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presse

Vendeur de journaux à la criée
Vendeur de journaux à la criée

Ensemble des journaux et des revues périodiques.

MÉDIAS

L'histoire de la presse et de l'édition, dont les enjeux concernent la diffusion du savoir et la liberté d'expression, est souvent interprétée en termes politiques et idéologiques. On analyse ainsi l'évolution de la presse périodique comme le reflet de la vie politique d'un pays ; l'illustration la plus frappante, en France, en serait la naissance, à la Libération, d'une presse prétendant faire table rase du passé, et dont sont issus plusieurs quotidiens d'information générale existant actuellement, comme le Monde.

Toutefois, depuis les années 1960, une plus grande place est faite au rôle joué par les facteurs techniques et économiques dans la mutation de la presse. Les historiens démontrent que la forme et le format d'une publication, ainsi que sa fréquence de parution et les circonstances de sa distribution, ont marqué autant la presse périodique depuis le xviie siècle que l'a fait le combat pour la liberté d'expression face à la censure, et face à la pratique de l'autocensure (→ liberté de la presse).

1. Naissance de la presse

1.1. xviie siècle

La première gazette à périodicité régulière, Nieuwe Tydinghen, paraît à Anvers en 1605. Le 30 mai 1631, la Gazette de Théophraste Renaudot, publiée à Paris, marque la naissance de la presse française : médecin du roi, soutenu par Richelieu, Renaudot a obtenu le privilège de l'impression de toutes les informations ; il lance dans sa Gazette et par l'intermédiaire de son bureau d'adresses les « petites annonces ». Pouvoir, information et publicité seront dès lors intimement liés en France. Constituant essentiellement un recueil de nouvelles venues de l'intérieur et de l'extérieur du royaume, le premier hebdomadaire français préfigure le bulletin d'agence de presse plus que le journal moderne.

1.2. xviiie siècle

Au début du xviiie siècle, il existe en Hollande et en Grande-Bretagne une presse plus nombreuse et plus libre qu'en France, pays où la répression est sévère – on pend les imprimeurs et libraires ayant publié sans autorisation –, mais impuissante à endiguer les publications clandestines, en particulier les « gazettes de Hollande », feuilles imprimées en français par des protestants chassés du royaume à la suite de la révocation de l'édit de Nantes, en 1685. La presse autorisée d'information générale se développe très lentement : c'est seulement en 1777 que naît le premier quotidien français, le Journal de Paris. Cependant, le nombre de publications périodiques en français s'accroît régulièrement au cours du xviiie siècle : de 40 en 1700, il passe à 76 en 1730, à 137 en 1750 et à 277 en 1780. Il s'agit pour l'essentiel d'une presse spécialisée, comme le Journal de la médecine, le Journal de la musique, le Spectateur français (de Marivaux) ou les Nouvelles ecclésiastiques.

2. xixe siècle : une progression foudroyante

2.1. La lente conquête de la liberté de la presse

Au temps des Lumières, Voltaire, Diderot et les encyclopédistes défendent la liberté d'opinion et d'expression, tandis que se multiplient les feuilles et ouvrages clandestins.

La convocation des États généraux, en 1788, suscite en France la multiplication des libelles et des pamphlets, et la rédaction des cahiers de doléances, où s'expriment toute une série de vœux et de réclamations. Mirabeau écrit notamment : « La liberté de la presse [est] la plus invincible, la plus illimitée, la liberté sans laquelle les autres ne seront jamais acquises. »

L'article 11 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, adoptée le 24 août 1789, affirme finalement : « La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l'homme ; tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l'abus de cette liberté dans les cas prévus par la loi. » L'année 1789 connaît une effervescence inédite, avec un nombre de publications périodiques en une année supérieur à celui du siècle et demi précédent.

Cependant, la presse politique ne sera pleinement libre que pendant la période 1789-1792 ; ensuite, cette liberté sera contrôlée – Napoléon n'autorise plus, en 1811, que la publication de quatre quotidiens à Paris –, bafouée, confisquée au profit d'une presse de propagande gouvernementale. Après l'intermède de 1848, il faut attendre 1881 pour que s'impose, grâce aux républicains, l'idée d'une presse libre d'apprécier la politique, avec la promulgation de la loi du 29 juillet 1881, toujours en vigueur, garantissant l'indépendance des médias envers l'État.

2.2. La suprématie de la presse d’information

L'évolution des techniques d'impression

Les techniques d'impression varient peu entre l'invention de Gutenberg, au xve siècle, et les années 1820. Par la suite, la force motrice utilisée n’est plus seulement celle du bras de l'homme. Successivement, les machines à vapeur (la presse de Koenig, mais aussi les locomotives des trains diffusant les quotidiens à travers le pays) et l'électricité (la presse rotative, le télégraphe) transforment les métiers de la presse et de l'édition.

L'industrialisation des procédés de production et de distribution

L'industrialisation des procédés de production et de distribution, au xixe siècle, nécessite des capitaux importants qui donnent aux hommes d'affaires un poids de plus en plus écrasant – à la lisière des mondes de la finance, du pouvoir et de l'information –, abondamment dépeint par Balzac, Maupassant, Zola, Barrès

L'avènement du quotidien d'information générale à grand tirage

La première agence de presse est créée en 1832 par Charles Louis Havas. L’année 1836 marque l’avènement du quotidien d'information générale à grand tirage, vendu à prix modique, avec le lancement du Siècle et de la Presse, fondé par Émile de Girardin. Lorsque ce dernier tue en duel un journaliste de la vieille école, Armand Carrel, l'événement est présenté comme le symbole de la victoire de la presse d'information et des affaires sur la presse d'opinion et de débat d'idées. Pour financer les publications quotidiennes, Girardin préconise le développement des ressources publicitaires : « Sans la publicité des annonces payées, point de concurrence sérieuse, point de progrès utile aux masses. »

L'essor de la presse populaire

L'introduction du roman-feuilleton (→ le Juif errant d'Eugène Sue dans le Constitutionnel) fait croître les tirages de la presse dite populaire. Les journaux-romans et autres quotidiens à un sou se développent : lancé en 1863, le Petit Journal de Millaud est le premier quotidien en Europe à franchir le cap du million d'exemplaires, vers 1890. Entre 1900 et 1914, le tirage global des quatre principaux quotidiens populaires passe de 2,3 à 4,5 millions d'exemplaires.

