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château de Versailles

Château de Versailles, cour de Marbre
Château de Versailles, cour de Marbre

Château de la commune de Versailles (Yvelines).

Introduction

Le château de Versailles a été conçu à la fois pour éloigner la cour d'un Paris qui avait fait trembler le roi pendant la Fronde, pour détourner la noblesse de nouvelles velléités de révolte contre l'autorité royale en l'étourdissant – en l'asservissant – de divertissements, de fêtes et de chasses, mais aussi et surtout pour servir de fastueux théâtre à l'incontestable autorité de l'absolutisme.

Haut lieu de l'art français, le domaine de Versailles reflète principalement la volonté créatrice et les goûts de Louis XIV. On y trouve pourtant l'apport de ses successeurs ainsi que le souvenir du petit château de chasse que Louis XIII avait fait construire de 1624 à 1634 : un corps de logis avec deux ailes en retours d'équerre et quatre pavillons d'angles, le tout en brique et en pierre. Respectant la demeure paternelle, qui est devenue le noyau de l'ensemble versaillais, Louis XIV décida de l'amplifier. La chute de Fouquet mettait à sa disposition l'équipe de Vaux-le-Vicomte : Le Vau, Le Nôtre, Le Brun, des sculpteurs et divers spécialistes. Au cours d'une première campagne, de 1662 à 1665, Le Vau enrichit le château d'ornements et lui ajouta, du côté de l'arrivée, deux bâtiments de communs, en brique et en pierre, encadrant une avant-cour plus large que la cour initiale. Le Nôtre commença le tracé régulier du jardin et du parc, donnant déjà à l'axe est-ouest un rôle primordial.

Le premier grand Versailles de Louis XIV

L’architecture

En 1667, Louis XIV fixait à Versailles sa résidence et y installait sa cour. Il entreprit de transformer le domaine selon l'idée qu'il se faisait de la fonction royale. Le Vau (relayé par D'Orbay) eut la charge des grands travaux d'architecture. Du côté de l'arrivée, les deux ailes des anciens communs furent surélevées et reliées au château par des corps de bâtiments en équerre dans le même style. Ainsi prit forme cette vaste cour d'aspect coloré, pittoresque, mouvementé, dont les ressauts successifs conduisent le regard à la cour d'origine, alors embellie et devenue, sous le nom de cour de Marbre, une sorte de sanctuaire. Du côté ouest, les travaux furent plus importants. De 1669 à 1671, le château de Louis XIII fut enveloppé par trois corps de bâtiments dessinant un énorme bloc rectangulaire. La façade frontale comportait au-dessus du rez-de-chaussée, entre deux avancées latérales, un profond retrait occupé par une terrasse au niveau de l'étage noble. Cette disposition n'a pas été maintenue. À cela près, l'ordonnance fixée par Le Vau subsiste dans ses grandes lignes ; le sens classique de l'équilibre y tempère un faste italianisant. On remarque l'appareil à refends du rez-de-chaussée, les hautes baies et les pilastres ioniques de l'étage noble, l'attique, la balustrade ornée de trophées et de vases qui dissimule la toiture, l'animation obtenue par la saillie légère de plusieurs avant-corps à colonnes détachées.

Le style Louis XIV

L'intérieur fut décoré sous la direction de Le Brun (personnellement responsable, durant trente ans, du décor intérieur de Versailles). Sous sa direction, les ornemanistes élaborèrent le style Louis XIV. Ce style, qui affecte également les formes du mobilier, et dont on remarque à Versailles combien il a pu évoluer sans heurts, sans ruptures ni oppositions brutales, a des origines italiennes; mais le génie d'adaptateur de Le Brun lui a donné toutes les caractéristiques d'un style éminemment français, qui doit son unité au fait que le premier peintre du roi n'a rien laissé s'accomplir en dehors de ses directives. Il a, en effet, programmé l'ornementation des appartements dans ses moindres détails, fait les premiers croquis des modèles de candélabres, de lustres, de pièces de serrurerie, de miroirs. Le magnifique escalier des Ambassadeurs (1671-1679) conduisait aux grands appartements de l'étage noble, ayant vue sur les parterres. Au nord, l'appartement du Roi a gardé l'essentiel du décor d'origine, avec ses revêtements de marbres polychromes, ses plafonds peints par les collaborateurs de Le Brun et représentant les allégories des planètes, ses stucs, ses bronzes ciselés et dorés ; des meubles d'argent contribuaient à sa splendeur. Vers le midi, l'appartement de la Reine a été très remanié au xviiie s. ; la salle des Gardes y conserve cependant son placage de marbres et ses peintures de Noël Coypel.

