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progrès

(latin progressus, de progredi, avancer)

Évolution régulière de l'humanité, de la civilisation vers un but idéal.

Le point de vue des philosophes

Dans sa préface au Traité du vide, Blaise Pascal avait repéré que l'homme se séparait de l'animal, de la perfection bornée et immorale de l'instinct, par la raison (la mémoire, le langage), qui l'ouvrait sur un processus cumulatif illimité – mais aussi incertain –, c'est-à-dire à une histoire.

Au cœur de l'enquête sur la nature humaine, Jean-Jacques Rousseau reprend cette idée : ce qui distingue l'homme de l'animal, c'est le pouvoir qu'il a de se changer lui-même. Ce même « principe de perfectibilité » explique en même temps que l'homme est « sujet à devenir imbécile » (au sens étymologique de « faiblesse »). D'une manière provocatrice face aux thèses dominantes et simplificatrices présupposant constamment ce qu'elles prétendent démontrer, et ainsi s'enferrant dans les illusions rétrospectives et les préjugés ethnocentriques, il rappelle que le sens positif ou négatif de ce changement n'est pas donné et que l'indétermination corrélative de la liberté de l'homme contient aussi la possibilité d'un progrès qui l'enfonce infiniment plus bas que l'instinct.

La foi dans le progrès de l'humanité a cependant permis aux philosophes et savants des Lumières de provoquer ce progrès lui-même. La victoire des connaissances sur les préjugés, sur l'ignorance et sur l'obscurantisme a fait cesser l'illusion d'immuabilité sur laquelle la structure sociopolitique établie reposait. L'idée que les hommes ont entrevue de leur liberté les a effectivement fait progresser dans sa réalisation (Kant, Qu'est-ce que les Lumières ?).

La religion du progrès

L'idéologie du progrès est l'illusion selon laquelle les progrès technoscientifiques, l'accumulation économique contiendraient en eux-mêmes – comme par le déterminisme d'une loi de la nature – le sens d'une amélioration globale de l'humanité et qu'il suffirait qu'ils s'accomplissent pour que l'humanité progresse sur tous les plans. C'est ce que professe l'idéal positiviste, marqué d'ethnocentrisme occidental et occultant toute réflexion.

La maîtrise du progrès

Le xxe s. est celui de l'apparition dans le progrès des sciences et des techniques de pouvoirs radicalement nouveaux (ceux que l'homme a de détruire la planète et de se changer génétiquement), appelant une réflexion sur leur emploi (la bioéthique). Les progrès de la maîtrise de la nature font apparaître la nécessité d'une maîtrise de ces progrès, elle-même dépendante de progrès de connaissances qui demeureraient vaines si elles ne s'accompagnaient pas de prises de conscience. Ainsi, apparaissent deux plans distincts et solidaires.

D’une part, la notion de progrès éclate : il existe des progrès distincts et interdépendants dans leurs effets, pouvant se conjuguer et aussi s'inverser. Chaque progrès n'est pas linéaire ; il est capable de régression, de mutation et d'accélérations brusques. Les progrès concernent des dimensions irréductibles les unes aux autres (scientifique, technique, morale, sociale, politique) ; un progrès sur un plan n'implique aucunement un progrès sur un autre plan.

D’autre part, la réflexion sur un progrès global de l'humanité est dépendante d'un questionnement sur le sens de l'histoire et donc sur les valeurs et les fins susceptibles de l'évaluer.