2.3. Premières critiques à l’égard du média de masse

Ainsi la presse quotidienne se mue-t-elle en média de masse. Des quotidiens régionaux sont bientôt créés, en réponse aux titres populaires rayonnant depuis la capitale par le chemin de fer. Une presse de qualité, d'information et de commentaire – dont les premiers titres dataient de l'époque révolutionnaire (le Journal des débats, 1789) – se développe parallèlement ; elle se renouvelle avec la création du Temps (1861), ancêtre du Monde d'aujourd'hui.

Pourtant, de nombreux scandales ternissent le crédit de la presse en mettant en lumière les compromissions des milieux journalistiques avec ceux de la politique et de la finance. Lors de la Première Guerre mondiale, époque d'union sacrée, la presse favorise la propagande gouvernementale : le Matin (fondé en 1882) annonce en septembre 1914 que les forces françaises sont aux portes de Berlin alors que les troupes allemandes approchent de Paris.

Dans les années 1920, la presse magazine illustrée, d'information ou spécialisée, connaît beaucoup de succès. Mais l'entre-deux-guerres voit la stagnation de la presse française, à l'exception notable de Paris-Soir et de Paris-Match, ainsi qu'une concentration dues aux difficultés économiques et techniques.

3. Seconde moitié du xxe siècle : la presse en mutation

3.1. La concurence de l'audiovisuel

Au cours de la seconde moitié du xxe siècle, l'univers de la presse subit une profonde métamorphose. Dans les pays industrialisés et démocratiques, les éléments moteurs de cette mutation présentent des caractéristiques propres, mais aussi nombre de points communs.

Dès l'après-guerre, l'information écrite doit faire face à la concurrence de la radio. Puis, durant les années 1950, la télévision entame son règne et impose sa propre concurrence. Le privilège sur l'information dont la presse écrite jouissait depuis le xviie siècle est ainsi remis en cause. Non seulement les prouesses techniques de l'audiovisuel (immédiateté de l'information radiophonique, image en mouvement de la télévision) assurent son expansion, mais on constate, au même moment, un recul du temps de lecture de la presse. L'évolution des modes d'information va de pair avec la constante diversification des goûts du public, qui est elle-même tributaire de l'importante transformation des modes de vie en cinquante ans.

Pour la presse, il s'ensuit une triple gageure : contrer la concurrence des autres médias, répondre aux attentes des publics et intégrer l'explosion du champ informatif (nouvelle technologie de l'information, modernisation des moyens de communication). Elle y réussit en modernisant ses modes d'impression (composition automatique, photocomposition, puis PAO. et sa mise en page (maquette, infographie), en libérant et en multipliant ses pratiques d'écriture, en diversifiant son contenu jusqu'à l'hyperspécialisation, en rejoignant (ou en créant) des groupes multimédias et en acceptant les règles concurrentielles et commerciales de l'offre et de la demande.

3.2. 1945-1974 : de la Second Guerre mondiale à la crise

Les quotidiens en France
L'après-guerre : une euphorie de courte durée

En France, l'après-guerre entraîne une révolution. Fin 1944, les titres ayant publié après l'invasion des zones nord et sud sont interdits. Pour réinstaller une République et une presse garantes du débat démocratique, l'État instaure une rupture : épuration des titres ayant soutenu la collaboration, séquestration de leurs biens, qui sont dévolus aux journaux autorisés, création de l'Agence France-Presse (AFP) , des Nouvelles Messageries de la presse parisienne (NMPP), de la régie publicitaire Havas, exonération de certaines charges fiscales et aide à la diffusion (tarifs réduits consentis par La Poste et la SNCF.

Le paysage de l'écrit est bouleversé. Le Figaro, la Croix, l'Humanité, le Populaire se sortent de la tourmente. Franc-Tireur, Combat, Défense de la France, Front national naissent de la clandestinité. Les nouveaux venus s'appellent : le Parisien libéré, Résistances, Libération-Soir, le Monde. En 1946, vingt-huit quotidiens paraissent à Paris, et cent soixante-quinze en province. Ce foisonnement tout autant que l'envol de la diffusion (12 millions d'exemplaires par jour en 1945 ; 15 millions en 1946) témoignent de l'euphorie d'une France pacifiée qui plébiscite la presse de gauche, dominante jusqu'au début des années 1950.

Mais la situation ne tarde pas à s'assombrir. Les restrictions de papier et son coût encore élevé, le faible pouvoir d'achat des lecteurs, la logique sélective du marché, l'augmentation des coûts de fabrication et des prix de vente (qui doublent entre 1947 et 1952) entraînent une crise. En 1952, la diffusion des quotidiens tombe à 9,6 millions d'exemplaires par jour – moins qu'en 1939 –, et ne survivent que cent trente et un titres sur les deux cent trois qui étaient publiés en 1946. À l'élan artificiel de la Libération succède une période d'incertitude.

De 1952 à 1972 : une hémorragie de titres

De 1952 à 1972, la presse quotidienne nationale subit une hémorragie de titres et la faible augmentation de ses tirages ne répond pas à la croissance démographique du pays.

L’Évolution des tirages de 1952 à 1972

L’ÉVOLUTION DES TIRAGES DE 1952 À 1972

Années

Presse quotidienne (nationale + régionale)

Tirage total moyen/jour

1952

131 titres (14 + 117)

9,6 millions

1962

109 titres (13 + 96)

11,4 millions

1972

89 titres (11 + 78)

11,7 millions

Dans cette crise entrent toujours en ligne de compte la concurrence de l'audiovisuel (même si la presse garde la primauté d'une information riche et variée), les charges (fabrication, distribution), la désaffection du public (prix en augmentation). Mais d'autres facteurs interviennent aussi : le retour à un débat politique national et international tendu, qui réveille le spectre de la presse propagandiste et entache le crédit des journaux ; le reflux des pratiques de lectures militantes liées à l'effervescence politique de l'après-guerre, qui déstabilise les quotidiens d'opinion ; l'attraction des hebdomadaires et magazines et celle des quotidiens régionaux et départementaux, qui accentuent l'instabilité du marché.

