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migrations humaines

Déplacement volontaire d'individus ou de populations d'un pays dans un autre ou d'une région dans une autre, pour des raisons économiques, politiques, culturelles ou religieuses.

Les migrations internationales ont pris dans le monde contemporain une ampleur inédite. Plusieurs séries de facteurs peuvent expliquer ce phénomène. Certaines causes des migrations relèvent de l'économie, notamment lorsque les travailleurs cherchent à profiter des meilleures possibilités d'emploi à l'étranger ; d'autres causes ont un caractère social, par exemple dans le cas des familles qui rejoignent le chef de famille lui-même déjà émigré ; de plus en plus souvent, les migrations sont consécutives à des guerres, des conflits ou des catastrophes naturelles.

Les migrations ne sont cependant pas seulement une conséquence d'une situation économique ou politique, ou encore d'un phénomène dramatique : elles sont l'un des constituants mêmes de la mondialisation de l'économie. Ainsi, la Banque mondiale estime que « la migration internationale n'est pas seulement un facteur de concurrence dans la fabrication des produits destinés au commerce, elle est au centre du commerce international des services » (International Migration and International Trade, 1992).

Caractéristiques générales

Alors que l'Organisation internationale du travail (O.I.T) estimait à 45 millions le nombre de migrants en 1965, l'Organisation internationale des migrations (O.I.M.) estimait que « plus de 150 millions de migrants internationaux ont célébré l'avènement du nouveau millénaire en dehors de leur pays d'origine » (état de la migration dans le monde en 2000). Ce chiffre prend en compte une estimation, forcément très approximative, des migrants clandestins, mais exclut les touristes. En effet, un migrant international est un individu qui choisit de s'établir dans un pays étranger ou y est contraint, et le départ de son pays d'origine revêt un caractère sinon définitif, du moins de longue durée.

Selon les Nations unies, le nombre des migrants internationaux croît rapidement : 75 millions de personnes en 1965, 84 millions en 1975, 105 millions en 1985, 120 millions en 1990. La population migrante a crû en valeur absolue, mais également en valeur relative, puisque, de 1985 à 1990, elle a augmenté de 2,59 % par an, contre 1,7 % pour la population mondiale totale. Le nombre de pays d'émigration est passé en trente ans de 29 à 55, celui des pays d'immigration de 39 à 67, tandis que 15 pays (tels que l'Inde, l'Indonésie ou le Mexique), contre 4 en 1965, sont désormais considérés comme des pays à forte immigration et émigration. La plus grande part de ces migrations a eu un caractère forcé.

Le tableau des migrations internationales contemporaines est devenu d'autant plus complexe que les lois restrictives prises par certains pays d'immigration ne modifient pas l'ampleur des mouvements, mais plutôt la direction et la composition des flux. Ainsi, les modifications des emplois des travailleurs immigrés – de plus en plus de femmes émigrent pour travailler – ou les politiques de regroupement familial ont entraîné une hausse de la part relative des femmes dans l'ensemble de la population migrante mondiale : elles représentent désormais 47,5 % du total, 50 % des migrants internationaux à destination des pays développés et 46 % vers les pays en développement (avec un taux particulièrement faible vers les pays du Moyen-Orient, dont les lois dissuadent, ou interdisent le regroupement familial pour certaines catégories de travailleurs). Il n'existe que peu de données concernant la traite des femmes et des enfants pour la prostitution, qui est sans doute en augmentation rapide ; on estime que quelque 15 000 jeunes filles seraient envoyées chaque année du Népal vers l'Inde à des fins de prostitution. La diversité des situations est donc très grande. La plupart des migrations se produisent à l'intérieur même d'un continent ; en Asie, par exemple, 90 % des migrants ne quittent pas le continent.

Typologie des mouvements migratoires

Quatre critères principaux permettent d'opérer une typologie des mouvements migratoires : la cause du départ, le degré de qualification des personnes concernées, la durée des séjours, et la situation des migrants au regard des pays d'accueil.

Motivations du départ

La classification des migrants ne rend pas compte des causes profondes qui ont motivé leur départ. Les diverses explications qui sont données par les différentes écoles – économiques, politiques, sociologiques – ne sont pas forcément contradictoires entre elles, et mettent en général l'accent sur un aspect précis des migrations internationales.

