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versification française

Le vers français se construit d'après le nombre des syllabes et se caractérise par l'emploi de la rime, qui vient s'ajouter aux autres éléments rythmiques de la phrase (pauses, accents toniques).

Le décompte des syllabes et l'emploi de la rime sont soumis à des règles précises, fixées au xviie s. par Malherbe et Boileau, et pratiquées, avec parfois des variantes elles-mêmes clairement définies, jusqu'à la fin du xixe s., où le vers régulier laisse une très large place au « vers libre ».

Les différents mètres

On appelle « mètre », dans la versification française, le type de vers déterminé par le nombre de syllabes. Les vers français les plus fréquents sont le décasyllabe (attesté dans une chanson de geste du ixe s., puis étendu à tous les genres), l'octosyllabe (attesté dès le xe s., et très fréquent au Moyen Âge, avant de devenir le vers de prédilection de la poésie légère) et l'alexandrin (apparu au xiie s., notamment dans le Roman d'Alexandre, d'où son nom ; sa grande fortune date du xviie s.).

Le décompte des syllabes

Le traitement du « e » muet

En fin de vers

En fin de vers, l'e muet ne se prononce pas :
$1$« Sonnez, sonnez toujours, clairons de la pensé[e]. » (Hugo)

« C'est là que j'ai vécu dans les voluptés calm[es]. » (Baudelaire)

« Les parfums, les couleurs et les sons se répond[ent]. » (Baudelaire)

À l'intérieur du vers

Précédé d'une consonne

À l'intérieur du mot, l'e se prononce toujours, contrairement à l'usage courant de la prose :

« J'ai suivi leur projet quant à l'événement. » (La Fontaine)

En fin de mot, il se prononce, sauf s'il se trouve devant une voyelle ou un h muet :

« Femmes, moine, vieillards, tout était descendu. » (La Fontaine)

« La rim[e] est une esclav[e] et ne doit qu'obéir. » (Boileau)

« L'ami du genr[e] humain n'est pas du tout mon fait. » (Molière)

Il est à noter que l'e se prononce s'il est suivi des terminaisons -s ou -nt du pluriel :

« Ses ailes de géant l'empêchent de marcher. » (Baudelaire)

« Vous mourûtes aux bords où vous fûtes laissé[e]. » (Racine)

Précédé d'une voyelle

À l'intérieur du mot, l'e ne se prononce pas :

« Ceux que vous oubliez ne vous oubli[e]ront pas. » (Hugo)

En fin de mot, il ne peut entrer dans un vers, sauf dans le cas où il s'élide (devant une voyelle ou un h muet) :

« Parlez-moi, je vous pri[e], avec sincérité. » (Molière)

Cependant sont admises, avec élision, les formes verbales en aient de l'indicatif imparfait et du conditionnel présent, ainsi que les formes soient et aient :

« Ils ne mourai[ent] pas tous, mais tous étai[ent] frappés. » (La Fontaine)

« Je consens que mes yeux soi[ent] toujours abusés. » (Racine)

Deux voyelles en contact (autres qu'un « e » muet)

Deux prononciations sont possibles, la diérèse et la synérèse.

La diérèse

Les deux voyelles font partie de deux syllabes différentes :

« Or ce fut hi-er soir, quand elle me parla. » (Coppée)

La synérèse

Les deux voyelles font partie de la même syllabe :

« Madam[e] eut, avant-hier, la fièvre jusqu'au soir. » (Molière)

Les coupes

Aux temps d'arrêt de toute phrase en prose (silences, plus ou moins longs, marqués dans la voix) correspondent les « coupes » de la poésie. La coupe principale, à laquelle viennent s'ajouter diverses coupes secondaires, est appelée « césure ». Dans l'alexandrin traditionnel, elle se situe au milieu du vers, qu'elle divise en deux « hémistiches » d'égale longueur :

« À vaincre sans péril, on triomphe sans gloir[e]. » (Corneille)

« Un roi, c'est de la guerr[e], un dieu, c'est de la nuit. » (Hugo)

L'alexandrin « romantique » (abondamment usité par les poètes romantiques, quoiqu'on le trouve aussi avant et après la période littéraire du romantisme) a deux césures. C'est un « trimètre », vers à trois mesures égales :

« Toujours aimer, toujours souffrir, toujours mourir. » (Corneille)

« Vivre casqué, suer l'été, geler l'hiver. » (Hugo)

« L'or des cheveux, l'azur des yeux, la fleur des chairs. » (Verlaine)

Parmi les autres variantes, moins répandues, on trouve l'alexandrin divisé en quatre mesures égales :

« J'ai langui, j'ai séché, dans les feux, dans les larm[es]. » (Racine)

La rime

Une rime est caractérisée par sa sonorité, sa qualité, sa disposition.

Sonorité

Dans la poésie classique, il convenait d'alterner les rimes féminines et masculines.

Rimes féminines

Une rime est dite « féminine » si les mots qui se font écho se terminent par un e muet :

« Que tu brilles enfin, terme pur de ma cours[e]. » (Valéry)

Rimes masculines

La rime est dite « masculine » dans le cas contraire :

« On a souvent besoin d'un plus petit que soi. » (La Fontaine)

Qualité

La rime peut être qualifiée de « pauvre », « suffisante » ou « riche ».

Rimes pauvres

La rime est « pauvre » quand le son identique est formé d'une simple voyelle sonore (autre qu'un e muet) :

« Or, je restais tremblant, ivr[e], incrédul[e] un peu,

Comm[e] un homme qui voit des visions de Dieu. » (Verlaine)

Rimes suffisantes

La rime est « suffisante » quand la terminaison identique est formée d'une voyelle sonore et d'une consonne qui la précède ou la suit :

« Quelque sujet qu'on trait[e], ou plaisant, ou sublim[e],

Que toujours le bon sens s'accord[e] avec la rim[e]. » (Boileau)

Rimes riches

La rime est « riche » (ou « très riche ») quand la terminaison identique est formée d'une voyelle sonore et de deux autres phonèmes (ou davantage) :

« Mais, vrai, j'ai trop pleuré ! Les Aubes sont navrant[es].

L'âcr[e] amour m'a gonflé de torpeurs enivrant[es]. » (Rimbaud)

Disposition

Aux rimes « plates » s'opposent les rimes « embrassées » ou les rimes « croisées ».

Rimes plates

Les rimes « plates » se succèdent selon le schéma aabb :

« Que peut donc de l'esprit la plus vast[e] étendue ?

Rien : le livre du sort se ferm[e] à notre vue.

L'homm[e] étranger à soi, de l'homm[e] est ignoré.

Que suis-j[e] ? où suis-j[e] ? où vais-j[e], et d'où suis-je tiré ? » (Voltaire)

Rimes embrassées

Les rimes « embrassées » sont disposées selon un schéma abba :

« J'ai longtemps habité sous de vastes portiques

Que les soleils marins teignaient de mille feux

Et que leurs grands piliers, droits et majestueux,

Rendai[ent] pareils, le soir, aux grottes basaltiques. » (Baudelaire)

Rimes croisées

Les rimes « croisées » sont disposées selon un schéma abab :

« Que me font ces vallons, ces palais, ces chaumières,

Vains objets dont pour moi le charm[e] est envolé ?

Fleuves, rochers, forêts, solitudes si chères,

Un seul être vous manqu[e] et tout est dépeuplé ! » (Lamartine)