrits : des personnages dialoguent entre eux – Théorique, représentant de la scolastique aristotélicienne, et Pratique, tenant d'une science rénovée s'appuyant non sur des textes mais sur l'observation et la manipulation d'objets pour Palissy ; Simplicio, porte-parole des idées de Ptolémée, et Salviati, porte-parole de Copernic et de Sagredo, fort de son seul bon sens, ne cherchant qu'à atteindre la vérité, pour Galilée. Ils codifient ainsi une forme de vulgarisation par questions et réponses – un vivre-ensemble des savants et des ignorants, un vivre-ensemble auquel chaque siècle donnera son style.

À la conquête de la noblesse

Le xviie s. est une période de lancement. Autour de Monsieur, frère du roi Louis XIII, et dans son château de Blois riche de curiosités et disposant d'un jardin botanique, puis au Jardin royal des plantes médicinales à Paris, le futur Museum national d'histoire naturelle, se multiplient des conférences où un public trié sur le volet vient applaudir aux exploits des savants : dissections de cadavres d'animaux ou d'hommes, peintures colorées du monde botanique, jeu sur les lentilles et les prismes, explosions chimiques, c'est une vulgarisation proche du spectacle qui vise autant la diffusion des connaissances que la recherche, par le monde des savants, d'une reconnaissance nouvelle, celle de l'abandon d'une science spéculative et le développement d'une science expérimentale.

Les sciences éclairent les Lumières

Au siècle des Lumières, il est de bon ton – pour la noblesse comme pour la bourgeoisie montante – d'avoir un salon auquel sont rattachés un cabinet de curiosités et un savant. Passées les luttes stériles avec l'Église ou la manière de faire des Anciens, la science devient un phénomène de mode. On rivalise dans la présentation de beaux objets, entraînant le développement d'une industrie des instruments scientifiques, on cherche à étonner avec les expériences électriques. Et pour cela, chacun doit participer : on se doit de placer son il sur l'oculaire du microscope ou du télescope et de recevoir un baiser électrique, on se doit de porter un chapeau témoignant de son intérêt pour la variolisation et pour le mouvement des sciences vers des applications toujours plus nombreuses.

Pour tous et par tous les moyens

La Révolution est dans la rue mais aussi dans le monde des sciences : celles-ci vont devenir populaires. Les élèves de la toute jeune École polytechnique, comme l'astronome et homme politique François Arago, prennent la tête d'associations pour lesquelles l'alphabétisation du peuple ne sera pas que littéraire : alphabet oui, mais aussi molécules, chiffres et principes. En 1837, se produit une rupture fondamentale : les savants votent l'ouverture des séances de l'Académie des sciences aux journalistes. Dès lors, ceux-ci, s'appuyant sur une presse modernisée par Émile de Girardin – qui invente le quotidien à petit prix, exploitant les nouvelles techniques pour la fabrication du papier et des encres – prennent la tête d'un mouvement qui fait du xixe s. l'âge d'or de la vulgarisation. Tous les lieux sont investis par des vulgarisateurs de tous ordres : les histoires de bas-de-page des quotidiens alternent avec les feuilletons scientifiques ; sur le Pont-Neuf à Paris, on voit, à côté des banquistes, des astronomes comme Joseph-François de Lalande côtoyer des bateleurs et gagner quelques sous grâce à leurs expériences électriques pour un public qui n'était pas, a priori venu pour cela ; dans les théâtres, les vaudevilles mettent en scène l'invention de l'année – la bicyclette, le télégraphe, le ballon dernier cri –, des pièces à thèses jouées dans les salles les plus imposantes, abordent des questions capitales (la Lutte pour la vie, d'Alphonse Daudet, Galilée, de François Ponsard, la Nouvelle Idole de François de Curel) ; l'Académie française décerne un prix de poésie ayant pour thème la vaccination ou l'imprimerie ; les écoles restent ouvertes le soir pour parler miasmes, microbes ou étoiles ; les bibliothèques populaires donnent des conférences-lectures, apprenant à lire à un petit groupe d'auditeurs grâce aux livres de vulgarisation dont le nombre augmente sous la houlette d'éditeurs comme Hachette, Delagrave ou Mame, éditeur religieux converti à la nouvelle « religion », la science.