L’échec de nombreux titres

Les premières victimes sont les titres politisés, ce dont témoignent la chute des tirages des journaux communistes et, parfois, leur disparition (Ce soir, 1945-1953). Disparaissent aussi l'Aube (1951), Franc-Tireur, le Populaire (1969), Combat (1974). La pression sélective du marché entraîne donc une passation de pouvoir de la presse d'opinion à la presse d'information marchandise, ainsi qu'un rééquilibrage gauche-droite.

Pour autant, les titres informatifs ne connaissent pas tous une bonne fortune. En 1956-1957, le Temps de Paris et les Débats de ce temps ne peuvent détrôner le Monde.

En 1957, Cino del Ducca, propriétaire d'un groupe de presse du cœur, lance Paris-Jour, quotidien tabloïd populaire, non engagé, ludique, esthétique, illustré et coloré ; mais il disparaît en 1972, sans avoir obtenu les résultats escomptés en regard des expériences anglo-saxonnes analogues. Paris-Matin, lancé par Robert Hersant en 1964, fait lui-même long feu.

Des titres solides malgré tout

Cette sélection n'implique pas un complet marasme. La reprise est permise par une baisse des prix de vente à la fin des années 1960. France-Soir et le Parisien libéré en profitent et caracolent en tête des tirages nationaux. Plus politisé, le Figaro – et ses 250 journalistes dirigés par Pierre Brisson – fait alors figure de principal titre de la droite. Le Monde jouit d'une image modérée, modelée par sa rigueur informative et son ancrage au centre gauche ; fondé en 1944 par Hubert Beuve-Méry, il a acquis une autorité morale au prestige quasi institutionnel en France et à l'étranger ; il quadruple ses tirages entre 1946 et les années 1970. En revanche, ceux de l'Humanité, quotidien touché par l'onde de choc que provoque la désaffection électorale à l'égard du parti communiste, dont ce journal est l'organe, s'effondrent. En 1973, Jean-Paul Sartre crée cependant le journal Libération.

Les quotidiens parisiens en 1974

LES QUOTIDIENS PARISIENS EN 1974

Titres

Tirage moyen

Le Parisien libéré

980 000

France-Soir

979 000

Le Monde

548 000

Le Figaro

492 000

L’Aurore

389 000

L’Humanité

194 000

La Croix

137 000

Le Quotidien de Paris

50 000

Libération

34 000

La Nation

30 000

Combat

25 000

Source : Cl. Bellanger (et autres), Histoire générale de la presse
française, t. 5 (Paris, 1975)

La résistance des quotidiens régionaux

Grâce à leur information de proximité et à une forte fidélisation, grâce à de bons taux d'abonnement et à une gestion avisée des recettes publicitaires, les quotidiens régionaux se portent bien. Nonobstant, ici aussi la concentration intervient : 175 titres en 1946, 78 en 1972. Les plus grands (Ouest-France, Midi libre, le Dauphiné libéré, notamment) se forgent des positions de quasi-monopole. La concentration est encore soulignée par la renaissance de groupes de presse (achat et mise en régie de plusieurs titres, comme au sein du groupe Robert Hersant).

Les quotidiens à l'étranger

La presse quotidienne souffre partout de déficits d'audience. Cependant, des disparités importantes, liées au contexte historique et aux pratiques culturelles de chacun des pays, singularisent les situations nationales.

Europe : une dichotomie Nord-Sud

La situation allemande est l'une des plus particulières. En RFA, la renaissance de la démocratie favorise un essor rapide et massif de la presse (les tirages passent de 13 millions d'exemplaires en 1950 à plus de 18 millions entre 1960 et 1970). Lancé par Axel Springer en 1952, Bild tire à 3 millions d'exemplaires en 1970. Il symbolise le règne de la presse de masse. Au-delà de la contingence historique, cette situation reflète la traditionnelle vitalité de la presse dans le nord de l'Europe – à l'opposé des difficultés qu'elle rencontre dans les pays latins et parfois ailleurs, comme en Autriche où 30 % des titres disparaissent entre 1955 et la fin des années 1970. (→ Axel Springer Verlag.)

Hormis la bonne tenue des quotidiens nordiques, l'exemple britannique est plus parlant encore. Comme la France, la Grande-Bretagne connaît un boom après la guerre (28,6 millions d'exemplaires par jour en 1947). Les grands journaux d'avant-guerre, le Daily Express et le Daily Mail notamment, retrouvent des tirages millionnaires. Si les journaux britanniques ont ensuite affaire aux mêmes problèmes que ceux de leurs homologues français, leurs tirages ne reculent que de 2 millions entre 1947 et le début des années 1960, avant de s'envoler (36 millions en 1973), prouvant que, dans le pays, la lecture de la presse populaire à bas prix résiste à une expansion audiovisuelle pourtant plus précoce qu'en France. Du reste, là aussi, concurrence et concentration vont de pair : disparition de titres, acquisition de journaux par des groupes, tels que celui de l'Australien Rupert Murdoch, qui reprend The Sun et The News of the World au cours de la seule année 1968. Mais, globalement, la presse britannique se porte bien, avec un taux de pénétration de 448 pour 1 000 habitants contre 221 seulement en France (1973).

Le cas de l'Italie, durant la décennie 1960-1970, symbolise et préfigure celui de l'Europe du Sud démocratique à la fin des années 1980. Pour des raisons à caractère socioculturel (crise économique, retard de la scolarisation, faible tradition de lecture), en 1957, seuls 59 % des Italiens de plus de 15 ans lisent un journal régulièrement (75 % en Grande-Bretagne). Dans une Italie qui innove très tôt dans le domaine audiovisuel et dans la création de groupes multimédias (à l'instar de celui de Silvio Berlusconi), les quotidiens peinent. Leur tirage avoisine les 5 millions d'exemplaires par jour avec, au cas par cas, des diffusions modestes. Cela n'empêche pas des lancements réussis, tels que celui de La Repubblica (1976).

Ce déficit est amplifié dans les pays qui sont en régime de dictature : Espagne, Portugal, Grèce. Et cette représentation des choses vaut encore, par extension, pour les régimes communistes de l'Europe de l'Est.