Sculptures et jardins

La sculpture versaillaise ne se conçoit pas sans son cadre d'architecture et de jardins. Elle orne avec richesse l'intérieur et l'extérieur du château, mais elle triomphe surtout dans la décoration des jardins, qu'elle soit en marbre blanc, en bronze ou en plomb (doré à l'origine). C'est par vocation un art de plein air, qui s'accorde merveilleusement au parti d'ensemble comme à la verdure disciplinée, aux motifs d'architecture et aux eaux. La grande campagne menée entre 1667 et 1678 devait donner aux jardins l'essentiel de leur statuaire, venant après les premières créations d'un Michel Anguier (1614-1686) et d'un Jacques Sarazin. Au cours de cette période, les jardins furent remaniés sous la direction de Le Nôtre et de Mansart. Secondé par des techniciens comme les frères François et Pierre Francine, réalisateurs des principaux travaux d'hydraulique qui permirent la création des admirables plans d'eau, Le Nôtre agrandit et remodela les jardins. Il prit soin d'en lier l'ordonnance au château, dont il dégagea les abords au moyen de parterres de broderies. Pour animer les plantations, il assigna un rôle important à la statuaire et aux eaux, tranquilles ou mouvantes. Le grand parterre de broderies, au pied de la façade principale, fit place à l'ensemble encore plus majestueux du parterre d'Eau, avec ses deux bassins symétriques. Devant le château, le grand axe est-ouest rencontre un premier axe transversal, qui commande le tracé du parterre du Nord et de l'allée d'Eau, l'un et l'autre en déclivité. Il passe ensuite entre les fontaines de Diane et du Point-du-Jour, symétriquement placées au sommet du grand degré qui s'abaisse vers le bassin de Latone ; on le retrouve dans l'allée Royale, ou Tapis vert, qui débouche, au bas de la pente, sur l'esplanade entourant le bassin d'Apollon. Au-delà, le Grand Canal prolonge la perspective et semble l'ouvrir sur l'infini ; son tracé en croix fait apparaître un second grand axe transversal. En contrebas du parterre du Midi, traité au contraire en broderies, une nouvelle orangerie fut créée par Mansart ; ses immenses galeries voûtées donnent par de larges baies sur un parterre inférieur, qu'encadrent deux grands degrés symétriques et dans l'axe duquel s'allonge la pièce d'eau dite « des Suisses ».

À droite et à gauche de l'allée Royale, les quatre bassins des Saisons marquent les intersections d'allées plus étroites, dont le quadrillage délimite des bosquets. Ceux-ci représentent la part de la fantaisie, de la surprise. Leur décor fragile, de goût baroque, n'a guère survécu ; on déplore ainsi la disparition du Labyrinthe, dont les fontaines sculptées illustraient les Fables d'Ésope, mais il reste le bassin d'Encelade et celui du bosquet des Dômes. Dans l'un des bosquets flanquant le Tapis vert, Mansart éleva enfin la Colonnade, un portique circulaire en marbres polychromes, dont chaque arcade surmonte une vasque.

Près du château, à l'emplacement de la chapelle actuelle, l'architecture italianisante de la grotte de Thétis abritait le groupe des Nymphes servant Apollon, dû principalement à Girardon (et replacé au xviiie s. dans le nouveau bosquet des Bains d'Apollon). Sur le pourtour du parterre du Nord et à côté des fontaines de Diane et du Point-du-jour, on voit un ensemble de statues allégoriques en marbre qui, replacées sans ordre lors des grands travaux de Mansart, étaient, à l'origine, réparties par groupes de quatre pour illustrer les thèmes des Éléments, des Parties du monde, des Saisons, des Heures du jour, des Poèmes et des Tempéraments. On admire notamment la figure de l'Hiver, par Girardon, d'un réalisme émouvant dans sa discrétion, et celle de l'Air, par Le Hongre, légère à souhait. Au milieu du parterre, la fontaine de la Pyramide, aux vasques superposées, accueille des tritons et des dauphins en plomb, par Girardon, auteur principal des gracieux bas-reliefs qui, en contrebas, animent le bassin du Bain des Nymphes. Dans l'allée d'Eau, chacune des vasques est portée par trois enfants en bronze, dont ceux de Le Gros sont particulièrement remarquables par leur réalisme et leur vie. Au milieu du bassin de Latone, que traverse l'axe principal du domaine, le groupe en marbre est de B. Marsy. Les quatre bassins symétriques qui marquent les intersections des allées séparant les bosquets, de part et d'autre du Tapis vert, offrent des figures en plomb représentant les divinités des Saisons : Flore par Tubi ; Cérès par Thomas Regnaudin (1627-1706), Bacchus par G. Marsy, Saturne par Girardon. On remarque aussi les statues mythologiques du bosquet des Dômes, par Tubi, Le Gros, Philippe Magnier (1647-1715), etc., le bassin d'Encelade, avec la figure en plomb de ce géant par B. Marsy. Au milieu du bassin d'Apollon, le char du dieu, ouvrage en bronze de Tubi, traduit ce thème solaire avec autant d'élégance que de majesté.