Ainsi, selon les économistes néoclassiques, les migrations trouvent leur cause essentielle dans les différences de salaires et de conditions générales de travail entre les différents pays ; le travailleur migrant est ainsi celui qui cherche à maximiser son revenu. Cependant, cela n'explique pas de façon satisfaisante pourquoi ce ne sont pas les plus pauvres qui quittent leur pays. Aussi ne s'agirait-il pas tant de maximiser son profit que de minimiser les risques encourus en restant dans un pays où les perspectives de développement sont médiocres ; en général, les candidats au départ ont un revenu suffisant pour espérer pouvoir s'établir à l'étranger, et ils ne sont donc pas les plus démunis d'une société donnée.

D'autres théories visent à donner des explications macroéconomiques : la mondialisation des flux de marchandises s'appliquerait avec logique aux travailleurs, qui constituent eux aussi une marchandise, certes guidée par des lignes d'échange sans doute plus complexes que les matières premières ou les objets manufacturés ; les travailleurs migrants se déplaceraient donc en fonction des opportunités offertes par le marché global. Une autre explication de caractère macroéconomique prend en compte la dimension sociologique : le désir du patronat de ne pas augmenter les salaires les plus bas pousse les autochtones à éviter les emplois les moins rémunérés, ce qui encourage alors le patronat à agir pour permettre l'arrivée de travailleurs immigrants prêts à accepter ce genre d'emplois. Ce schéma explique assez largement le type d'immigration dans un pays comme la France des années 1950-1975.

Groupes de migrants

Les motivations du départ permettent d'établir diverses distinctions. Les différents groupes de migrants sont soumis à des réglementations différentes en fonction de la raison de leur présence dans le pays d'accueil.

Réfugiés et demandeurs d'asile

Les réfugiés politiques sont ceux qui ont fui un régime qui menaçait leur vie ou la rendait difficile, voire insupportable, pour des raisons de persécutions raciales, religieuses, ethniques ou politiques. Le phénomène concerne particulièrement les pays à régimes dictatoriaux et ceux où une forte pression politique ou religieuse s'exerce sur les individus. Ces réfugiés bénéficient d'un statut spécial, régi par la Convention de Genève de 1951.

D'autres réfugiés ont dû, à un moment donné, brusquement en général, fuir leur pays pour aller se mettre à l'abri dans un autre pays, à la suite d'un conflit intérieur ou d'une guerre étrangère. La Convention de 1951 s'applique également à leur cas. La demande d'asile est un phénomène relativement important aujourd'hui en raison de la multiplication des conflits régionaux.

En 2000, le nombre total de réfugiés était, selon le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (H.C.R.), de 22,3 millions de personnes dans le monde (incluant les réfugiés politiques).

Migrations de caractère économique

Les migrations de caractère économique sont plus importantes que les précédentes. Il en existe des types variés mais ayant tous un élément commun : ce sont des migrations qui ont pour but d'améliorer la situation matérielle des personnes migrantes. Le plus souvent, elles concernent des salariés soit de qualification faible ou modeste, soit de qualification élevée. Pendant longtemps, on a ainsi distingué les « bras » et les « cerveaux » dans ces migrations de travailleurs salariés, mais, outre qu'elle est trop abrupte, cette distinction est peu judicieuse car il existe de nombreux cas intermédiaires. Les migrations concernent aussi des entrepreneurs, en particulier des commerçants, des artisans, des hommes d'affaires, particulièrement dans le cas des diasporas comme celles des Chinois, des Indiens et des Libanais.

Migrations liées au milieu

À mi-chemin des migrations pour raison économique et des départs pour s'assurer d'un refuge, les migrations liées au milieu se produisent à la suite d'une catastrophe naturelle, d'une famine ou d'un accident industriel majeur. Certains de ces migrants franchissent une frontière et sont donc considérés comme des migrants internationaux, mais la plupart cherchent refuge à l'intérieur de leur propre pays.

Étudiants

Les migrations d'étudiants ne doivent pas être oubliées car elles ne sont pas négligeables. Un million d'étudiants du tiers-monde vont ainsi se former en Amérique du Nord (environ 480 000 aux États-Unis en 1997-1998) ou en Europe occidentale ; la part des États-Unis est en baisse.

Migrations familiales

Les migrations familiales concernent des millions de personnes. Le cas le plus courant est celui du regroupement familial : femme et enfants vont rejoindre un émigré lorsque la situation de celui-ci dans le pays d'accueil s'est stabilisée. Il faut également noter que le regroupement familial entraîne des migrations en chaîne, au-delà de la seule famille regroupée.

