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papauté

(de pape, d'après royauté)

Lippo Memmi, saint Pierre
Lippo Memmi, saint Pierre

Dignité et pouvoir dont l'évêque de Rome, considéré comme pasteur suprême des chrétiens (le pape), est revêtu dans l'Église catholique romaine.

Le mot latin papatus (dérivé de papa, « père ») est un titre donné jusqu'au viie s. à tous les évêques de la chrétienté, mais plus particulièrement à celui de Rome. À partir de la fin du xie s., il désigne à la fois l'administration catholique, la curie, centralisée sous la primauté de l'évêque de Rome, et la dignité ou les pouvoirs de ce dernier, le pape, considéré comme le successeur de saint Pierre et, à ce titre, comme le chef suprême de l'Église catholique.

La création de la papauté

La succession de Pierre

Au iiie s., l'habitude est prise de considérer saint Pierre comme le premier évêque de Rome ; en fait, il semble qu'il n'y a pas eu d'évêque à Rome avant le iie s.

Le christianisme éprouvé ainsi très tôt le besoin d'assurer son unité, surtout après l'adoption d'une politique de tolérance par Constantin (313), politique qui lui permet de se développer. Il le fait, d'une part, avec les conciles que réunit l'empereur (et, en cela, dénommés « œcuméniques ») ; d'autre part, par l'affirmation, très explicite sous Damase Ier (366-384), de l'autorité de l'évêque de Rome. Ce dernier est alors considéré comme perpétuant la primauté de Pierre, le disciple dont Jésus-Christ a fait le chef du collège apostolique et auquel il a déclaré : « Tu es Pierre et sur cette Pierre je bâtirai mon Église, et les portes de l'Hadès ne tiendront pas contre elle. Je te donnerai les clefs du Royaume des cieux : quoi que tu lies sur la terre, ce sera tenu dans les cieux pour lié, et quoi que tu délies sur la terre, ce sera tenu dans les cieux pour délié » (Matthieu XVI, 18-19).

Cependant, c'est de manière progressive que le christianisme fait du pouvoir que Jésus-Christ a confié à Pierre le fondement de l'institution papale.

L'élaboration de la théorie pontificale

Dès sa création, le siège épiscopal romain dispose d’une place particulière : il est le seul évêché d'Italie et le seul siège apostolique d'Occident ; surtout, le prestige de la capitale impériale rejaillit sur lui. Que ce prestige s'évanouisse (comme c’est le cas à partir du ive s.) et le siège romain peut sombrer au rang d'un siège épiscopal ordinaire.

L'évêque de Rome Damase Ier réagit alors en élaborant la théorie de la primauté du siège romain. Son successeur Sirice (384-399) est le premier à se proclamer pape, terme qui, à partir du viie s., est réservé au pontife romain. Léon Ier (440-461) formule la thèse de la primauté lors du concile de Chalcédoine (451), car le pape est l'héritier de Pierre, non seulement prince des apôtres, mais aussi prince de l'Église universelle.

En Occident, les invasions barbares et le triomphe provisoire de l'hérésie arienne entraînent les chrétiens à serrer les rangs autour du siège romain. En Orient en revanche, berceau du christianisme, les prétentions romaines sont combattues par Constantinople, siège d'un patriarcat et capitale de l'Empire romain d’Orient (l’Empire byzantin), ainsi que par Jérusalem et, dans une moindre mesure, par Antioche et par Alexandrie, également sièges de patriarcats.

Au vie s., la reconquête d'une partie de l'Occident par l'empereur d'Orient, Justinien, porte un coup rude aux ambitions du pape. Cependant, l'invasion lombarde ruine la domination byzantine en Italie et oblige Rome, isolée, à chercher d’autres alliances en Occident. De même, l'islam, en étendant sa domination sur les grandes villes d'Orient (Jérusalem, Antioche, Alexandrie), contraint Constantinople à se détourner de l’Occident et à hisser Rome à un rang supérieur. L'histoire de la papauté commence.

