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néoclassicisme

Louis David, Les licteurs rapportent à Brutus les corps de ses fils
Louis David, Les licteurs rapportent à Brutus les corps de ses fils

Le néoclassicisme se développe dans une grande partie de l'Europe, ainsi qu'en Amérique du Nord, entre les années 1760 et 1830. Son caractère principal est l'imitation ou plutôt l'interprétation sévère des formes gréco-romaines. Ce nouveau classicisme prend naissance en réaction aux outrances du rococo, prolongement tardif du baroque qui se diffuse à travers toute l'Europe (Grande-Bretagne mise à part).

Alors que s’opère au xviiie  siècle une profonde réflexion sur l'art – naissance de la philosophie de l'art, de la critique d'art (Salons de Diderot) et évolution de l'histoire de l'art qui ne se limite plus dès lors aux seules « vies d'artistes » (travaux de l'historien d'art allemand Winckelmann), l'idée de « beau idéal » est remise à l'honneur.

1. Le « beau idéal » inspiré de l'Antiquité

Les découvertes faites à Pompéi, Herculanum et Paestum font apparaître un aspect du monde romain plus familier et plus facilement transposable. Ces découvertes archéologiques nourrissent l’admiration que l’on porte alors en particulier à la République romaine. L'Antiquité en général prend valeur d'utopie, et les formes issues de l'art antique force de symbole.

Nourrie d'érudition archéologique, la recherche de pureté rejoint les préoccupations des philosophes des Lumières, qui, par un retour à la nature, à la simplicité des mœurs et à la candeur primitives, pensent transformer la société et faire naître un monde moderne.

1.1. Découvertes archéologiques

La période est marquée par une connaissance plus complète et plus précise de l'Antiquité. Celle-ci en effet se dévoile aux archéologues du xviiie s. sous des formes inconnues à ceux de la Renaissance. Ces derniers en particulier ne connaissaient l'art grec qu'à travers sa métamorphose romaine, elle-même insuffisamment étudiée.

À Rome, on n'inventoria le Palatin qu'en 1720 et les richesses du Forum restèrent à demi enfouies jusqu'au milieu du siècle. Ce furent Giovanni Paolo Pannini (vers 1691-1765) et son élève Piranèse (Antiquités de Rome,  eaux-fortes, 1756) qui donnèrent les premiers dessins notoires des fouilles du Forum .

Tivoli et la villa Hadriana furent découverts à cette époque, et les grandes collections d'antiques suscitèrent la création de musées.

Herculanum fut fouillé surtout à partir de 1738, et Pompéi après 1748. Une série de publications répandirent l'image de ces fouilles ; par exemple, en français, les Lettres sur les peintures d'Herculanum de Charles Nicolas Cochin le Fils (1751) et le Recueil d'antiquités du comte de Caylus.

1.2. Après l'art romain, l'arc grec retrouvé

Mais la source d'un vrai renouvellement du vocabulaire classique des formes fut la découverte de l'art grec. Paestum et les temples siciliens révélèrent le véritable ordre dorique, aux colonnes sans bases (on nomma romain et toscan le dorique connu depuis la Renaissance). La Grèce elle-même fut étudiée enfin : Les Ruines des plus beaux monuments de la Grèce de Julien David Leroy parurent en 1758 ; les Antiquités d'Athènes de Stuart et Revett commencèrent à paraître en 1762, subventionnées par un groupe d'amateurs londoniens, le Club des dilettantes.

Avec l'Histoire de l'art antique de Johann Joachim Winckelmann (1764) était tentée pour la première fois une description comparée de l'évolution de l'art antique et de l'art moderne, entreprise d'importance malgré certaines bases erronées.

2. Le nouveau style architectural

C'est en Grande-Bretagne que l'admiration passionnée pour l'Antiquité ressurgie marqua le plus tôt l'architecture et la décoration (→ l'art et l'architecture britanniques).

2.1. En Grande-Bretagne, de l'imitation de Palladio... au néogothique

Le « palladianisme » mis à la mode par Inigo Jones au début du xviie siècle avait abouti au classicisme teinté de baroque d'un Christopher Wren. La voie palladienne fut suivie par lord Burlington (1694-1753), construisant à partir de 1730 le bâtiment de l'Assemblée à York, réalisation d'un dessin de l'Italien Palladio lui-même repris du Romain Vitruve.

