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la monarchie britannique depuis le xxe siècle

Élisabeth II
Élisabeth II

1. Déclin de l'influence politique mais consolidation du prestige

1.1. Victoria

Sous le long règne de Victoria (1837-1901), l'autorité royale continue à céder le pas à la démocratisation parlementaire et au pouvoir du cabinet dirigé par le Premier ministre, chef de la majorité de la Chambre basse de Westminster.

La souveraine, qui ne l'est donc plus guère qu'en titre, remplit essentiellement une fonction de représentation : elle symbolise la puissance, alors de premier plan, du pays, l'unité du royaume, des trois Couronnes qui le composent (Angleterre, Écosse, Pays de Galles), des territoires qui lui sont rattachés (Irlande du Nord, Canada, Australie et Nouvelle-Zélande).

Impératrice des Indes depuis 1876, elle préside de façon honorifique aux destinées d'un empire qui, étendu en Afrique et en Asie, couvre en définitive près du quart du globe.

Enfin, elle est à la tête de l'Église établie, l'Église anglicane, qui donne le ton aux normes sociales et valeurs morales du pays, et que son comportement privé érige en exemple (on parle de « victorianisme »). Malgré le déclin de ses prérogatives politiques, et le long retrait de la vie publique qu'elle s'impose après la mort, en 1861, de son époux, le prince Albert, la souveraine gagne en vénération populaire, tandis que l'institution qu'elle incarne conserve son aura.

Pour en savoir plus, voir l'article Empire colonial britannique.

1.2. Édouard VII, George V, George VI

La contradiction entre pouvoirs réels et autorité morale demeure au xxe siècle. Les monarques britanniques pèsent de peu de poids dans la vie politique du pays. Ainsi Édouard VII, dès 1906, est contraint de régner avec une majorité et un gouvernement « lib-lab » (alliance des libéraux radicaux et des travaillistes). George V, dès 1924, ne peut qu'accepter des Parlements et des cabinets dominés par les travaillistes. Quant à George VI à l'issue de la Seconde Guerre mondiale, il est forcé d'entériner la politique de socialisation du gouvernement Attlee. Mais, privés de pouvoirs, ils n'en apparaissent que plus proches du peuple, à l'instar de la princesse Alexandra, épouse d'Édouard VII, dévouée pour ses enfants et attentive aux plus démunis.

De même, le courage de George VI et de sa femme, feu la reine mère, lors de la Seconde Guerre mondiale, restaurent l'image d'une monarchie quelque peu ternie par l'abdication d'Édouard VIII en 1936. Les visites du couple royal aux blessés, au même titre que leur choix de rester à Londres au milieu de leurs sujets, incarnent l'idéal national et contribuent à renforcer l'esprit de résistance aux nazis des Anglais. Par ailleurs, les Britanniques savent gré à George VI de respecter scrupuleusement les limitations de pouvoir de l'autorité royale et d'accepter le choix de la majorité des électeurs en faveur des nationalisations travaillistes et de la mise en place d'un système de sécurité sociale.

Proche du peuple, incarnant l'unité et les valeurs dominantes de la nation, acceptant les choix politiques du pays, la famille régnante préserve cependant sa noblesse ; en effet, la représentation royale ne manque pas d'éclat : faste et cérémonial, étiquette et protocole très stricts, respect des vieilles traditions et conformation aux valeurs victoriennes régissent la vie des altesses. D'où le coup de tonnerre dans l'horizon bien établi des usages lorsqu'en 1936 le nouveau roi, Édouard VIII, fait part de son désir d'épouser une Américaine divorcée, Mrs. Wallis Simpson. L'Église d'Angleterre s'y oppose, tout comme le Premier ministre Stanley Baldwin et la classe politique, qui s'inquiètent des tendances autoritaires du monarque. Ce dernier préfère finalement abdiquer plutôt que de renoncer à son mariage.

Si l'on peut parler de pouvoir royal, il s'agit d'autorité morale, de la force d'un symbole et du poids d'une tradition incarnés. Or, que devient cette légitimité symbolique quand ses bases – normes et valeurs – volent en éclats ? Là résident les contradictions du règne d'Élisabeth II.