La papauté, une souveraineté territoriale

La formation des États du pape

En s'appuyant sur une mythique donation de Constantin qui aurait eu lieu au ive s., la papauté obtient la reconnaissance de ses droits temporels sur une partie du territoire italien. En 756, en contrepartie de la reconnaissance de sa propre dynastie (la dynastie carolingienne), le roi franc Pépin le Bref effectue la donation de Pépin, qui « restitue » en effet au pape Étienne II les territoires italiens correspondant à l’ancien exarchat de Ravenne des Byzantins (Latium, Romagne, Ancône, etc.), dont les Lombards se sont emparés en 751. Ainsi sont jetées les bases de l’État pontifical.

En 774, la campagne de Charlemagne contre les Lombards confirme la donation faite par son prédécesseur. Ce Patrimoine de Saint-Pierre fait partie intégrante de l'Empire carolingien, même si son administration temporelle est confiée au pape. Il forme une principauté territoriale cohérente, aux frontières linéaires précises. Les pontifes héritiers de la réforme grégorienne (fin du xie s.) implantent systématiquement des châteaux et des bourgs fortifiés sur l'ensemble de leur territoire. Ces points d'appui constituent autant de centres administratifs.

Au xiiie s., l'État pontifical est suffisamment stable pour résister aux entreprises hostiles de l'empereur germanique Frédéric II. En revanche, l'installation forcée de la papauté en Avignon au siècle suivant livre l'État pontifical aux ambitions de ses voisins (Florence, en particulier) et de tout ce que l'Italie compte encore de gibelins (les partisans de l'empereur). En conséquence, l'anarchie règne dans l'État, qui n’est finalement pacifié et réorganisé dans son ensemble qu'à la fin du xve s., selon le modèle légué par Innocent III : organisation en provinces, avec un recteur et un trésorier. Au seuil du xvie s., l'État pontifical a reçu sa forme définitive.

De l'apogée de l’État pontifical au Vatican

Au xvie s., l'État pontifical est l'une des cinq puissances de l'Italie (avec Milan, Venise, Florence et le royaume de Naples). Engagé dans tous les conflits séculiers qui ont pour cadre l’Italie, l'État pontifical s'efforce de maintenir l'équilibre dans la péninsule. Sa résistance aux entreprises françaises lors des guerres d’Italie lui assure une véritable position dominante. L'État pontifical demeure un îlot de calme aux xviie et xviiie s., dans une Italie où des modifications territoriales importantes surviennent du fait de l'ascension du duc de Savoie.

Mais la Révolution française entraîne une crise brutale, religieuse d'abord, territoriale ensuite : en février 1798, les troupes françaises entrent à Rome ; l'État pontifical est supprimé, partagé entre les Républiques cisalpine et romaine. Il est restauré dans sa situation d'avant 1789 par le congrès de Vienne, en 1815. Il fait alors figure d’État conservateur. Toutefois, l'élection de Pie IX (1846), qui passe pour libéral, suscite un grand espoir chez les patriotes italiens, qui rêvent à l'unité de l'Italie autour de Rome. Espoir vite déçu : le pontife, traumatisé par la révolution de 1848, mène dès lors une politique ultraconservatrice.

L'unité italienne se fait donc sans le pape et aux dépens de l'État pontifical ; une première fois démembré en 1859-1860, ce dernier disparaît définitivement en 1870 lorsque Rome devient la capitale du nouveau royaume d'Italie. Le pape, qui conteste la perte de son pouvoir temporel, se considère comme prisonnier dans Rome, refusant toutes relations avec l'État italien. Cette situation ne prend fin qu'en 1929, lorsque les accords du Latran règlent les rapports avec l'Italie et font du Vatican (un territoire de 44 ha enclavé dans Rome) un État indépendant. Cette indépendance sauvegarde l'idée fondamentale ; le chef spirituel de la chrétienté doit, pour agir en pleine liberté, posséder un État temporel. Tel est, de nos jours, l'État de la cité du Vatican.

La papauté, une souveraineté spirituelle

La rupture entre l'Occident et l'Orient

En 1095, en prêchant la croisade en vue de reconquérir la Terre sainte (en particulier Jérusalem), Urbain II place la papauté à la tête du monde chrétien et manifeste clairement la primauté de Rome. Le concile du Latran I, tenu en 1123, témoigne du triomphe de cette idée : c'est le premier concile œcuménique tenu en Occident, sous la direction du pape.