Les États-Unis

Aux États-Unis, la pression sélective des titres (1 942 en 1930, 1 749 en 1968) témoigne d'une concurrence exacerbée et de l'accélération de la concentration : 76 groupes et chaînes de journaux en 1945 ; 159 en 1968. En leur sein, on retrouve des titres qui atteignent rarement le million d'exemplaires (cinq y parviennent, dont The Wall Street Journal, USA Today et le New York Times). En outre, si les tirages augmentent, ils ne suivent pas la courbe démographique (48 millions d'exemplaires par jour en 1945 ; 62,1 millions en 1970), alors qu'à l'inverse l'audiovisuel explose, et prend une avance décisive sur le reste du monde (par exemple, la télévision par câble est lancée dès les années 1960).

L'irruption novatrice des périodiques : un phénomène planétaire

Outre le fléchissement de la vente des quotidiens, les progrès de celle des périodiques et des magazines caractérisent les années 1950-1970. Ce type de journaux renouvelle le mode d'écriture et d'investigation journalistique, en l'ouvrant à l'évolution socioculturelle des Trente Glorieuses. Jouant la carte du progrès technique, de la spécialisation, les périodiques et magazines attestent une nette amélioration de la qualité (contenu, maquette, photographie, couleur). Habiles gestionnaires de la publicité, ils affichent une santé financière que les quotidiens n'ont plus. Faisant la synthèse et le commentaire de l'actualité, les hebdomadaires d'information et d'opinion (newsmagazines ou news) constituent des outils de réflexion.

Avec leur information « distractive » et leur bonne lisibilité, les magazines profitent de la démocratisation de la lecture conjuguée avec la révolution du temps libre et des loisirs. Leur influence est forte. Ils peuvent parfois jouer un rôle émancipateur clé, comme dans le cas de la presse féminine (avec des titres à l'aura internationale : l'Américain Vogue, le Français Elle), voire en faveur de la libération des mœurs (succès de Playboy et de Lui).

En France, la tradition des périodiques et magazines remonte à l'entre-deux-guerres et reste vivace. Mais, incontestablement, les États-Unis sont leur terre d'élection. Times, créé dès 1923, est une des premières figures tutélaires de ce succès. Parmi les plus connus, Newsweek, US News and Report, Look et Life le rejoignent – ce dernier titre prouvant la bonne fortune des périodiques américains avec 8 millions d'exemplaires diffusés au début des années 1970. En Grande-Bretagne, la recette prend également, tout comme en Allemagne, où Der Spiegel (créé en 1947) a eu une réussite quasi immédiate.

Le cas de la France
Les newsmagazines

En France, la presse hebdomadaire d'opinion est stimulée par le contexte très idéologique de l'après-guerre. France-Observateur et l'Express bouleversent la conception de ce type d'hebdomadaire d'information en imposant un modèle inspiré par la tradition militante d'avant-guerre, par l'exemple des titres de la gauche britannique (New Stateman, Tribune) et par la rigueur du Monde. Le lancement du Point, en 1972, confirme la marge de progression de ce genre, qui affaiblit les quotidiens politisés. La croissance des tirages (y compris Valeurs actuelles, fondé en 1966) est probante : 100 000 exemplaires en 1953, 476 000 en 1964, 1 325 000 en 1974.

Le Nouvel Observateur et l'Express : le sang neuf des news français

Le Nouvel Observateur et l'Express : le sang neuf des news français



France-Observateur est fondé en 1950 par Claude Bourdet, Gilles Martinet et Roger Stéphane. En 1953, Jean-Jacques Servan-Schreiber lance l'Express. Opposés à la guerre d'Algérie, ils font figure, avec Témoignage chrétien, d'organes de l'anticolonialisme et subissent la censure. La paix revenue, avec leurs maquettes modernisées (1964) et le passage à la couleur, le Nouvel Observateur (racheté en 1964 par Claude Perdriel et dirigé désormais par un ancien de l'Express, Jean Daniel) et l'Express font une remarquable ascension commune et concurrente à la fois, tout en renouvelant la conception de l'hebdomadaire d'opinion.

Des magazines de plus en plus nombreux

Illustrations omniprésentes, couleurs attrayantes, mise en page et typographie modernisées, ouverture sur tous les secteurs d'une société en pleine mutation, goût pour les lectures divertissantes à l'heure où s'impose la philosophie du temps libre et des loisirs… ces éléments favorisent l'explosion du marché des magazines. La situation entre 1970 et 1974 permet d'en saisir les lignes de force.

L'audience de la presse qui se consacre aux sports et aux loisirs croît sans cesse. La presse à sensation occupe une place considérable (France-Dimanche, Ici Paris…). La presse du cœur fait le bonheur du groupe del Duca (Nous Deux, Intimité, Confidences). Nul sujet n'est absent des kiosques : qu'il s'agisse de la littérature et des beaux-arts (la Quinzaine littéraire, Connaissance des arts…), du cinéma (les Cahiers du cinéma, Image et Son), de la musique (Rock'n Folk, Jazz Magazine…), de la presse de provocation (Hara Kiri, Charlie-Hebdo, Actuel…) ou de celle des petites annonces qui accompagne la libéralisation des mœurs (Union).

Le flair de Prouvost. Paris-Match, fondé par l'industriel Jean Prouvost en 1949, est l'archétype d'une réussite à long terme et une première en matière d'utilisation des nouvelles techniques (photocomposeuse, offset couleur) mises au service du photojournalisme : avec 25 pages photos, dont 14 en couleurs (sur 44 pages), il captive un très large public qui ne cesse de s'étoffer.

Le prestige d'Elle (1945) dépasse l'Hexagone, soulignant le succès planétaire de la presse féminine, indissociable du mouvement d'émancipation de la femme dans les pays industrialisés et démocratiques. En France, en 1970, six des douze titres millionnaires appartiennent à cette catégorie, qui comprend entre autres Marie-Claire, Marie-France, Femme d'aujourd'hui, Femme pratique. De la même façon, les magazines féminins allemands établissent des records : Bild der Frau et Neue Post tirent alors à plus de 1,5 million d'exemplaires.