Degré de qualification

Les migrations de travailleurs non qualifiés ou faiblement qualifiés, très caractéristiques des années 1950-1970, conservent encore une grande importance, mais elles sont en recul. Classiquement, elles concernent des migrants à faible niveau d'instruction, plutôt issus des régions rurales, fournissant à certains secteurs d'activité (agriculture, mines, industrie, bâtiment, travaux publics, services) une main-d'œuvre acceptant des tâches dures, ingrates et faiblement payées.

Les migrations de travailleurs qualifiés ne cessent de se développer depuis les années 1980. Elles concernent tous les secteurs d'activité et, de plus en plus, les activités tertiaires. Elles demandent un niveau d'instruction intermédiaire et offrent des emplois plus intéressants.

Les migrations de cadres et de personnes très qualifiées deviennent de plus en plus fréquentes, même si elles existent depuis plusieurs décennies. Elles se font pour la plupart des pays en développement vers les pays développés : on parle alors du brain drain (c’est-à-dire de l'exode des cerveaux). Les États-Unis en sont le principal bénéficiaire, mais le phénomène profite aussi à quelques pays européens. Ces migrations se font aussi des pays développés vers les pays du tiers-monde (médecins, ingénieurs, enseignants), souvent dans le cadre de programmes d'aide ou d’une expatriation liés à l'exercice d'activités économiques particulières (comme l'extraction du pétrole).

Les migrations d'entreprises ne cessent de se développer aussi depuis les années 1980. Le plus souvent, il s'agit d'indépendants se lançant dans des entreprises de petite taille, seuls ou avec une aide familiale. Ce sont surtout des commerçants travaillant dans le domaine alimentaire (restauration, épicerie).

Durée des séjours

La durée est également un critère à prendre en considération pour définir une typologie complète des mouvements migratoires.

Les migrations de travailleurs saisonniers sont en recul. Elles ne durent pas plus de quelques mois et concernent le plus souvent des travailleurs agricoles comme ceux qui vont d'Espagne vers le midi de la France ou du Mexique vers le sud des États-Unis pour travailler dans les zones maraîchères ou fruitières.

Les migrations de travailleurs temporaires durent plus longtemps, quelques années en général, dans le cadre de contrats. C'est en particulier le cas pour les travaux publics. Le plus souvent, ce sont des hommes seuls.

Les migrations de longue durée, ou de durée indéterminée, sont les plus fréquentes. En Europe par exemple, les travailleurs étrangers restent souvent plus de dix ans dans le pays d'accueil ; parfois même, ils passent en exil une grande partie de leur vie active.

Les migrations sans esprit de retour, communes à l'époque où les voyages étaient longs et difficiles, tendent à disparaître. Elles subsistent encore dans certains cas, chez les jeunes décidés à faire leur vie en Amérique ou en Australie par exemple, ou quand interviennent des considérations idéologiques, comme dans le cas de l'émigration vers Israël.

Situation des migrants

Situation administrative et juridique

Certains textes internationaux régissent différents aspects des migrations internationales. Ainsi, l'Organisation internationale du travail (O.I.T.) s'appuie sur la Convention sur les travailleurs migrants (1949), sur deux Recommandations sur les travailleurs migrants (1949 et 1975), ainsi que sur la Convention sur les migrations dans des conditions abusives et la promotion de l'égalité de chances et de traitement des travailleurs migrants (1975). L'Assemblée générale des Nations unies, pour sa part, a adopté en 1990 une Convention internationale sur la protection des droits de tous les travailleurs migrants et des membres de leurs familles.

Les migrations internationales supposent le franchissement de nombreux obstacles administratifs pour obtenir les documents exigés. Il en résulte une autre distinction importante. Les travailleurs en position administrative régulière sont les plus nombreux en général. Les travailleurs sous contrat sont nombreux dans certains pays comme les émirats pétroliers du golfe Persique. Les travailleurs illégaux ou clandestins sont relativement nombreux aujourd'hui dans la mesure où les politiques restrictives ont multiplié les obstacles aux migrations. Il en existe en fait plusieurs types. Les clandestins sont ceux qui ont franchi illégalement la frontière ; il y en aurait ainsi plus de un million aux États-Unis (les wet backs, ou « dos mouillés », Mexicains ainsi nommés car ils sont supposés avoir traversé le Rio Grande à la nage). Les illégaux sont ceux qui sont entrés comme touristes et qui prolongent indûment leur séjour ; c'est le cas de la majorité des étrangers n'ayant pas une situation régulière en France. Les illégaux sont aussi ceux qui prolongent leur séjour au-delà de la durée autorisée.