À la fin du xiie s., Innocent III revendique la « plénitude du pouvoir » dans l'Église. Son succès est cependant limité : seul l'Occident accepte la primauté réelle du pape, et non seulement d’honneur comme c’est le cas en Orient. De fait, sans que la gravité ait été réellement perçue par les contemporains de l’événement, la rupture avec les Églises orientales est consommée depuis 1054, date du grand schisme d'Orient. La quatrième croisade, loin de réduire ce schisme, le rend définitif. Ainsi, l'affirmation de la primauté de la papauté s'accompagne-t-elle de la rupture de l'unité chrétienne.

La centralisation de l’administration

L’affirmation de la primauté de la papauté a également pour conséquence la centralisation de l'Église catholique autour de Rome, engendrant développement de la bureaucratie et organisation d'un gouvernement de l'Église, d'essence monarchique.

À la fin du xie s., le pape Urbain II crée la curie, organe administratif et judiciaire. Il accepte également que les cardinaux se constituent en collège, et fait de ce dernier un véritable organe de gouvernement : jusque-là dignitaires de l'Église, les cardinaux deviennent des conseillers politiques. Parmi eux sont choisis le chancelier, chef de l'administration, et le camérier, qui s'occupe des revenus de l’État pontifical. Au xiiie s., l'ampleur des tâches conduit à la division de la curie en sections spécialisées. Les pouvoirs du pape sont même étendus à l'administration de l'Église : en 1265, Clément IV revendique le droit de nommer à tous les bénéfices de tous les diocèses. Il s'agit, selon les papes, de soustraire les nominations aux pressions des pouvoirs locaux et aux marchandages.

La période des crises et des schismes

Parvenant difficilement à s'imposer face à un épiscopat puissant, puis livrée aux intrigues et divisions des grandes familles romaines, l'institution pontificale tenta de s'affranchir de la pression des pouvoirs laïques, notamment lors de la querelle des Investitures (1075-1122) entre le pape et l’empereur germanique. C'est d'abord l'œuvre de Grégoire VII (1073-1085), qui en vint à déposer l'empereur Henri IV. Une solution de compromis est trouvée en 1122, au concordat de Worms. Mais c'est la bulle Unam sanctam (1302) de Boniface VIII qui marque l'apogée de la reconquête de l'autorité pontificale.

Cependant, alors que les papes, du fait de l'insécurité qui règne à Rome et en Italie, décident de résider en Avignon, une grave crise éclate – le grand schisme d’Occident (1378-1403) –, au cours de laquelle la chrétienté se divise en deux, voire trois, camps qui soutiennent autant de papes différents.

Mais c'est avec la Réforme protestante que l'institution pontificale connaît son épreuve la plus radicale : elle est alors rejetée jusque dans son principe et ses prétentions apostoliques. Le réformateur Martin Luther entraîne dans sa rébellion plusieurs pays de l'Europe du Nord, tandis que l'Angleterre d'Henri VIII se sépare, elle aussi, de Rome en 1533 et que le monde helvétique suit dans la dissidence d'un côté Zwingli, de l'autre Calvin.

La Réforme catholique

Face à cette déchirure, la papauté s'engagea dans le mouvement dit de la Contre-Réforme (ou Réforme catholique), qui prend corps avec les décisions du concile de Trente (1545-1563). Bien que convoqué sous la pression de l’empereur Charles Quint, qui cherche à neutraliser l'essor du protestantisme, ce concile, décisif pour l'Église moderne, est mis en route grâce au pape Paul III. Pie V est l'un des plus ardents pontifes à en faire appliquer les conclusions.

Forte de ce renouveau, l'action pontificale consiste désormais à donner à l'Église les traits d'un véritable État, à développer les missions catholiques dans le monde entier, à lutter contre la pensée des Lumières, les courants révolutionnaires, les nouvelles idéologies politiques et sociales, notamment sous Grégoire XVI (1831-1846).

