mimêsis
(gr mimêsis, imitation)
Terme tiré de la Poétique d'Aristote, qui définit l'œuvre d'art comme une imitation du monde tout en obéissant à des conventions.
LITTÉRATURE
Ce terme grec, qui signifie représentation, imitation, a connu une faveur singulière dans les théories de l'organisation politique comme dans la théorie de l'art. Dans l'éducation grecque, il y a une mimêsis à deux faces : l'une positive qui consiste à imiter l'ordre, le rythme, l'harmonie des adultes, des sages, du système religieux et politique (pour y trouver sa place et conforter l'ensemble) ; l'autre, négative, qui réside dans l'expérimentation provisoire et rituelle d'un monde extérieur à la culture (le mime de l'ourse des fillettes athéniennes, le « temps du renard » des garçons spartiates), et qui joue le rôle d'un « vaccin » à l'égard des déviances et des perversions qui menacent l'homme et la cité.
Platon (République, III) oppose le récit « simple » au récit « par mimêsis ». La mimêsis platonicienne éloigne ainsi l'œuvre d'art de deux degrés du modèle idéal : l'art est « imitation de l'imitation, éloignée de deux degrés de ce qui est » (République, X, 596 a-597 b). L'art est une activité de sophiste, la copie d'une copie.
Pour Aristote (la Poétique), la mimêsis est une activité qui apprend quelque chose sur le monde par l'intermédiaire de la « mise en intrigue » (muthos). Elle ne cherche pas à refléter l'univers des idées, mais à représenter l'action (praxis) humaine à travers la reconstitution d'une séquence d'événements. Représentation d'action, la mimêsis trouve par excellence son lieu dans l'action dramatique : Homère n'est jamais si bon poète épique que lorsqu'il s'efface derrière ses personnages qui occupent « le devant de la scène » (la Poétique, 48 a).
Paul Ricœur (Temps et Récit, I, 1983) définit une triple mimêsis à travers le parcours d'un temps préfiguré (mimêsis I) à un temps refiguré (mimêsis III) par la médiation d'un temps configuré (mimêsis II, proprement aristotélicienne) : ce qui suppose que « le récit atteint sa signification plénière quand il devient une condition de l'existence temporelle » – et que la sémiotique s'achève en herméneutique.