Situation économique et sociale

Les immigrés se regroupent dans les lieux qui leur offrent en principe les meilleures possibilités d'emploi. Dans les pays développés, les étrangers sont ainsi concentrés dans les villes et, plus particulièrement, dans les plus grandes d'entre elles. En France, par exemple, les villes de plus de 100 000 habitants en regroupent les deux tiers et l'agglomération parisienne en compte le tiers à elle seule. Aux États-Unis, ce sont les villes du Sun Belt, de la Californie à la Floride, ainsi que les métropoles du Nord-Est, surtout la Mégalopolis, qui en attirent la plus grande partie.

Dans les villes, les étrangers sont plutôt concentrés dans les quartiers dégradés des vieux centres ou dans les communes ouvrières des banlieues. La ségrégation y est tantôt forte, comme dans les villes des États-Unis et dans les cités du Moyen-Orient, où il y a parfois des quartiers-ghettos, tantôt atténuée, comme en France ou aux Pays-Bas, où nationaux et étrangers sont relativement mélangés, quand leur situation matérielle s'améliore. Les immigrés tendent à se diffuser à l'intérieur des centres urbains.

Ces particularités sont à mettre en relation avec la place des populations immigrées dans la société du pays d'accueil. Cette place est éminemment variable selon les types de migration. La plus grande partie des étrangers occupe les degrés inférieurs de la pyramide sociale car ils appartiennent aux catégories socioprofessionnelles les plus défavorisées ; certains étrangers cependant, plus qualifiés, occupent un niveau intermédiaire, voire un niveau élevé. Leur situation dépend aussi des réactions de la société du pays d'accueil, réactions d'acceptation ou réactions de rejet selon les cas. Les étrangers peuvent parfois s'intégrer facilement mais aussi être marginalisés.

Depuis les années 1990, ainsi que le constate l'O.C.D.E., « l'accroissement de l'immigration temporaire à des fins d'emploi permet d'introduire une plus grande flexibilité sur le marché du travail ». L'emploi des étrangers joue ainsi un « rôle d'amortisseur sur le marché du travail dans les périodes de récession » et un « rôle actif en période de reprise économique ». Cela a des conséquences directes sur le taux de chômage des immigrés : relativement faible lorsque la conjoncture est favorable, il croît plus rapidement que le taux de chômage des nationaux lorsque la conjoncture se dégrade. Cela entraîne également des répercussions sur la qualité de vie de l'ensemble des populations immigrées, qui, du fait de la grande instabilité de leur emploi, n'investissent pas et ont donc des conditions de vie précaires dans leur pays d'accueil. Ainsi, les immigrés sont plus souvent locataires que propriétaires que les nationaux, participent moins à la vie sociale ou culturelle du pays hôte, etc.

Dans tous les pays développés importateurs de main-d'œuvre, la question de l'intégration est devenue politique.

Relations avec les pays d'origine

Avec les moyens de communication modernes, l'émigré garde aisément le contact avec le pays d'origine. Le plus souvent, il est partagé entre ce pays, où il investit matériellement et affectivement, et le pays d'accueil où il vit et travaille. Les migrations internationales ont ainsi suscité des réseaux de relation très actifs.

Il y a d'abord de puissants mouvements de personnes : chaque année, des dizaines de millions d'émigrés économiques retournent dans leur pays à l'occasion des vacances, par avion ou par les voies terrestres selon la distance.

Les transferts d’argent sont éalement très importants. En 1997, selon le Fonds monétaire international (F.M.I.), la somme totale envoyée vers leurs pays d'origine par les travailleurs migrants était de 77 milliards de dollars. Les principaux pays émetteurs sont les États-Unis, l'Arabie Saoudite, l'Allemagne, la France et la Suisse. Pour les pays récepteurs, les transferts représentent parfois une ressource majeure qui, en valeur, équivaut ou dépasse le montant des exportations ; c'est le cas, par exemple, pour le Burkina Faso et le Yémen. Les transferts sont utilisés à l'entretien des familles, au paiement des dépenses exceptionnelles et très souvent à la réalisation de projets immobiliers. Dans toutes les régions d'émigration, l'habitat a souvent connu des transformations importantes de ce fait.