Le contrecoup culturel du baby-boom. Cas rare à l'époque, Salut les copains naît, en 1961, à la suite d'une émission de radio (Europe 1). Il s'adresse à une nouvelle cible, qui va se révéler une manne : les adolescents. Avec Mademoiselle Âge tendre (1964), Salut les copains préfigure le raz-de-marée de la presse pour la jeunesse. À la fin des années 1970, de Hit à Super Géant, elle représente 21 millions d'exemplaires imprimés chaque mois !

3.3. Depuis 1975 : la profusion et le doute

La période 1975-2000 amplifie les métamorphoses des années 1960 de telle sorte que le paysage de la presse en est largement transformé. Entre la profusion qui caractérise les magazines et le doute qui s'est emparé des quotidiens, les conditions de l'information écrite changent, mais sans que celle-ci soit à l'agonie, contrairement à ce que l'on pouvait prédire au début des années 1970.

L'évolution du marché de l'information générale et de la politique quotidienne en France

Depuis 1975, les tirages des titres nationaux ont chuté de plus de 40 % et le taux de pénétration, qui était encore de 221 pour 1 000 en 1973, est passé sous la barre des 150 pour 1 000 en 1997. La crise de la presse n'a pourtant pas entamé la capacité de développement de cette dernière.

Quelles causes à la crise de la presse ?

L'attrait exercé par les périodiques et la place occupée par la télévision dans la consommation médiatique constituent toujours des facteurs primordiaux du recul des quotidiens. En 1989 déjà, les Français déclaraient majoritairement (63 %) préférer s'informer en regardant le journal télévisé plutôt qu'en lisant un quotidien (43 %). Image, couleur, mise en scène et brièveté de l'information sont des atouts contre lesquels les quotidiens luttent difficilement. Ils savent toutefois répondre à cette évolution : augmentation de la pagination, usage accru de la photographie, de la couleur, renouvellement de la mise en page et amélioration de la qualité du tirage grâce aux moyens informatiques. Cet effort de modernisation a un coût, qui s'ajoute à la surcompensation des prix consécutive à la baisse des tirages, à l'augmentation de la masse salariale et au fléchissement des recettes publicitaires. La conséquence en est que le prix de la presse, en France, progresse plus vite que les prix de détail, alors que sa progression est inférieure de 30 % (et parfois plus) à celle de ces derniers en Grande-Bretagne ou en Allemagne.

La situation de la presse écrite française entre 1970 et 1996

LA SITUATION DE LA PRESSE ÉCRITE FRANÇAISE ENTRE 1970 ET 1996

Années

Indice général

Journaux

Revues

1970

100

100

100

1973

102

138

143

1983

349

648

439

1996

530

1020

715

Source : P. Albert, la Presse française (Paris, 1998)

Modernisation et adaptation : deux règles d'or

La crise économique des années 1973-1974 a accéléré le basculement vers une gestion moderne et fait prévaloir la logique de rentabilité sur celle de la diffusion en masse. Afin d'améliorer ses rendements, la presse généralise le marketing, cherche à cibler son public, et adopte des stratégies de développement et de recrutement de professionnels formés spécifiquement. Au fur et à mesure que se reconstituent de gigantesques groupes de presse, on en vient à privilégier les lois du marché en se calquant sur l'évolution générale de la société, des pratiques économiques et de la mentalité des décideurs.

Les groupes de presse : le cas Hersant

Les groupes de presse : le cas Hersant



De forts mouvements de concentration touchent la presse. Les journaux indépendants en pâtissent, alors que les titres réunis sous une même enseigne sont protégés par leur mise en régie publicitaire et par la capacité des groupes à faire des investissements lourds et à freiner ainsi l'entrée de nouveaux titres sur le marché. Certes, les groupes ne sont pas seuls à faire la « loi » ; ce sont les lecteurs qui font ou non le succès d'un titre. On ne peut pas, toutefois, ignorer ce phénomène.

En France, une quarantaine de groupes multimédias existent. Dans l'univers de la presse écrite, celui qui fut constitué par Robert Hersant à partir de la fondation, en 1950, de l'Auto-journal est un des plus importants. Après avoir assis sa notoriété dans la presse régionale, il rachète trois quotidiens nationaux : le Figaro (1975), France-Soir (1976), l'Aurore (1978). Le groupe prend une ampleur considérable. Dans les années 1980-1990, il poursuit les achats de journaux régionaux (entre autres, le Courrier de l'Ouest, le Maine libre et les Dernières Nouvelles d'Alsace).

Les journaux doivent en permanence faire la preuve qu'ils sont en mesure de modifier leur forme et leur contenu selon l'attente des lecteurs, eux-mêmes sensibles aux modes. Pour maintenir sa diffusion, Libération, fondé en 1973, a vécu deux mues en dix ans et, après une recapitalisation en 1994, s'est ouvert à de nouvelles formules éditoriales tout en atténuant quelque peu le ton polémique de ses débuts. Pour garder sa place, le Monde a revu son format et sa mise en page, défini un contenu moins élitiste et créé un supplément commun avec les Inrockuptibles ; le quotidien a enfin introduit la photographie en couleur dans sa maquette. Paris-Match a cessé d'être un hebdomadaire de photojournalisme populaire pour devenir un titre de la « presse people », légitimé par sa capacité à publier des scoops sur le show-business, qui lui permettent ainsi de résister à la concurrence accrue et envahissante de la presse à scandale, dont un certain public se délecte.

La question cruciale des pratiques de lecture

Devenus infidèles à un seul journal, les Français se sont mis à passer d'un titre à l'autre. Ils envisagent rarement, comme les Britanniques, de feuilleter plusieurs quotidiens. De cette spécificité découlent de faibles taux d'abonnement par rapport à ceux des quotidiens étrangers et la consommation croissante des magazines. Cette lecture « aléatoire » s'explique par l'évolution des pratiques de loisirs. Malgré l'augmentation du temps libre, les Français consacrent moins de temps à la lecture : 55 % d'entre eux parcouraient un quotidien chaque jour en 1973 et moins de 40 % en 1998, le recul étant plus prononcé au sein de la génération « télévision » des 15-34 ans. Du fait de la polarisation qu'exerce la télévision dans le champ médiatique, le rôle déstabilisateur de la diversification des loisirs est avéré. L'infidélité des lecteurs tient enfin à l'image de la presse : plusieurs sondages ont montré que les Français, dans leur majorité, jugeaient qu'il y avait une différence entre la réalité et la manière dont les médias la répercutent.