2. Le long règne d'Élisabeth II

2.1. Une figure prestigieuse

L'actuelle souveraine, Élisabeth II, qui succède à son père George VI mort prématurément en janvier 1952, est sacrée le 2 juin 1953 reine « par la grâce de Dieu » du « Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d'Irlande du Nord, et des autres royaumes et territoires », et de quatorze autres nations. Elle est de droit à la tête du Commonwealth of Nations qui regroupe aujourd'hui, outre le Royaume-Uni, 53 États indépendants. Elle est aussi, en tant que « défenseur de la foi », « gouverneur suprême » de l'Église d'Angleterre.

Tout comme ses prédécesseurs, elle nomme les Premiers ministres, se contentant de choisir le leader du parti majoritaire à la Chambre des communes ou se rangeant à l'avis de leurs membres les plus influents en cas de conflits : c'est ainsi qu'elle a nommé Harold Macmillan en 1957 puis lord Home en 1963.

Si, en tant que chef de l'État, elle ne dispose d'aucun pouvoir décisionnel, elle veille à être informée de tout, conserve la possibilité de mettre en garde le gouvernement, bien que dans les faits elle se contente de lire chaque année le discours-programme du trône que lui soumet le Premier ministre et d'apposer sa signature à la liste des personnalités à anoblir ou honorer. Mais, compte tenu de la durée de son règne – alors que les Premiers ministres se succèdent –, elle a acquis une expérience du monde politique qui lui octroie une certaine influence.

2.2. Dans un monde et une nation qui changent

Il n'empêche que les prérogatives officielles et surtout honorifiques de la monarchie poursuivent leur déclin. La Couronne a perdu l'Inde en 1947. En 1948, l'Irlande échappe au contrôle (formel) de l'autorité royale de George VI en se détachant d'un Commonwealth destiné à réunir la métropole et les anciens dominions autour de la personne royale et, à travers elle, de Londres, de sa City, ainsi que de ses influences politiques et diplomatiques. Mais c'est sous le règne d'Élisabeth II que se produit l'effondrement véritable de l'Empire colonial britannique, qui débute avec le Ghana en 1957.

Certes, le Commonwealth, toujours présidé par la reine, est élargi aux anciennes colonies devenues indépendantes. Reste que les liens entre Londres et les autres capitales se distendent. Pendant longtemps, les altesses britanniques ont été accueillies avec faste dans les nations membres, mais, avec les années, les comportements ont changé. De surcroît, la Rhodésie quitte le Commonwealth en 1964 ; le Canada rapatrie sa Constitution en 1982, ne gardant que des liens symboliques avec la mère patrie ; l'Australie parle aujourd'hui de régime républicain. Enfin, en 1988, le Parlement britannique projette de transformer les structures de cet ensemble lâche de liens tissés autour de la personne royale pour doter cette communauté d'1,6 milliard d'individus d'un chef élu : certes, la reine assumera jusqu'à la fin de son règne son rôle de chef du Commonwealth, mais il n'en sera sans doute plus de même pour son successeur.

2.3. Symbole de tradition et de continuité ?…

Les réformes de dévolution du pays de Galles et de l'Écosse (1997), destinées à contenir les velléités sécessionnistes de ces deux nations, ne font par ailleurs qu'accroître les pressions indépendantistes locales.

Les réformes de Tony Blair destinées à moderniser le pays consistent en fait à sacrifier la Couronne pour sauver les vestiges ébranlés de l'Union et les liens distendus entre la métropole et son ancien empire. Resurgit le débat – que la publication de l'étendue de son patrimoine (3 milliards de livres) ne fait qu'envenimer – sur l'utilité de financer une monarchie qui, en définitive, ne joue plus un grand rôle. En 1991, la somme de 10 millions de livres par an lui est concédée pendant une décennie, en échange de quoi elle est désormais soumise à l'impôt. La reine fait front, et cherche à préserver ce qui lui reste de fonction, fidèle en cela aux maximes assénées aux jeunes prétendants : Never Complain, Never Explain (« Ne jamais se plaindre, ne jamais expliquer ») et I serve (« Je sers »). Le pouvoir symbolique est-il encore suffisant pour résister à tous les assauts qui se déclenchent contre la maison royale ?