Mais, vers le milieu du xviiie siècle, apparaissent les signes d'une transformation du goût dont Robert Adam fut le principal responsable. La grande galerie et le portique d'entrée de Syon House, commencés en 1761, sont remarquables par une légèreté et une élégance fantaisistes ainsi que par le charme très pompéien de la décoration intérieure. Archéologue, Adam est connu pour sa publication des ruines du palais de Dioclétien à Spalato (aujourd'hui Split, en Croatie).

À la fin du xviiie siècle et au début du xixe, un autre architecte incarne, au moins en apparence, le néoclassicisme, sir John Soane qui fit le voyage de Rome, connut peut-être Piranèse et visita Paestum ; sa manière est marquée par l'usage du dorique et de pilastres d'une telle simplicité qu'on surnomma « ordre béotien » ceux de la Dulwich College Art Gallery, près de Londres (1811-1814).

Sans doute fut-il influencé par des théories en honneur à son époque, selon lesquelles l'architecture antique tenait sa noblesse de ses origines naturelles. Ainsi, l'Essai sur l'architecture de l'abbé Marc Antoine Laugier (1753) voulait rendre aux ordres un rôle purement fonctionnel – état d'esprit dont Palladio, pourtant, était bien éloigné. Ce souci de revenir à la nature originelle et, contradictoirement, la complication des rapports spatiaux dans son œuvre font de Soane un romantique avant la lettre.

John Nash, auteur de la partie la plus ancienne de Regent Street, à Londres, et de nombreux hôtels de Regent's Park, se situe dans une tradition plus classique ; mais, éclectique, il construisit aussi en style gothique, dont la mode battait déjà son plein au début du xixe  siècle en Angleterre.

2.2. L’architecture française

En France, vers 1760, une génération d'architectes remet à l’honneur la tradition classique. Parmi eux, Germain Soufflot connaissait les chantiers archéologiques d'Italie. Chargé, en 1755, des plans de l'église Sainte-Geneviève à Paris (le Panthéon), il la couronna d'une coupole où le souvenir de celle de Saint Paul de Londres est évident. L'idée de redonner aux ordres une valeur fonctionnelle a certainement présidé au projet : la coupole devait reposer sur des colonnes – qu'on dut remplacer par des piles pour des raisons de solidité.

Les formes cubiques sans toit visible, les portiques dominés par des entablements droits – et non plus des frontons –, les façades peu mouvementées, aux avant-corps peu marqués, se retrouvent dans les œuvres de Jacques Ange Gabriel (au château de Compiègne, au Petit Trianon), à l'hôtel des Monnaies à Paris, de Jacques Denis Antoine (1733-1801), au théâtre de l'Odéon de Marie-Joseph Peyre (1730-1785) et Charles de Wailly (1729-1798).

Cette exigence de simplicité et de logique s'accompagne d'une tendance à la mégalomanie, très sensible au niveau des projets (sur lesquels les visions architecturales de Piranèse eurent une forte influence), mais aussi à celui des réalisations, surtout vers 1780.

Les proportions monumentales sont accentuées par les effets de perspective, les gradins, les colonnades – ainsi au théâtre de Bordeaux de Victor Louis (1731 ?-vers 1811), premier théâtre construit en France comme un bâtiment indépendant (1780).

Claude Nicolas Ledoux est par excellence le représentant de cette tendance au grandiose : les Salines d'Arc-et-Senans sont une ville industrielle idéale, comprenant tous les bâtiments nécessaires à l'habitation, à l'éducation, au travail, aux loisirs. Ce qui en a été réalisé (1775-1779) impressionne par la monumentalité, la solidité rustique de l'appareil, qui fait une large place aux contrastes d'ombres et de lumières.

Un autre visionnaire, Étienne Louis Boullée (1728-1799), que la Révolution empêcha de construire, a poussé encore plus loin l'utopie architecturale.

Sous Napoléon Ier, Percier et Fontaine, comparés à leurs prédécesseurs, font figure d'honnêtes exécutants d'un répertoire artistique déjà bien connu.

2.3. Diffusion des influences

Le néoclassicisme se répandit dans l'ensemble de l'Europe, et le cheminement des influences est parfois difficile à apprécier. L'Angleterre est-elle à la source du néoclassicisme français ? Il est plus probable que l'influence anglaise joua dans les années 1770 et 1780 (époque de la construction du château de Bagatelle par Bélanger).