Enfin, le rôle des sexes peut s'en trouver modifié : dans les pays à forte émigration masculine, les femmes tendent en effet à assumer un rôle plus important dans la vie sociale et économique du pays.

Principales zones de départ

Si les raisons politiques ou religieuses interviennent parfois, les raisons économiques ont été les facteurs essentiels de la plupart des grands mouvements d'émigration, notamment d'Europe vers les États-Unis au xixe s., des pays méditerranéens vers l'Europe du Nord-Ouest après 1950. Au xixe s. et encore au début du xxe s., l'Europe était de loin la principale zone de départ des migrants. Elle reste encore affectée par le phénomène mais, aujourd'hui, une large majorité des migrants viennent des pays du Sud. Certains pays favorisent l'émigration de certaines catégories de travailleurs par des politiques appropriées ; c'est le cas, notamment, de la Turquie, du Mexique, des Philippines, de l'Inde, du Pakistan, du Bangladesh, du Sri Lanka ou de la Corée du Sud. Il peut y avoir plusieurs raisons à ces politiques, la principale étant, en général, l'argent que les émigrants envoient dans leur pays d'origine.

Faible participation des pays développés

Les migrations transocéaniques, si massives jusqu'à la Première Guerre mondiale, font partie du passé. Elles existent encore, mais faiblement, à partir des îles Britanniques en direction des grands pays anglophones d'outre-mer (États-Unis, Canada, Australie), car l'espoir d'y trouver une vie meilleure reste présent dans les esprits ; elles existent aussi à partir de l'Italie en direction de ces mêmes pays et à partir de la péninsule Ibérique vers l'Amérique latine. L'exode des cerveaux touche plus ou moins tous les pays industriels en direction des États-Unis. En Europe, il se manifeste particulièrement en au Royaume-Uni, aux Pays-Bas, en Allemagne et en Suède. Dans tous les pays développés, enfin, existent des flux migratoires concernant des cadres et personnels très qualifiés en direction des pays en voie de développement, principalement l'Afrique et le Moyen-Orient. Ce sont des flux faibles concernant des spécialistes qui s'expatrient pendant quelques années moyennant des salaires élevés.

Prépondérance croissante des pays du Sud

La part des pays du Sud est nettement prépondérante aujourd'hui dans les migrations internationales et elle ne fait que se renforcer. On peut y distinguer trois grandes zones de départ et quelques zones secondaires en considérant le nombre des émigrés présents à l'étranger. Les informations statistiques sont assez incertaines dans les pays de départ ; les chiffres qui suivent sont de simples ordres de grandeur destinés à donner une idée de l'importance des communautés immigrées.

Façades Sud et Est de l'Asie

Les façades sud et est de l’Asie forment la zone de départ la plus importante, avec quelque 37 millions de personnes. En Asie du Sud, l'Inde est le premier pays d'émigration, avec de nombreux émigrés au Royaume-Uni, en Afrique orientale, en Afrique australe, dans les émirats pétroliers du Moyen-Orient et en Malaisie, mais il faut lui adjoindre le Pakistan et Sri Lanka, qui entretiennent également des flux importants vers le Royaume-Uni et les pays pétroliers du golfe Persique.

Dans l'Asie du Sud-Est, les principaux pays de départ sont les Philippines, l'Indonésie et la Thaïlande, en particulier vers les pays du Golfe. En Asie orientale, le principal pays de départ est, de loin, la Chine. L'émigration continue toujours en direction des communautés chinoises de l'extérieur, spécialement en direction de celles d'Amérique du Nord et d'Europe. À Taiwan et en Corée du Sud, les départs se font vers le Japon et, de plus en plus, vers les États-Unis. Le rattachement de Hongkong à la République populaire de Chine, en 1997, a été précédé d'une vague d'émigration vers les États-Unis, le Canada et l'Australie.

Enfin, plusieurs pays ont vu leurs habitants partir en grand nombre par suite des conflits qui les ont ensanglantés. Ainsi, plusieurs millions d'Afghans sont réfugiés au Pakistan et en Iran. Plusieurs centaines de milliers de Cambodgiens se trouvent en Thaïlande parce qu'ils craignent de retourner dans leur pays.