Le renouveau de la papauté

En 1870, le concile Vatican I proclame le dogme de la primauté universelle du pape et de son infaillibilité en matière de foi et de morale. Sa souveraineté temporelle se trouvant réduite au territoire exigu du Vatican à partir de 1929 (accords du Latran réglant le conflit territorial entre la papauté et le royaume d’Italie), le pape a donc la possibilité de ne plus se prévaloir que de son autorité spirituelle et pastorale.

Sous l'impulsion de Jean XXIII, le Saint-Siège réalise l'aggiornamento de l'Église avec le concile Vatican II (1962-1965), qui contribue à préciser théologiquement le rôle du pape. Celui-ci – considéré désormais, d'une part, comme évêque de Rome et patriarche latin du christianisme d'Occident, d'autre part, comme le premier des évêques de l'Église universelle – exerce son pouvoir au sein de l’Église universelle dans le respect de la collégialité épiscopale.

Dans la seconde moitié du xxe s. apparaissent avec force la question des relations entre les diverses Églises chrétiennes et celle de l'œcuménisme qui en découle. La papauté se soucie également de répondre aux besoins de son temps, tout en s'appliquant à maintenir l'intégrité de la foi transmise par les apôtres. Concevant sa mission comme celle d'un pasteur universel, Jean-Paul II est probablement le pape qui a le plus fait pour sortir l'Église de Rome des limites du Vatican en accomplissant un nombre sans précédent de voyages apostoliques. Par le nombre également exceptionnel de ses encycliques, il a proclamé la nécessité d'une « nouvelle évangélisation » du monde.

La procédure de l’élection pontificale

La fixation des modalités

Le mode d'élection du pape, élu à vie, a varié tout au long de l'histoire. Jusqu'au xie s., l'évêque de Rome était élu par les fidèles du diocèse puis par les évêques de la province romaine. Ce n'est qu'à la fin du xiiie s. (concile de Lyon II, en 1274) que le pape Grégoire X, dont l'élection avait duré plus de deux ans et demi – le Saint-Siège étant resté vacant pendant cette période –, décide la réclusion dans un local fermé : le conclave.

Depuis lors, pour procéder à l’élection du pape, les cardinaux, dont l'ensemble compose le Sacré Collège, se réunissent en conclave à Rome, dans la chapelle Sixtine, au plus tard dix-huit jours après la mort du souverain pontife. En 1970, Paul VI a décidé que les cardinaux âgés de plus de 80 ans ne seraient plus électeurs. Enfin, en 1996, Jean-Paul II a procédé à un aménagement des conditions de l'élection pontificale : les obligations de clôture et de secret au cours du conclave sont limitées ; d'autre part, l'élection du pape « par acclamation », procédure rare, est abolie ; enfin, les cardinaux ne logeront plus dans la chapelle Sixtine, mais dans la résidence Sainte-Marthe.

Le vote du conclave

Au jour fixé, les cardinaux sont enfermés dans le palais du Vatican, d'où ils ne sortiront qu'après l'élection, laquelle n'est acquise qu'à la majorité des deux tiers plus une voix. Entre-temps, les affaires urgentes de l'Église sont expédiées par le doyen du Sacré Collège, qu'assistent trois cardinaux.

Ainsi isolés du reste du monde et sous la surveillance du maréchal du conclave, les cardinaux votent quatre fois chaque jour : deux fois dans la matinée, deux fois dans la soirée. Avant chaque scrutin, ils prêtent serment sur la pureté de leur intention de vote. Ils sont également tenus, sous peine d'excommunication, au secret le plus absolu quant au déroulement du conclave. Au fur et à mesure, et tant que l'élection effective n'a pas eu lieu, les bulletins de vote sont brûlés avec de la paille humide, ce qui dégage une fumée noire. Quand le nouveau pape est élu, les bulletins sont incinérés sans paille : le panache blanc qui s'échappe alors du tuyau de poêle surmontant la chapelle Sixtine annonce la fin du conclave et l'avènement d'un successeur de saint Pierre. Quelques jours plus tard a lieu la consécration du nouveau souverain pontife.