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outrage

Parole, geste, menace, écrit ou dessin, envoi d'objet, de nature à porter atteinte à la dignité ou au respect dus à un magistrat, à une personne siégeant dans une juridiction, à un dépositaire de l'autorité ou de la force publique dans l'exercice de ses fonctions, à une personne chargée d'une mission de service public, et qui constituent une infraction. (L'outrage fait au président de la République, délit d'offense, est réprimé par la loi du 29 juillet 1881.)

Est-ce le nom moderne du blasphème ? Guère réductible à la simple insulte, l’outrage est un affront à l’honneur, une mise en cause de la dignité institutionnelle (outrage à magistrat, à agent de la force publique). S’en prendre à ce qui devrait rester hors d’atteinte, violer l’inviolable, abîmer la beauté, comme quand on parle des outrages du temps : des injures entre automobilistes n’ont pas cette dimension de gravité irrémédiable. L’outrage a la portée d’un énoncé performatif, en constituant l’action qu’il exprime, à la manière de « je promets, je jure ». Lorsqu’il n’est pas une parole mais un geste, il conserve cette même puissance de mépris envers un dépositaire de l’autorité, n’hésitant pas à bafouer une norme éthique, jusqu’à l’indécence dont témoigne l’outrage public à la pudeur.

Qualifié et sanctionné pénalement, l’outrage fait l’objet d’une définition juridique. Pourrait-on en esquisser une approche phénoménologique, décrivant la psychologie de l’auteur et les circonstances politiques et historiques entourant ses agissements ? « Il avait séduit une jeune femme de bonne famille et la gardait avec lui, et ce sont les frères de cette femme qui, exaspérés par cet outrage, mirent fin, pendant la nuit, aux jours du séducteur », cite Jacqueline de Romilly dans sa biographie d’Alcibiade. Élève de Périclès, ami des sophistes, protégé de Socrate, Alcibiade, outre sa beauté légendaire, possède tous les talents pour faire de l’outrage la quintessence de l’offense. Car le véritable outrage est loin d’être fruste. Le raffinement ne fait que mieux ressortir la grossièreté et la violence de l’avanie. Alcibiade personnifie l’insolence au point de fasciner ses contemporains. Et telle est l’ambiguïté de l’outrage sur fond de scandale, qui captive les foules. C’est le portrait de la démocratie athénienne qui se dessine alors : « Il dépouille les uns, il frappe, il séquestre, il rançonne les autres ; il montre que la démocratie n’est rien car il parle comme un conseiller du peuple et agit comme un tyran. »

Cette forme paroxystique de l’outrage souligne la signification politique inhérente à la notion : faut-il tolérer le scandale ou s’appliquer à le dénoncer impitoyablement ? Administrer et gouverner, protéger les libertés publiques, cela revient-il à transformer la vie publique en gigantesque prétoire ? Démocraties indulgentes et régimes totalitaires inflexibles ? Sous une dictature, la moindre vétille ne devient-elle pas outrage? Faut-il ruser avec lui pour le domestiquer ? L’impertinence joyeuse du carnaval ou le fou du roi illustrent cette manière d’organiser et de mettre en scène l’outrage afin d’en désamorcer la charge subversive. Insignifiant à force d’être excessif, amoindri à force d’être ludique, il perd tout relief : lorsque tout est offense, plus rien ne l’est.

Dans la France d'aujourd'hui, la recrudescence du délit d'outrage envers les forces de l'ordre est un indicateur du mal des banlieues.