Après son mariage avec le prince Philip en 1947, dans le contexte des difficultés de l’après-guerre, le couronnement d'Élisabeth en 1953 atteste la conjonction entre l'éclat traditionnel de l'institution monarchique et l'attachement populaire manifesté à la famille royale ; la publicité faite autour de la vie idéale de la famille royale a pendant longtemps constitué un pôle de stabilité dans un pays et une société en plein bouleversement. Le populaire jubilé d'argent de la reine en 1977, célébré en plein marasme économique et social, témoigne de l'attachement des Britanniques à l'idée d'une certaine grandeur incarnée par la souveraine. Mais l'évolution du royaume finit par rattraper la famille royale. Ses écarts par rapport à la norme traditionnelle n'échappent plus au poids accru de la médiatisation ; de symbole de la nation, ses représentants deviennent des éléments, prestigieux certes, mais parmi d'autres, d'un star system mondial.

2.4. … ou d’un désenchantement populaire croissant ?

Si le mariage du prince Charles avec la jeune aristocrate Diana Spencer, en 1981, est suivi avec enthousiasme par les Britanniques plongés dans une profonde récession économique, le conte de fées fait long feu et les démêlés conjugaux du couple princier ne tardent guère à être dévoilés au grand jour, en dépit des efforts de la reine. Mais, soutenue par la population dans ses relations difficiles avec la famille royale, appréciée pour ses qualités humaines et son implication dans des actions humanitaires (enfants martyrs, malades du sida, lutte contre les mines antipersonnel…), Diana bénéficie d'une grande popularité. De fait, Lady Di, promue Princesse du peuple par le Premier ministre Tony Blair lors de son éloge funèbre le 6 septembre 1997, fait figure d'altesse « moderne ».

Quant à Andrew, deuxième fils de la reine, duc d'York, il se marie avec une roturière divorcée, Sarah Ferguson. Un demi-siècle plus tôt seulement, pareille mésalliance aurait été inconcevable.

À cet égard, l'année 1992 a pu être qualifiée d'annus horribilis pour la reine : château de Windsor en feu, annonce de la séparation de Charles et Diana (suivie de celle du divorce deux ans plus tard) et, dans la foulée, divorce et remariage d'Ann, fille de la reine, échec du mariage d'Andrew et de Sarah. Les Britanniques, excédés par les écarts de comportement d'une famille censée incarner un idéal, le tout aux frais du contribuable, se posent la question du coût de la monarchie.

La réaction tardive et froide de la reine à la mort accidentelle de Diana le 30 août 1997 à Paris, qui a soulevé une intense émotion dans tout le pays et au-delà des frontières, assombrit l'image d'une monarchie en complet décalage avec son temps. Jusque-là épargnée, Élisabeth voit sa popularité s'effondrer : 72 % des Britanniques la jugent trop distante, 53 % souhaiteraient la voir abdiquer en 2001, à ses 75 ans, et 60 % voudraient que le prince Williams, fils aîné de Charles et Diana, hérite du trône. Si la monarchie n'est donc pas vraiment remise en cause, il ressort que les Anglais attendent d'elle un changement de comportement.

2.5. Des réformes pour renouer les liens

Aidée de nouveaux et habiles conseillers en communication, sous l'égide ambiguë de T. Blair, la monarchie s'est lancé ce nouveau défi. De nombreuses réformes de l'institution sont engagées : entre autres, abrogation de la clause anticatholique qui interdit à l'héritier de la Couronne d'être catholique ou d'épouser une catholique ; séparation de l'Église et de l'État, en mettant fin notamment à la primauté du souverain sur l'Église d'Angleterre. Le prince Charles lui-même rentre peu à peu en grâce auprès de ses sujets qui semblent accepter l'idée de son remariage avec celle qui est sa maîtresse depuis 1970, Camilla Parker-Bowles.

Les noces du dernier fils de la reine, Édouard, avec la roturière Sophie Rhys-Jones le 19 juin 1999, célébrées dans un faste plus simple, augurent mieux de l'avenir.