Le mélange des influences françaises et italiennes s'exerça sur de nombreux pays. Le style Catherine II, en Russie, et le style Stanislas II Auguste, en Pologne, en furent les résultats. La version prussienne fut illustrée par Friedrich Gilly (1772-1800) et Karl Friedrich Schinkel (1781-1841).

Aux États-Unis, le Français Charles Louis Clérisseau (1721-1820) fut le conseiller du président Thomas Jefferson, dont le Capitole, à Richmond, est une adaptation de la Maison carrée de Nîmes : le temple antique devenait un modèle conventionnel d'édifice public.

3. Les nouveaux idéaux et la peinture

Beaucoup plus sensible encore est la transformation du style pictural, liée d'ailleurs à celle de l'architecture.

3.1. Jacques Louis David, le chef de file

Une colonnade dorique sert de fond aux personnages du Serment des Horaces ; la scène des Amours de Pâris et d'Hélène se détache sur une série de caryatides jumelles de celles de l'Érechthéion : David, élevé dans un milieu d'architectes, leur a demandé conseil pour ses tableaux. C'est lui, beaucoup plus que le Français Joseph Marie Vien (1716-1809), son maître, ou l'Allemand Anton Raphael Mengs (1728-1779), qui consacra le nouveau style, dont le Serment des Horaces (1784) apparaît comme le manifeste.

Les architectures ne sont pas de simples accessoires, mais elles rythment la composition ; celle-ci rappelle les frises antiques par la disposition longitudinale, l'éclairage latéral et la vigueur du contour. La sobriété du coloris, inspiré de celui de la fresque, s'accompagne d'une stylisation sans précédent dans la peinture du xviiie  siècle. L'effet de tension, obtenu souvent par une composition binaire, traduit également un climat nouveau : la peinture de David est militante ; elle reflète son idéal politique, qui prêtait les plus hautes vertus à la République romaine. La philosophie et la critique d'alors soulignent l'importance morale que l'on accordait à la peinture.

La référence à la grandeur romaine se retrouve chez Prud'hon, mais dans un style qui doit plus au premier xviiie siècle. Son goût de l'allégorie est un autre aspect de l'état d'esprit néoclassique, renforcé par la Révolution française, qui donnait une valeur symbolique à tout ce qui pouvait suggérer l'avènement de l'État parfait.

Le néoclassicisme a orienté la fin du xviiie siècle vers de nouvelles formes des pensée, qui annoncent des comportements différents. Tout ce qui change durant cette période, l'homme, l'art, la société, en France et en Europe, porte en germe le siècle suivant. La Révolution – dont les grandes fêtes patriotiques sont conçues et mises en scène par David – n'a pas interrompu l'évolution de l'art ; le néoclassicisme se poursuivra à travers le style Directoire et le style Empire, eux aussi « antiquisants », avec pour le premier un peu plus de puritanisme, et pour le second le service exclusif de la volonté impériale.

3.2. Contradictions – aux marges du romantisme

La raison et la froideur sont souvent considérées comme des caractéristiques néoclassiques. Mais l'« uniforme » antique ne doit pas faire oublier les tensions qui animent l'art de cette époque : le rationnel et l'imaginaire, l'équilibre et le paroxysme apparaissant tour à tour, parfois, dans l'œuvre d'un même artiste.

Il en est ainsi avec l’œuvre du sculpteur Canova, qui, pour certains, n'est qu'une surenchère de la statuaire antique, mais présente des exemples d'une rare violence (c'est le cas du groupe d'Hercule et Lichas).

Au-delà de l”unité de style que le xviiie siècle a longtemps recherchée et dont il a trouvé le fondement dans l'Antiquité, l'aube du xixe  siècle a aussi sa face nocturne. Le grand peintre espagnol Goya tour à tour l'éclaire ou l'assombrit. Dans ces marges figurent aussi le Suisse Johann Heinrich Füssli (1741-1825), au dessin assez proche de celui de David, mais qui préfère les sorcières aux héros de l'Antiquité, et le peintre et poète mystique anglais William Blake. Pour résoudre les contradictions de ces temps bouleversés, les artistes entrèrent souvent dans les jardins de l'utopie, l'univers du romantisme, avant que ne leur succèdent ordre bourgeois et éclectisme.