Afrique du nord et Moyen-Orient

L’Afrique du Nord et le Moyen-Orient forment une autre zone importante de départ avec un nombre d'émigrés compris entre 15 et 20 millions. Les principaux flux concernent le Maghreb et la Turquie en direction de l'Europe (les Maghrébins vers la France et les Turcs vers l'Allemagne), l'Égypte, la Jordanie, la Syrie et le Yémen en direction des pays pétroliers de la péninsule Arabique. En nombre de personnes émigrées, la Turquie et l'Égypte arrivent au premier rang avec 2,5 à 3 millions. Pour l'ampleur relative du phénomène par rapport à la population du pays d'origine, les plus forts taux d'émigration sont ceux du Liban et de la Jordanie.

Amérique centrale

En Amérique centrale se trouve la troisième grande zone d'émigration, avec plus de 15 millions d'individus. Sans surprise, on trouve le Mexique en tête, avec 4,5 millions d'émigrés réguliers et au moins 2 millions de clandestins. Viennent ensuite Porto Rico avec 2 à 3 millions, Cuba, Haïti et la Jamaïque avec 1 million chacun environ, les départements français de la Martinique et de la Guadeloupe avec 150 000 chacun. À ces pays de l'isthme américain et des Caraïbes, il faut ajouter la Colombie avec près de 1,5 million d'émigrés. En quasi-totalité, les mouvements se font à destination des États-Unis, soit des États du Sud (de la Californie à la Floride), soit des États du Nord-Est. Aux émigrés de caractère économique s'ajoutent au moins 2 millions de réfugiés venant de Cuba, de Haïti, du Guatemala, du Salvador et du Nicaragua.

Autres zones de départ

Les autres zones de départ sont moins importantes en nombre de migrants.

L'Afrique tropicale, ravagée par de nombreux conflits, est surtout caractérisée par des mouvements de réfugiés. Les pays les plus affectés ont été l'Angola, l'Éthiopie, la Guinée, le Mozambique, le Rwanda, le Sierra Leone, la Somalie et le Soudan.

Les aires touchées par les migrations de caractère économique concernent quelques pays du Sahel (le Burkina Faso pour les flux en direction de la Côte d'Ivoire, le Mali et le Sénégal pour les flux dirigés vers la France) et quelques pays d'Afrique australe (le Botswana, la Mozambique et le Zimbabwe envoient des migrants en Afrique du Sud).

Reprise en Europe centrale et orientale

Les pays communistes de l'Europe ont constitué une autre zone de départ pour des motifs divers, principalement politiques, pendant plusieurs décennies : il y aurait eu ainsi quelque 16 millions d'émigrants entre 1945 et 1990. L'émigration a continué pour des motifs plutôt économiques depuis la fin des régimes communistes, en provenance de Russie, de Pologne et de Roumanie particulièrement. Elle est dirigée plutôt vers l'Allemagne et les États-Unis. Dans l'ex-Yougoslavie, la désagrégation du pays et la guerre en Bosnie ont provoqué d'importants mouvements de réfugiés vers l'Allemagne, l'Autriche et l'Italie. On estime qu'un quart de la population de Bosnie-Herzégovine a dû émigrer durant le conflit des années 1990, tandis qu'un autre quart était déplacé à l'intérieur des frontières de l'État.

Grands foyers d'immigration

Caractéristiques générales

Les flux internationaux de migration, naguère orientés vers les pays neufs, sont, depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, tournés en priorité vers les pays riches de la planète. Ce sont les besoins en main-d'œuvre de ces pays qui, dans les années 1945-1975, ont constitué les moteurs des mouvements de migration. Le tassement observé dans les années 1970-1980 n'a pas correspondu à une diminution du nombre des étrangers dans la plupart des pays riches ; en effet, les étrangers préfèrent rester dans leur pays d'accueil plutôt que de rentrer chez eux, où la situation est en général encore plus dégradée, et ils craignent, en cas de départ, de ne plus pouvoir revenir à nouveau dans leur pays d'accueil. Depuis les années 1990, l'immigration a repris dans la plupart des pays membres de l'O.C.D.E. D'une manière générale, la proportion d'immigrés par rapport à la population totale est nettement plus élevée dans les pays riches (environ 10 % en Amérique du Nord et en Europe) que dans les pays en développement (moins de 1 % par exemple en Asie de l'Est).

Cette immigration n'est plus désormais essentiellement liée à l'emploi, mais au regroupement familial ; celui-ci représente ainsi plus de la moitié des entrées en France, en Suède, aux États-Unis et au Canada. L'emploi des immigrés a lui aussi tendance à se modifier : ce sont de plus en plus des travailleurs qualifiés qui quittent les pays du sud de la planète, même si le niveau de qualification des étrangers est toujours inférieur à celui des autochtones dans la plupart des pays de l'O.C.D.E.