Le second grand Versailles de Louis XIV

L’apport de Mansart

Ayant installé à Versailles son gouvernement, le roi entreprit en 1678 une nouvelle campagne de travaux. Jules Hardouin-Mansart en eut la charge. Du côté de l'arrivée, il remania les combles et mit en place des statues ; au plan à ressauts de la cour, il apporta une dernière amplification en élevant deux ailes en brique et en pierre, dites « des Ministres », que relie sur le devant la grille d'entrée. Mais il y eut de plus grands travaux du côté des jardins. Sans détruire l'œuvre de Le Vau, Mansart lui imposa une régularité plus classique. La façade occidentale devint rectiligne par la suppression du retrait central. Cette opération permit d'aménager à partir de 1681 la grande galerie, dite « des Glaces ». La galerie, bâtie sur l'ancienne terrasse de la façade occidentale de Le Vau, doit son nom aux 400 miroirs disposés sur les parois du mur qui fait face aux 17 fenêtres ouvrant sur les jardins et inscrites, comme les miroirs, dans des arcades en plein cintre. Au sommet des pilastres sur stylobates en bronze doré, Le Brun se risqua à créer des chapiteaux d'« ordre français », formés de volutes « palmées » encadrant une fleur de lis surmontée de l'emblème solaire de Louis XIV, emblème placé entre deux coqs battant des ailes. Des marbres polychromes revêtent les parois de la Galerie, et les compartiments de la voûte, peinte par Le Brun et ses aides, illustrent les grands épisodes de l'histoire du roi. Les salons de la Guerre et de la Paix s'ouvrent aux deux extrémités, occupant les angles de la construction. De part et d'autre, et en retrait du château ainsi transformé, Mansart éleva de 1679 à 1689 deux longues ailes symétriques en retour d'équerre, dites « du Nord » et « du Midi », qui reproduisent l'ordonnance du corps principal tout en lui servant de repoussoir. Les bâtiments annexes sont à peine moins imposants que le château lui-même. Chef-d'œuvre de Mansart, qui les a bâties sur un même plan, les Grandes et les Petites Écuries (ces dernières accueillaient à elles seules plus de 600 chevaux), inaugurées en 1682, s'élèvent sur la place d'Armes, côté ville.

Le parterre d’Eau

Dans les jardins, la seconde grande campagne, où Mansart eut aussi le rôle principal, a donné surtout le parterre d'Eau. Peuplant le pourtour des deux bassins sans rompre cette impression générale d'horizontalité qui met en valeur la façade du château, d'admirables figures couchées, fondues en bronze par les frères Keller, personnifient les fleuves : la Garonne et la Dordogne, par Coysevox ; la Seine et la Marne, par Le Hongre ; la Loire et le Loiret, par Regnaudin ; le Rhône et la Saône, par Tubi. Elles voisinent avec des groupes d'enfants, par Le Gros, Corneille Van Clève (1645-1732), Jean-Baptiste Poultier (1653-1719) et François Lespingola (1644-1705). Dans la Colonnade de Mansart, les bas-reliefs des arcades sont de Coysevox, de Tubi, etc. ; le groupe central, de Girardon, fait habilement tourner dans l'espace les figures de l'Enlèvement de Proserpine.