C'est dans un même esprit qu'Élisabeth II célèbre en 2002 le cinquantième anniversaire de son règne. La mort de la princesse Margaret, puis celle de la très respectée reine-mère au début de l'année, assombrissent la préparation des festivités mais raffermissent le lien entre les sujets et leur reine, qui, comme ses enfants, n'a pas caché son affection. Il semble même que, par un étrange paradoxe, le décès de la pensionnaire centenaire de St James Palace ait rajeuni l'image des Windsor. Dans l'épreuve, les Britanniques se réconcilient avec la famille royale : à l'issue d'un enterrement à la fois solennel et chargé d'émotion, plus de 50 % de l'opinion lui accordent leur soutien, et les jeunes sont plus nombreux encore à le faire. Le rejet majoritaire d'une monnaie (l'euro) qui ne porterait pas l'effigie de la reine est un témoignage supplémentaire du changement de regard porté par le pays sur l'institution comme sur la personne du monarque.

2.6. Un prestige restauré et raffermi en fin de règne

Autre signe de ce retour en grâce : malgré de nouvelles révélations sur les dessous peu reluisants des Windsor (affaire du procès du majordome de Diana à la fin 2002, rumeurs de scandale sexuel propagées par un ancien valet de Buckingham Palace un an plus tard, frasques à répétitions du prince Harry), l'annonce, en février 2005, de l'union de Charles et de Camilla Parker-Bowles ne soulève aucun tollé, bien au contraire. Il est vrai que, depuis 2002, l'Église anglicane autorise le remariage de divorcés. Et que par ailleurs la nouvelle épouse sera faite duchesse de Cornouailles, et non princesse de Galles. En signe de désapprobation, néanmoins la reine n'assiste pas à la cérémonie privée, qui se déroule le 9 avril 2005 au château de Windsor.

Nouvelle preuve du renouveau de l'attachement des sujets à l'égard de la monarchie : la popularité, en 2006, des cérémonies en l'honneur du 80e anniversaire de la souveraine, que ne semble affecter nullement la sortie en fin d'année du film The Queen, peinture acerbe de l'institution royale et de ses principaux représentants par le cinéaste Stephen Frears.

En outre, l'institution cherche à se mettre à l'heure des jeunes et au goût du jour : ainsi une page Internet est-elle ouverte, tandis que le traditionnel message télévisé de Noël de la souveraine est diffusé sur le site YouTube, et que circulent désormais les courriels qu'elle adresse à ses petis-enfants…

Attachée à combler le fossé qui la sépare de ses sujets, mais soucieuse de ne jamais se départir de la distance courtoise qu'elle estime seoir à la fonction qu'elle incarne, Élisabeth II trouve les mots justes dans son message de Noël 2008, quand elle manifeste considération et sympathie pour les victimes de la crise économique, et qu'en pleine tourmente financière, évoquant les épreuves du passé, elle en appelle à leur courage. Elle-même se met à l'unisson en restreignant ostensiblement ses propres dépenses et celles de sa famille.

Aussi sa popularité atteint-elle un sommet après le G20 de Londres d'avril 2009, qu'elle préside en tant que doyenne des chefs d'État présents : alors que nombre d'institutions britanniques (banques, justice, Parlement, Église) sont affectées par toutes sortes de scandales, la monarchie, garante de stabilité dans un monde plus que jamais en mutation, et de toute évidence désorienté, semble « restaurée ».

En témoigne aussi le succès du film oscarisé Le Discours d’un roi retraçant le combat contre le bégaiement du père de la reine, George VI, et l’engouement durablement suscité par le mariage du fils aîné de Charles et Diana, William, et de sa compagne, la riche et élégante roturière Kate Middleton, à la fin d’avril 2011 (1 million de sujets massés pour assister à l’événement, 2 milliards de téléspectacteurs), ainsi que, depuis lors, la popularité jamais démentie du jeune couple héritier.

En outre, les problèmes de santé subis par le nonagénaire prince Philippe en décembre 2011 font naître dans la population une sensible vague de sympathie, tandis qu'Élisabeth II fête le 6 février 2012 le 60e anniversaire de son accession au trône puis au début de juin, officiellement, dans la liesse, la solennité, un certain faste mais aussi l’austérité qui sied aux temps difficiles traversés par le Royaume-Uni, son jubilé de diamant. Juste avant que ne débutent les Jeux olympiques de Londres qu’elle ouvre… La « Firme », ainsi qu’appelait George VI la famille royale, n’en apparaît donc que plus fermement ancrée dans les institutions, le paysage et les cœurs du pays.

Pour en savoir plus, voir les articles Grande-Bretagne : histoire, Grande-Bretagne : vie politique depuis 1979.