Aujourd‘hui, on compte plusieurs grands foyers d'immigration : l'Amérique du Nord, l'Europe de l'Ouest, les pays pétroliers du Moyen-Orient, le Japon et les nouveaux pays industriels d'Asie (les N.P.I.), l'Inde et le Pakistan, et l'Océanie. Les dix premiers pays d'immigration (États-Unis, Inde, Pakistan, France, Allemagne, Canada, Arabie Saoudite, Australie, Royaume-Uni et Iran) ont reçu un peu plus de la moitié des migrants internationaux dans les années 1990 ; entre 1986 et 1997, les migrants vers les pays membres de l'O.C.D.E. sont passés de 36 millions à 46 millions, soit plus de 25 % d'augmentation.

Pays traditionnels d'immigration

Les États-Unis restent le principal pays traditionnel d'immigration, avec 26,3 millions de personnes nées à l'étranger en 1998. Notons que ces statistiques – et il en va de même au Canada et en Australie – ne prennent pas en compte la nationalité des intéressés, comme en Europe ou au Japon, mais uniquement leur lieu de naissance, même s'ils ont acquis par la suite la nationalité américaine. Ces immigrés représentent 9,8 % de la population totale, contre 7,9 % de la population totale en 1991. Le flux annuel d'entrées aux États-Unis est le plus important de tous les pays de l'O.C.D.E., avec 342 700 travailleurs étrangers en 1998 (contre 143 000 en 1992), auxquels il faut ajouter les non-actifs et sans doute plus de 275 000 clandestins (estimation faite en 2000 par l'OIM qui ne prend pas en compte les clandestins qui entrent aux États-Unis et en repartent la même année, par exemple pour des saisons agricoles). La part de ressortissants du tiers-monde parmi ces immigrés est devenue nettement prépondérante, tandis que la part des Européens est devenue faible ; les Asiatiques représentent désormais plus de la moitié des entrées. Les États-Unis ont fixé des quotas pour les visas accordés aux travailleurs étrangers. Ce quota, qui est de 195 000 par an de 2000 à 2003, est en général atteint dès le premier semestre.

Au Canada, les flux sont beaucoup moins massifs. On comptait 4 971 000 immigrés en 1998, avec un flux annuel de l'ordre de 200 000 personnes. En Australie, le nombre des immigrés était de 4 394 000 personnes en 1998. Pour ces deux pays, les Asiatiques sont désormais majoritaires.

L'Afrique du Sud compte environ 1,5 million d'étrangers, dont un grand nombre de clandestins venant essentiellement des pays voisins.

Israël peut être rattaché à ces pays bien que son histoire soit assez différente. L'immigration juive y est quasi continue depuis la formation de ce pays (en 1948) et celle-ci avait même commencé à l'époque du mandat britannique sur la Palestine.

Europe occidentale

Les pays de l'Ouest européen constituent le deuxième grand foyer d'immigration après l'Amérique du Nord, avec environ 20 millions d'étrangers. Cette situation date des Trente Glorieuses (1945-1975). Auparavant, c'est une situation inverse qui prévalait, France exceptée. La croissance économique a suscité un fort appel de main-d'œuvre étrangère, d'abord au cœur de l'Europe industrielle, puis dans l'Europe du Nord et enfin dans l'Europe du Sud.

En 1998 (selon les chiffres publiés en 2001 par l'O.C.D.E.), les effectifs les plus importants d'étrangers se trouvent en Allemagne (7,3 millions, soit environ 9 % de la population), en France (3,2 millions [1999], soit environ 5,6 % de la population), au Royaume-Uni (de 2,5 à 3,5 millions selon les définitions adoptées), en Italie (1,5 million sans doute, dont de nombreux clandestins), en Suisse (1,3 million) et en Belgique (0,9 million). Les proportions les plus fortes sont observées au Luxembourg (35,6 % de la population totale) et en Suisse (19 %).

Flux intra-européens

Les flux intra-européens varient grandement d'un pays à l'autre de l'Union européenne (U.E.). Par ordre décroissant du pourcentage d'Européens par rapport au flux total d'étrangers entrés dans un pays donné, en 1997 (chiffres publiés par l’O.C.D.E. en 2001), le Luxembourg arrive en tête (78,3 % de ressortissants de l'U.E.), suivi par le Portugal (59 %), la Belgique (56 %), l'Espagne (39,1 %), le Royaume-Uni (32,3 %), l'Allemagne (24,5 %), tandis que la France se situe en dernière position (9,7 %).