Le Trianon de Louis XIV

Voulant s'offrir un cadre de délassement non loin du château, Louis XIV avait fait élever par Le Vau dès 1670, près de l'extrémité du bras nord du Grand Canal, au lieu-dit Trianon, un pavillon bas recouvert de carreaux en faïence de Delft. Ce charmant « Trianon de porcelaine » était trop fragile. En 1687, le roi décida de le remplacer par une construction plus durable, dont il demanda les plans à Mansart. Ce « Trianon de marbre » ne comporte qu'un rez-de-chaussée à grandes portes-fenêtres cintrées, que couronne une balustrade. Des pilastres et des colonnes en marbres rose et vert se détachent sur la pierre blonde des murs. Bordée à droite et à gauche par deux ailes, la cour communique avec le jardin par un portique à jour, dont l'heureuse idée revient à Robert de Cotte. Une succession d'ailes s'articule sur l'édifice en décrivant trois retours d'équerre. L'intérieur marque l'apparition d'un nouveau style, moins solennel et plus gai : les boiseries sont peintes en tons clairs et finement sculptées ; des frises de stuc entourent les plafonds blancs. Remodelé par Le Nôtre et par Mansart, le jardin a pour motif principal la fontaine du Buffet-d'Eau.

Les derniers travaux de Louis XIV

Vers la fin du règne, le chantier capital fut celui de la chapelle. Commencée en 1699 sur les plans de Mansart, achevée en 1710 par R. de Cotte, celle-ci s'élève à la naissance de l'aile du Nord, qui englobe son vestibule à deux étages et qu'elle domine de sa toiture très ornée. La structure est légère autant que majestueuse. À l'intérieur, les bas-côtés s'ouvrent sur la nef par des arcades que portent de larges piles ; ils sont surmontés de hautes tribunes à colonnade corinthienne. Des fenêtres à pénétrations éclairent la voûte, peinte en couleurs soutenues par Antoine Coypel, qui y a représenté les puissances célestes ; Charles de La Fosse est l'auteur de la Résurrection du Christ, qui orne en tons plus fondus la conque de l'abside.

Dans l'appartement royal aménagé en 1701 sur la cour de Marbre, Mansart fut l'inspirateur d'un style décoratif confirmant l'évolution amorcée à Trianon. Le plus brillant exemple en est le salon de l'Œil-de-Bœuf, avec ses boiseries blanc et or, son plafond blanc, dont la frise en stuc doré représente des jeux d'enfants.

Louis XV à Versailles et à Trianon

Le roi et la Cour revinrent en 1722 dans le château, déserté sous la Régence. Aménagé vers 1730 à l'articulation des grands appartements et de l'aile du Nord, le vaste salon d'Hercule garde une solennité traditionnelle avec ses revêtements de marbres polychromes, son plafond, où l'apothéose du demi-dieu, peinte par François Lemoyne, est cependant d'une légèreté aérienne. Les goûts de Louis XV devaient bientôt lui faire rechercher un cadre de vie plus intime et plus confortable. Au prix de destructions comme celle de l'escalier des Ambassadeurs, l'appartement privé du roi fut aménagé à l'étage noble, sur le côté droit de la cour. Les magnifiques lambris blanc et or de Jacob Verberckt (1764-1771) et de Jules Antoine Rousseau (1710-1782) y marquent le triomphe de la « rocaille ». L'appartement de Mme Adélaïde est à la suite. Au-dessus, il y a des petits appartements et diverses pièces aux boiseries délicatement sculptées et peintes. D'autres appartements, destinés au dauphin, à la dauphine, à Mesdames, à Mme de Pompadour, prirent place au rez-de-chaussée. Mais le plus bel apport du règne est sans doute l'Opéra, construit de 1748 à 1770 à l'extrémité de l'aile du Nord, sur les plans de Jacques-Ange Gabriel. La salle, avec ses boiseries peintes en faux marbre ou dorées et sa colonnade supérieure, la scène et le foyer illustrent le retour à un style plus architectural, dont la grâce égale cependant le faste. Gabriel fut bien moins inspiré dans son entreprise, heureusement non parachevée, de rénovation radicale de la cour.

Dans les jardins, l'esprit de la « rocaille » marque la décoration du grand bassin de Neptune (creusé selon le projet de Le Nôtre au bas de l'allée d'Eau). Les figures de plomb sont celles des divinités aquatiques : Neptune et Amphitrite, par Lambert Sigisbert Adam (1740) ; l'Océan, par Jean-Baptiste II Lemoyne ; Protée, par Edme Bouchardon. Dans l'Opéra et son foyer, les bas-reliefs en bois peint d'Augustin Pajou attestent au contraire l'apparition d'un art inspiré de nouveau de l'antique.

À Trianon, Gabriel avait édifié en 1750 l'élégant « pavillon français », en croix de Saint-André. Louis XV lui demanda en 1762 d'élever pour Mme de Pompadour un petit château, dont la réalisation s'acheva cinq ans plus tard : c'est le Petit Trianon, de plan carré et sans toit apparent, incomparable par la pureté du dessin de ses quatre façades différentes, la perfection de ses ornements sculptés et de ses moulures. On y reconnaît le premier triomphe du « retour à l'antique ».