Une perte de lectorat

La France se situe au-delà du 20e rang mondial pour le taux de pénétration des quotidiens auprès de la population. Même la presse populaire et généraliste subit une hémorragie de lecteurs, et elle a enregistré de nombreux échecs : J'informe (1977), Paris ce soir (1984), Information (1994), Infomatin (janvier 1994 à janvier 1996). En outre, la santé précaire de la presse politique ou politisée est patente dans la désagrégation du lectorat de l'Humanité (de 67 000 à plus ou moins 55 000 exemplaires à la fin des années 1990), dans l'échec du Matin (1977-1988), d'inspiration socialiste, ou dans celui du Quotidien de la République (1998).

La presse régionale est elle aussi en situation de reflux. Au total, elle a perdu une cinquantaine de titres et 500 000 lecteurs. Avec près de 800 000 exemplaires quotidiens, Ouest-France domine une douzaine de journaux tirant au-dessus de 200 000 exemplaires.

Le Monde et le Figaro : deux forces tranquilles

Restructuré et recapitalisé, le Monde reste « le » journal de référence, surtout grâce à la pression d'une société de rédacteurs ayant su préserver son indépendance. Néanmoins, sa diffusion n'a pas retrouvé le niveau de 1980 (445 000 exemplaires).

À l'apogée en 1969 (538 000 exemplaires), le Figaro est passé à moins de 400 000 exemplaires au cours des années 1980, malgré l'appui de suppléments appréciés (Figaro-Magazine, créé en 1979 ; Figaro Madame, créé en 1981).

Diffusion de quotidiens généralistes français entre 1995 et 2000

DIFFUSION DE QUOTIDIENS GÉNÉRALISTES FRANÇAIS
ENTRE 1995 ET 2000

Titres

1995

2000

Le Parisien

451 000

492 000

Le Monde

379 000

402 000

Le Figaro

391 000

368 000

Libération

171 000

171 000

France-Soir

193 000

125 000

La Croix

98 000

90 000

L’Humanité

67 000

55 000

Finalement, seuls les secteurs de la presse économique et sportive gagnent en audience. Entre 1987 et 1997, la Tribune et les Échos ont doublé leurs ventes. Le journal l'Équipe est passé de 223 000 exemplaires en 1981 à environ 400 000 aujourd'hui.

La presse gratuite

Le 18 février 2002, à Paris et à Marseille, est apparu un quotidien d'information diffusé par un groupe suédois, Metro, et distribué par colportage. Produit du marketing de presse, il est gratuit, car entièrement financé par la publicité. Des précédents existent en Europe : en Espagne et en Italie, la presse gratuite semble avoir trouvé son public (Metro revendique plus de 400 000 exemplaires de son quotidien distribué à Milan et à Rome depuis juillet 2000) ; en Allemagne et en Suisse, en revanche, l'expérience a tourné court.

La presse gratuite met-elle en péril l'équilibre du secteur en général et le statut de ses personnels, de l'ouvrier d'imprimerie au journaliste ? Son arrivée en France a provoqué un vif émoi au sein notamment de l'Union nationale des diffuseurs de presse (messageries), du Syndicat national des journalistes CGT et parmi les kiosquiers. En matière de contenu, elle illustre la tendance, qui est aussi celle des autres médias, à cibler un public de nouveaux lecteurs en leur offrant une information courte et facile (→ gratuit.)

Les quotidiens dans le monde : un univers contrasté

Au regard de la situation internationale, la France accuse un déficit certain et se situe loin du peloton de tête où figurent le Japon, l'Australie et l'Europe du Nord. Déficit plutôt que retard : le choix des termes importe, car les disparités de diffusion dans le monde relèvent de facteurs économiques (rapport entre le PIB par tête d'habitant et le prix de la presse), de traditions et de pratiques culturelles relatives à la consommation de la presse (et des médias en général). En réalité, sauf rares exceptions, les taux de diffusion reculent partout, y compris dans les bastions suédois et finlandais. Passé l'euphorie de la période 1989-1991 en Russie et dans les pays de l'ex-bloc soviétique, la crise y est aujourd'hui prononcée.

L'Europe : la persistance du contraste Nord-Sud

En Europe du Nord, les taux de pénétration sont supérieurs à 350-400 pour 1 000 habitants (et même à 600 pour 1 000 habitants en Norvège). En Europe du Sud, ils sont tous inférieurs à 200. Indépendamment de cette coupure, on observe d'autres disparités, relatives à la nature des quotidiens et à leur tirage. Ainsi, pour une population équivalente à celle de la France, et malgré un taux d'illettrisme plus élevé, la Grande-Bretagne compte encore aujourd'hui plus de cent titres, alors que la France en a moins de soixante-dix. De plus, en Grande-Bretagne cinq titres tirent à plus de un million d'exemplaires (dont le Herald Sun, 4 millions). De leur côté, les 5 millions de Finlandais ont le choix entre plus de soixante titres, certains ayant des tirages importants, tel le Helsingin Sanomat, avec plus de 400 000 exemplaires. Même constat en Suède : pour 9 millions d'habitants, le pays compte plus de cent quatre-vingts quotidiens ! Au demeurant, le recul du taux de pénétration est un phénomène qui se généralise, y compris en Grande-Bretagne, où il est inférieur à 400 pour 1 000 (448 pour 1 000 en 1971).

C'est l'Europe latine qui accuse le plus fort déficit. Si la France occupe une position intermédiaire, avec un taux de pénétration inférieur à 150 pour 1 000, celui-ci est inférieur à 100 en Italie, en Grèce, en Espagne, au Portugal… Il y a parallélisme dans les tirages, qui se trouvent compris la plupart du temps, comme en France, entre 100 000 et 450 000 exemplaires – donc très loin des tirages des journaux britanniques ou allemands, dopés par leurs prix de vente.