Europe de Schengen

L'Espace Schengen (accords signés en 1985 et entrés en vigueur en 1993) implique la liberté de mouvement entre les États signataires. Lorsqu'un pays devient membre de l'U.E., un délai est cependant nécessaire avant que ses ressortissants jouissent pleinement du droit de libre circulation. La politique européenne tend cependant à contrôler les flux d'entrées à ses frontières extérieures ; les conférences Euromed, dont l'objectif est de créer une zone de libre-échange en 2010 entre l'U.E. et l'Afrique du Nord, cherchent ainsi à renforcer le développement du Maroc pour ralentir l'immigration de travailleurs en provenance de ce pays.

Pays pétroliers du Moyen-Orient

Les pays pétroliers du Moyen-Orient sont devenus d'importants pays d'immigration depuis 1973-1974. Le nombre des immigrants étrangers y a augmenté très rapidement, puisqu'il est monté à plus de 7 millions juste avant la guerre du Golfe en 1991. Il a un peu diminué depuis lors tout en restant élevé. C'est le troisième grand foyer d'immigration du monde.

Au Moyen-Orient, en 1996, le pourcentage de travailleurs étrangers par rapport à la main-d'œuvre autochtone était ainsi de 27,5 % à Oman, de 27,7 % en Arabie Saoudite (soit quelque 3 millions de travailleurs immigrés), de 37,4 % au Bahreïn, de 65,4 % au Koweït, de 73,1 % dans les Émirats Arabes Unis et de 76,5 % au Qatar. L'Iraq comptait, avant la guerre du Golfe, environ 1,5 million de travailleurs immigrés.

Japon et N.P.I.

Les grands pôles de croissance en Asie de l'Est et du Sud-Est sont, eux aussi, des pays d'immigration, mais moins que les « vieux » pays industriels, car la plupart n'ont pas encore épuisé les réserves locales de main-d'œuvre. On compte ainsi 2,5 millions d'étrangers à Hongkong, 1,2 million au Japon et 0,3 million à Singapour. Taiwan, la Corée du Sud, la Thaïlande et la Malaisie ont également été concernés. Dans les N.P.I., on observe ainsi un renversement progressif des flux à l'instar de ce qui s'est passé en Europe occidentale dans les années 1960.

Perspectives proches

L'O.I.M. se donne entre autres pour mission d'analyser les perspectives en matière de migrations internationales dans un avenir proche. Au début des années 2000, certains courants tendent à s'imposer et constitueront peut-être dans un avenir très proche des facteurs décisifs, soit de l'accroissement du rythme des migrations, soit de leur ralentissement. Ainsi, une politique favorable à l'émigration des travailleurs comme en Inde peut aussi favoriser la fuite des cerveaux, et représente alors à la fois un gain en termes de ressources rapatriées vers le pays d'origine et une perte en « capital humain ». Si le gain dû à l'émigration devient inférieur aux pertes, comme il semble que ce soit le cas pour le Mexique, le phénomène peut s'inverser. L'O.I.M. encourage, par divers programmes, le retour de travailleurs qualifiés dans leur pays d'origine ; elle finance leur retour et assure leur réintégration dans leur milieu professionnel. Ces mesures ne concernent cependant qu'une part infime des migrants : 250 000 personnes au total entre 1995 et 2000.

Certaines innovations technologiques peuvent, dans l'avenir proche, jouer un rôle dans l'ampleur des migrations. Ainsi, l'Internet peut entraîner une limitation des départs d'informaticiens des pays du tiers-monde vers les pays riches, par exemple dans le cas de maintenance d'ordinateurs qui peut désormais s'effectuer à distance (cas des sociétés de maintenance informatique de Bangalore, dans le sud de l'Inde) ; l'O.I.M. parle alors de « migration virtuelle des personnes ».

Le vieillissement de la population des pays riches peut, dans les décennies à venir, être un facteur fondamental d'incitation à l'immigration, en vue notamment de pourvoir les emplois de services aux personnes âgées.

En outre, de plus en plus de pays acceptent le principe de la double nationalité, qui permet à leurs nationaux émigrés de conserver la nationalité et la citoyenneté de leur pays d'origine.