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style orientalisant

Style de l'art grec particulièrement sensible aux influences orientales (Égypte, Phénicie, Rhodes, Ionie, etc.), notamment en céramique. (Il apparaît à la fin du viiie s. et est à son apogée durant le viie s.)

Le style orientalisant désigne un style grec qui succède au géométrique et qui se caractérise par l'adoption d'un certain nombre de modèles décoratifs orientaux.

L'influence orientale

La reprise des relations avec l'Orient

Au début du ixe siècle avant J.-C., les Grecs, qui sortent des « siècles obscurs », reprennent leurs relations avec les civilisations étrangères et, en particulier, leurs échanges commerciaux avec l'Asie Mineure, favorisant ainsi l'introduction d'objets orientaux et égyptiens dont les techniques et les styles figuratifs sont très différents de l'art géométrique grec. Vers 800 avant J.-C., des artisans orientaux s'installent à Athènes et en Crète où ils ouvrent des ateliers d'orfèvrerie et de métallurgie. Ils utilisent alors des techniques oubliées par les Grecs depuis l'âge du bronze : la granulation et le filigrane pour les bijoux, le travail des pierres dures et certains procédés complexes dans la métallurgie du bronze. Ils représentent sur leurs ouvrages des scènes avec des personnages. Ces premiers ateliers « orientalisants » n'exercent pas d'influence directe sur les arts autochtones, mais leur seule présence a sans doute incité les artistes grecs à élaborer un style propre de représentation de la figure.

Le tournant du viiie siècle

Au viiie siècle, les relations avec les pays du Proche-Orient s'intensifient, sans doute favorisées par l'établissement d'un comptoir grec sur la côte syrienne dès la fin du ixe siècle. Mais ce n'est pas avant la fin du viiie siècle que ces contacts entraînent des retombées significatives sur l'esthétique grecque et les innovations techniques : les Grecs élaborent alors des formes particulières de vases et d'accessoires en métal ; ils introduisent l'ivoire et adaptent les modèles orientaux à leur tradition stylistique géométrique.

L'adoption de la technique de la « figure noire »

À Corinthe

Le dessin de figures, composé au départ de silhouettes géométriques et anguleuses, adopte progressivement les formes plus réalistes et plus amples de l'art oriental, et il s'enrichit, notamment grâce à la nouvelle technique de la « figure noire », mise au point à Corinthe. Les figures sont toujours peintes en silhouette (et l'usage des couleurs reste limité), mais les détails des traits, des vêtements et de l'anatomie sont ciselés dans la surface peinte pour faire ressortir le fond clair de l'argile. Cette technique est sans doute inspirée des ciselures des ivoires et des bronzes orientaux, mais les Grecs innovent en l'appliquant surtout aux vases peints. Parallèlement, de nouveaux thèmes apparaissent : ainsi, les vases corinthiens réalisés dans ce nouveau style (qualifié de « protocorinthien ») présentent souvent des frises d'animaux, parmi lesquels on distingue des créatures d'origine orientale, réelles comme le lion ou imaginaires comme le sphinx et le griffon. Les ornements floraux curvilinéaires remplacent les méandres, et ils prendront en Grèce une importance qu'ils n'ont jamais eue en Orient, même si les Grecs, peu soucieux de vraisemblance, n'hésitent pas, par exemple, à greffer des palmettes sur des fleurs de lotus.

À Athènes

Athènes et les îles qui ont une forte tradition géométrique résistent à la nouvelle technique de la « figure noire » et élaborent un style de vases plus monumental, dont les dessins en contours leur semblent mieux adaptés à la représentation de scènes mythiques et de figures humaines. Le « peintre d'Analatos » (artiste anonyme) exerce une influence décisive sur le cours de la peinture athénienne à la fin de la période géométrique. C'est le fondateur du style protoattique (expression calquée sur « protocorinthien », qui caractérise le style athénien orientalisant). En effet, tout en restant similaire au style géométrique, le peintre introduit des animaux et des végétaux à la manière des Orientaux.

À la fin du viie siècle, Athènes adopte la figure noire, popularisée par les vases corinthiens qui envahissent les marchés du monde hellénique, mais elle adapte cette technique à son goût pour les ouvrages monumentaux ; le premier grand représentant de ce genre nouveau est l'artiste connu sous le nom de « peintre de Chimères ». À ses débuts, ce courant reste concurrencé par la frise animale corinthienne. Mais, une trentaine d'années après son apparition émerge une nouvelle génération de peintres de vases à Athènes. Ces derniers créent un style narratif qui supplante la céramique corinthienne et rétablit la cité dans la position dominante qu'elle occupait au viiie siècle.

Le renouveau de la sculpture

L'utilisation du moule

Une autre nouveauté technique, empruntée à l'Orient, est l'utilisation du moule pour la réalisation de plaques en argile ; elle permet la production en série de figures simples, souvent inspirées du sujet oriental le plus courant dans ce genre d'ouvrage, la déesse nue Astarté, que les Grecs assimilent à leur Aphrodite. Cependant, elle contribue aussi à réduire la part d'invention et de liberté qui caractérisait la petite statuaire en bronze et en argile de la fin de l'époque géométrique.

Le dédalisme

L'art orientalisant est illustré dans le domaine de la sculpture par un nouveau courant, le dédalisme, du nom de Dédale, héros légendaire athénien. Ce style, surtout présent à Sparte et en Crète, se retrouve d'abord dans les figures frontales où il se caractérise par la réalisation de têtes grossièrement triangulaires (présentées de face et aplaties sur le haut) et de corps longs sans forme, puis dans les sculptures monumentales.

Ces arts orientalisants ont été des catalyseurs, qui ont stimulé les artistes grecs. Mais l'avenir de l'art grec réside moins dans ce que les Grecs ont appris de l'Orient que dans l'épanouissement de leurs qualités formelles et intrinsèques, qu'ils savaient déjà exprimer à l'époque géométrique.