Le règne de Louis XVI

À défaut de transformations capitales dans le château, les appartements furent en partie modernisés. L'élégante bibliothèque du Roi, aux boiseries exécutées sur les dessins de Gabriel, prit la place de la chambre de Mme Adélaïde. Déjà remaniée pour Marie Leszczyńska, la chambre de la Reine reçut une magnifique tenture de soierie, tissée à Lyon sur les cartons de Philippe de Lassalle. L'architecte Richard Mique (1728-1794) aménagea pour Marie-Antoinette un petit appartement d'un goût exquis.

Les jardins furent replantés, les murailles de verdure faisant place à une végétation plus libre. Le bosquet des Bains d'Apollon fut transformé selon un goût préromantique d'après les dessins d'Hubert Robert ; on en disposa les statues dans le creux d'un rocher artificiel.

En 1774, Louis XVI offrit le Petit Trianon à Marie-Antoinette, qui s'y attacha, en fit moderniser la décoration intérieure et l'ameublement. Mique y aménagea avec le comte de Caraman un jardin à l'anglaise, où il disposa des « fabriques » d'un style néo-grec très pur : le Belvédère, à pans coupés, le Temple de l'Amour, en rotonde. Mais il devait sacrifier à la mode pseudo-rustique en entourant le lac, de 1783 à 1786, des constructions du Hameau, notamment la Maison de la reine, la Ferme, le Moulin à eau, la Laiterie, attenante à la « tour de Marlborough ».

Le domaine de la Révolution à nos jours

La Révolution vida le château, mais en épargna à peu près les bâtiments et la décoration fixe. Napoléon n'apporta rien de notable (réaménagement du Grand Trianon), Louis XVIII et Charles X non plus. Louis-Philippe, en revanche, décida la transformation du palais en musée. En dédiant celui-ci « à toutes les gloires de la France », le souverain manifestait une volonté politique de réconciliation nationale. Mais les travaux d'aménagement ont grandement altéré les dispositions primitives (aménagement de la galerie des Batailles, des salles des Croisades, etc.), sacrifiant notamment, au rez-de-chaussée, les appartements des enfants de Louis XV (dont les relevés, toutefois, furent établis et dont une partie des boiseries furent mises en réserve, ce qui a permis la grande campagne de restitution des années 1978-1986. Un vaste programme de remise en état devait être entrepris en 1925 grâce à la générosité de John D. Rockefeller. Depuis 1950, les opérations de restauration et de remeublement ont permis notamment la résurrection de l'Opéra, qui avait été défiguré au xixe s., et, dans les années 1970-1980, la restitution (en l'état de 1798) de la Chambre de la Reine, de la Chambre du Roi, de la Galerie des Glaces, des appartements de la dauphine et du dauphin. Dans la grande Écurie a été aménagé un musée des Carrosses. En 2003, un vaste programme de travaux en trois phases a été planifié pour le château et le domaine : devant être achevé en 2020, il doit améliorer l'accueil des visiteurs (le château reçoit en moyenne 3 millions de visiteurs par an, le parc 7 millions) et rendre son lustre au château.

Aujourd'hui, Versailles est à la fois musée d'Histoire et ensemble palatial patiemment reconstitué. Comme musée, y sont conservés de nombreux dessins, gravures, sculptures et pas moins de 6 000 peintures (anciennes : du xve s. au xviiie s. ; modernes : grands tableaux historiques commandés aux peintres du xixe s.), dont une petite partie seule est exposée. Les appartements du palais comptent parmi les lieux les plus célèbres et les plus visités de France : grands appartements du roi et de la reine, reliés par la galerie des Glaces, chapelle, Opéra, petits appartements du roi et de Mme du Barry, appartements du Dauphin, de la Dauphine et de Mesdames (filles de Louis XV), cabinets de Marie-Antoinette.

Le domaine des Trianons est rattaché au musée. Le Grand Trianon conserve un ensemble de peintures anciennes, de mobilier et d'objets d'art surtout de style Empire. Le Petit Trianon a été réaménagé sur ordre de l'impératrice Eugénie (important mobilier d'époque Louis XVI).

Le château de Versailles abrite également, depuis 1987, un centre de musique baroque.

Le château et le parc de Versailles ont été inscrits sur la liste du patrimoine mondial de l'Unesco en 1979.