Les États-Unis : la désaffection médiatique

Dans le prolongement de leur relation particulière à la presse écrite, les États-Unis comptent plus de mille six cents quotidiens, mais le taux de pénétration y est en recul par rapport aux années 1980 (269 pour 1 000 en 1987) et le taux d'attachement à la lecture a tendance à s'effondrer (78 % de la population était lectrice d'un quotidien en 1970, et 59 % seulement en 1995). Cette perte d'intérêt pour l'information affecte même les journaux télévisés du soir, dont l'audience est passée à moins de 40 %. Une telle situation soulève, outre-Atlantique comme en Europe, la question cruciale de la crédibilité des médias.

Le Japon : le pays du quotidien roi

Plus de cent vingt titres assurent, au Japon, une diffusion supérieure à 65 millions d'exemplaires par jour (soit plus qu'aux États-Unis, alors que la population y est inférieure de plus de la moitié !). Le taux de pénétration des quotidiens japonais est relativement stable (environ 575 pour 1 000). Les deux plus importants, qui se placent en tête des tirages mondiaux avec chacun plus de 10 millions d'exemplaires, sont le Yomiuri Shimbun et l'Asahi Shimbun.

L'Afrique : une presse sous surveillance

En Afrique, la pénétration moyenne des quotidiens n'est guère supérieure à 20 pour 1 000, ce qui vaut pour l'ensemble des pays en développement. Les retards de l'alphabétisation tout autant que la faiblesse du pouvoir d'achat des populations et les conditions politiques, qui ne sont pas encore favorables au plein essor de l'expression démocratique, ne font pas de l'information un produit librement accessible et consommé. Les journaux indépendants qui existent sont soumis à la censure (ou à l'autocensure) et ne peuvent garantir leur périodicité. Très souvent, c'est l'État lui-même qui détient le monopole de la presse. On voit ici l'étroite interdépendance qu'il doit y avoir entre éducation, démocratie et liberté de la presse.

L'âge d'or des périodiques et des magazines en France
La bonne santé des périodiques d'information

Jouant probablement un rôle de substitut à l'information télévisée, les périodiques tiennent un cap régulier. C'est le cas du Canard enchaîné (plus de 400 000 exemplaires en moyenne), du Monde diplomatique (200 000 exemplaires), de Courrier international (125 000 exemplaires). C'est aussi celui des newsmagazines, malgré quelques signes récurrents d'essoufflement : l'audience de l'Express, du Nouvel Observateur, du Point, de Marianne montre que le secteur reste porteur, à condition d'en renouveler le genre.

Le spectaculaire essor des magazines

L'ascension, puis la domination des magazines constituent donc l'aspect le plus spectaculaire de l'histoire récente de la presse, en France plus qu'ailleurs. Quelque 1 500 titres y sont en circulation et l'on y vend plus de 1 300 magazines pour 1 000 habitants – soit un taux supérieur à celui des Pays-Bas, de l'Allemagne et du Royaume-Uni.

La force des magazines tient à une légitimité qui ne leur vient pas de la seule information – coller à l'actualité –, mais d'un contenu identificateur spécialisé, voire hyperspécialisé (souvent lié à la notion, directe ou suggérée, de loisir, d'évasion) et savamment mis en scène. Ils profitent également de la méfiance qui s'exprime à l'égard de l'information généraliste et de l'effet de saturation que provoque une actualité trop fréquemment sombre. Ce transfert d'intérêt, favorisé par la faible augmentation des prix, explique en partie l'impasse dans laquelle se trouvent les quotidiens – qui cherchent d'ailleurs à en sortir en s'inspirant de plus en plus des recettes des magazines.

Une presse périodique de plus en plus spécialisée

La presse de télévision est un des secteurs les plus dynamiques du monde des médias écrits. Héritier de Radio-Cinéma-Télévision, Télérama (plus de 600 000 exemplaires aujourd'hui) apparut en 1960, de même que Télé 7 Jours. Ce dernier atteint aujourd'hui une diffusion de l'ordre de 2,5 millions d'exemplaires et Télé Z, de l'ordre de 2,2 millions ; Télé-Star, TV Hebdo, Télé-Loisirs et Télé-Poche dépassent le million d'exemplaires. Les titres leaders, toutefois, sont Canal Plus Magazine et TV Magazine, qui vendent chacun plus de 4,5 millions d'exemplaires.

La presse féminine est également en pointe. Le leader est l'hebdomadaire Femme actuelle (1,7 million d'exemplaires), auquel s'ajoutent des titres comme Prima, Maxi, Modes et Travaux, Avantages, Marie-Claire, Elle. Au total, 17 millions d'acheteuses sont concernées, pour une audience cumulée de 36 millions de lectrices !

Outre la bonne tenue des titres de la presse économique, plusieurs autres secteurs constituent des marchés porteurs.

Genres de magazines et lecture régulière (1989-1997)

GENRES DE MAGAZINES ET LECTURE RÉGULIÈRE (1989-1997)

Hausse

Recul

 

1989

1997

 

1987

1997

Hebdomadaires de télévision

51 %

58 %

Magazines d’information générale

15 %

13 %

Magazines de loisirs

16 %

23 %

Magazines de fin de semaine

17 %

12 %

Magazines scientifiques

9 %

10 %

Magazines culturels

10 %

7 %

Source : O. Donnat, les Pratiques culturelles des Français (enquête 1997-1998)

La presse d'indiscrétion

Influencée par la « presse people » britannique, la presse d'indiscrétion, ou « presse à scandale », connaît, depuis le milieu des années 1980, un essor fulgurant en France (comme en Italie, en Espagne ou en Allemagne), au point d'être arrivée, semble-t-il, à un seuil de saturation. Bénéficiaire d'un report des lecteurs de quotidiens populaires qui se passionnent pour la vie des gens riches et célèbres, ce journalisme n'exclut pas le voyeurisme, dont se sont fait une spécialité lucrative toute une catégorie de paparazzi. Paris-Match atteint, en moyenne, à une diffusion de 870-880 000 exemplaires ; l'hebdomadaire est suivi par des titres comme France-Dimanche et Voici (600 000 exemplaires environ), ou encore Ici Paris, Point de vue, Gala, etc.

L'évasion par le magazine

À l'heure où le temps libre est devenu un fait de société et un sujet politique, la presse d'évasion (découverte, tourisme, patrimoine…) connaît une forte progression, avec une sérieuse marge de croissance. En témoignent le succès de Géo et de Terre sauvage, ainsi que le développement de groupes à vocation régionale, voire départementale, tel le groupe Freeway (Pays de Bretagne, Pays de Bourgogne, Terre provençale…), dont les tirages se situent entre 15 000 et 30 000 exemplaires.

