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serf

Dans la société féodale, personne attachée à une terre et dépendant d'un seigneur.

HISTOIRE

1. Un statut juridique

Le statut du serf médiéval procède directement de l'esclavage antique bien que, contrairement à l'esclave antique, le serf du Moyen Âge ait été assez tôt mis en possession d'une tenure servile.

En France, les hommes et les femmes que l'on appelle « serfs » ne s'appartiennent pas ; ils sont tous la propriété d'un maître, qui détient sur eux un pouvoir absolu. Il peut les donner et les vendre. Ils sont tenus d'obéir à tous ses ordres; leur « service » ne connaît aucune limite et ne donne droit, en principe, à aucune rétribution. Le pouvoir du maître s'étend à tout ce que peuvent posséder ses serfs ; ils ne peuvent disposer de leur avoir sans son autorisation et, lorsqu'ils meurent, leur héritage revient au maître.

Leurs enfants sont également dans l'entière possession du maître. La condition servile est en effet héréditaire, et la plupart des coutumes régionales considèrent qu'elle se transmet par la mère. Pour cette raison, un serf ne peut se marier sans l'autorisation de son maître.

Enfin, les serfs sont exclus de la communauté des hommes libres : ils ne participent pas aux expéditions militaires ; ils ne paraissent pas dans les assemblées de la justice publique ; ils n'ont pas accès aux terres collectives de la communauté villageoise ; l'Église n'admet pas qu'un serf puisse recevoir les ordres sacrés. Seule une libre décision du maître peut extraire un homme de l'état servile.

2. L'évolution du servage

L'affranchissement, qui fait du serf un homme libre, donne lieu à une cérémonie solennelle et publique. Il semble que cette condition se soit quelque peu améliorée dans les pays français au cours des xie et xiie siècles. Le christianisme, qui imprègne toute la structure sociale, fait reconnaître au serf certaines aptitudes personnelles et attribue, par exemple, une valeur religieuse à son mariage.

D'autre part, de très nombreux serfs sont installés sur une tenure ; ils échappent ainsi largement à la tutelle économique du maître, disposent librement des fruits de leur travail ; leur service se trouve limité à des obligations définies. Enfin, sur les paysans libres, leurs voisins, s'appesantit alors une forme d'autorité privée, le droit de ban, qui leur impose un service très semblable à celui des serfs. Si bien que les différences de statuts s'estompent dans la paysannerie ; la qualification juridique de servitude disparaît même dans bien des provinces, et l'ensemble des rustres est soumis à une dépendance personnelle que caractérisent des charges particulières : le chevage, taxe en argent annuelle généralement très faible, mais symbolisant la dépendance ; la mainmorte, prélèvement sur la succession ; le formariage, levé lors de mariages conclus en dehors du groupe des dépendants ; enfin la taillearbitraire, ponction opérée par le maître sur les biens mobiliers des paysans soumis à son autorité.

Peu à peu, des actes d'affranchissement collectif ou individuel exemptent une portion de plus en plus large de la paysannerie de ses obligations. On appelle alors « serfs » les paysans qui ne bénéficient pas de ces franchises. Au xiiie siècle, dans de nombreuses provinces françaises, les coutumes reconnaissent donc l'existence d'un nouveau servage, dont les critères sont le chevage, la mainmorte, le formariage et la taille à volonté. La renaissance du droit romain engage par ailleurs les juristes à attribuer à la condition servile certains traits de l'esclavage antique, et notamment l'attache à la glèbe. Sous cet aspect, le servage se prolonge, survit au Moyen Âge, et ses dernières traces, en certaines régions, ne disparaîtront qu'en 1789.