Bien plus, Hachette, ami des Polytechniciens, n'était pas revenu bredouille de sa visite à l'Exposition universelle de Londres de 1851. Frappé par les livres à petits prix que les Anglais vendent dans les gares, il fonde, à son retour, la Bibliothèque des Chemins de fer, composée de petits volumes, qui, avec l'accroissement prévisible des lignes de chemins de fer, auront une diffusion très étendue et populaire. Le premier volume sort rapidement, en 1853 : Gutenberg, inventeur de l'imprimerie par Alphonse de Lamartine. Par son sujet, par la personnalité de son auteur, par son lieu de diffusion – les kiosques de gare créés pour l'occasion –, il est l'expression de la volonté d'Hachette de développer une nouvelle alliance, celle du temps libre et du temps livre. L'astronomie, la botanique, la zoologie, la physique, la chimie, la science se doivent de devenir populaires.

Mutations dans les sciences, mutations dans la vulgarisation des sciences

Au xxe s. s'opèrent plusieurs transformations de fond. La science voit ses résultats pénétrer le quotidien des gens : dans la cuisine ou la salle de bains, dans la salle à manger ou au salon, des objets riches de science facilitent la vie de tout un chacun. L'électricité, le téléphone, avec ou sans fil, la radio, les nouveaux matériaux et les nouveaux moyens de déplacement (la bicyclette, la voiture) poussent les vulgarisateurs au développement d'une vulgarisation s'apparentant au bricolage scientifique et technique – « Il faut avoir la clef à molette dans une main et le manuel de physique dans l'autre », écrit l'un d'eux. Mais la science poursuit sa descente vers l'infiment petit et sa montée vers l'infiniment grand et les théories qui en prennent les commandes s'éloignent du réalisme de la quotidienneté.

Peut-on alors vulgariser ce nouvel ordre scientifique mondial ? À une période de recul net, succède un espoir matérialisé par le Front populaire et la naissance du Palais de la découverte : à nouvel ordre, nouvelle forme de vulgarisation après un xixe s. qui avait, probablement par enthousiasme scientiste, perverti le message du siècle des Lumières – retour en force des scientifiques, de l'expérience et de la manipulation, du laboratoire des chercheurs. Mais plus rien, après la Seconde Guerre mondiale, ne sera comme avant : les liens de la science avec le militaire, l'explosion de la bombe A d'Hiroshima et, plus encore, de la bombe H de l'archipel de Bikini, questionneront le public sur les tenants et les aboutissants de l'activité scientifique. Ce n'est pas par hasard qu'une des premières revues de vulgarisation des sciences créées après la tourmente a pris pour titre Atomes.

Le triomphe de l'audiovisuel met fin au temps des relectures faciles, des pages feuilletées ou sautées, des bibliothèques où l'on trouve ce qu'on ne cherche pas. Les images et les paroles s'envolent. Où et comment revoir ou réentendre un document évanoui ou inaccessible ? Que dire à un lecteur-auditeur in fabula condamné à croire un témoignage invérifiable assené en instantané, « en temps réel », depuis un laboratoire ou un plateau, qui plus est par un personnage dont il est bien difficile de définir le rôle dans le processus complexe d'assertion de la vérité scientifique ? C'est en 1984 que la loi d'orientation de la recherche, faisant suite au programme mobilisateur pour la culture scientifique (1981), inscrit l'action de diffusion des connaissances dans les missions du chercheur. On voit depuis des scientifiques de plus en plus nombreux répondre aux sollicitations de grandes maisons d'édition ou des grands musées de science, des producteurs de télévision ou de radio. Chacune de ces collaborations contribue à la construction, à la recherche d'une culture de sciences, selon l'expression des scientifiques fondateurs de l'Association française pour l'avancement des sciences créée en… 1873. Son but : placer les sciences sur le même plan que les autres formes de culture, en exposer l'histoire, installer les sciences dans les actes de tous les jours, flirter avec le plaisir plutôt qu'avec le didactique et tenter de les comprendre dans leurs implications sociales de plus en plus grandes.