La manne du médium « sport »

Avec plus de cent titres recensés, la presse sportive s'adresse à des publics d'amateurs ciblés. Le marché ne semble pas saturé et les groupes ne prédominent que dans les secteurs très médiatisés (football, cyclisme, turf, rugby), tandis que nombre d'indépendants se consacrent aux sports mécaniques (Action auto-moto avoisinant les 350 000 exemplaires). Parallèlement se développent des publications dédiées à des sports en vogue (comme les sports de glisse).

4. La presse au début du xxie siècle

4.1. Presse et débat public

La fin du xxe siècle a été caractérisée par une concurrence exacerbée par la course à l'audience et à la rentabilité. La domination de l'information magazine, qui s'ajoute à l'attraction de la télévision, ne risque-t-elle pas d'entamer, à terme, la capacité de la presse généraliste et/ou d'opinion à jouer son rôle capital d'information et de forum du débat démocratique ? Il faut se garder de répondre de façon péremptoire. Notons cependant, d'une part, que les relais traditionnels de ce débat (quotidiens, news d'opinion) souffrent ou stagnent ; d'autre part, que la télévision et les nouveaux médias n'ont pas prouvé qu'ils pouvaient servir de canal central au débat démocratique – ce que la presse a largement été depuis la loi sur sa liberté de 1881.

Nous sommes donc à une croisée des chemins : l'enjeu que représente le maintien d'une presse d'information solide et diverse (soutenue par l'État) renvoie à une interrogation sur les conditions mêmes du débat politique et social en France. En effet, si la fiabilité de l'information fournie par la presse est mise en doute, cela ne signifie pas que, dans la culture politique française et aux yeux de ses publics, elle a cessé d'incarner la liberté du débat démocratique. Dès lors, on peut juger que la crise de l'information générale et politisée est un aspect de la crise de confiance à l'égard du politique, et l'on est amené à penser que le succès des magazines – d'évasion et d'indiscrétion surtout –, s'il traduit une réelle curiosité, est aussi une façon pour une opinion quelque peu déboussolée de tourner le dos aux travers et difficultés de la vie politique et économique.

4.2. Presse et démocratie

Une telle situation, toutefois, ne se compare pas à celle des pays où la démocratie est bafouée et la presse muselée. Les enquêtes de Reporters sans frontières mettent en lumière les violations répétées de la liberté de la presse. Elles font partie des violations des droits de l'homme en général dans de nombreux pays du monde, de l'Algérie à la Chine, en passant par la Turquie, laquelle, tout en souhaitant son entrée dans l'Union européenne, exige que la question kurde soit traitée dans un sens progouvernemental.

Les journalistes, dans l'exercice de leur métier, et en particulier les correspondants de guerre continuent de payer un lourd tribut au droit à l'information. En 2007, quatre-vingt-six journalistes ont été tués dans le monde (dont plus de la moitié en Iraq).

Dans les pays réputés démocratiques, où la presse est considérée comme le « quatrième pouvoir », les lois du marché et de la publicité qui s'imposent à elle peuvent mettre à mal la clause de conscience garantissant la liberté d'expression des journalistes dès lors que celle-ci contrevient aux intérêts économiques des groupes contrôlant les organes de presse. Les conflits armés créent aussi des situations complexes et ambiguës pour la liberté d'informer.

4.3. Le journal est-il soluble dans l’« hypercommunication » ?

La révolution en cours, celle du multimédia et de l'Internet, a transformé le paysage de la vie médiatique mondiale au point de poser la question de l'avenir de l'écrit sur support papier.

Un secteur en plein essor : la presse on line (« en ligne »)

Un secteur en plein essor : la presse on line (« en ligne »)



À l'heure d'Internet, la presse écrite a compris qu'elle devait, sous peine de perdre du terrain par rapport à la mondialisation de l'information en temps quasi réel, offrir des bouquets de services sur le Web et ainsi se repositionner face à un marché qui n'en est qu'au seuil de son expansion. À la suite des agences de presse, les journaux, quotidiens en particulier, se sont mis à… la page ! Déjà observé par les homologues de l'O.J.D. (Organisme de justification de la diffusion des supports de publicité) en Espagne, en Italie, en Grande-Bretagne, au Danemark et en Allemagne, le flux des connexions prouve le succès naissant de cette pratique. Plus de huit cents organes de presse peuvent être consultés « en ligne ». Les sites des quotidiens ou périodiques français les plus visités sont ceux du Monde, de Libération, de l'Express, de Courrier international et du Nouvel Observateur.

À l'heure de l'essor de la radiophonie, certains ont prédit la mort de la presse écrite ; d'autres, à l'heure de la télévision triomphante, ont affirmé que la radio serait évincée. Les uns et les autres se sont trompés. Des pans entiers de la presse écrite vivent dangereusement, certes. Mais le journal a survécu à trois siècles d'histoire et résisté aux rapides mutations économiques et socioculturelles de la seconde moitié du xxe siècle en sachant s'adapter. Aujourd'hui, tout en étant inséré sur le marché concurrentiel, chaque média a un rôle propre, qui n'en est pas moins complémentaire des autres. Il reste que l'accélération et la mondialisation de l'information, conjuguant leurs effets à ceux de la démocratisation de l'accès à l'Internet, pourraient en effet gagner un peu plus encore sur les publics de la presse écrite.

Plus généralement, la presse supporte surtout la pression de la course à la rentabilité, qui est celle de groupes tentaculaires, dominant des parts de marché de plus en plus larges. Ils entravent, de fait, l'innovation purement journalistique et certains analystes redoutent une uniformisation de l'information qui irait à terme vers la naissance d'un consommateur dépourvu de sens critique. Le débat reste ouvert. Mais, sur le long terme, il est vrai que les médias, dont la presse, ont plus ouvert de fenêtres sur le monde qu'ils n'en ont fermé. Au demeurant, la presse dépend aussi étroitement des aspirations du corps social, car c'est lui qui décide ou non de la survie de journaux qui sont, pour une part essentielle, un miroir de la société tout entière.