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littérature populaire

Almanach
Almanach

La littérature populaire ne constitue pas un genre populaire précis. En un sens on peut considérer la Bible, l'Iliade et l'Odyssée comme les premiers livres « populaires », lus (ou plutôt « reçus ») par tout un peuple et transmis à l'ensemble des civilisations occidentales. Sur un tout autre plan, et à une autre époque, le Moyen Âge, on qualifiera de populaires les fabliaux, par opposition à la littérature épique dont se nourrissait la noblesse.

Le colportage

Ces fabliaux, de même que les contes et légendes de tradition orale et les romans de chevalerie, sont repris dans les almanachs, dont le premier connu : le Grand Compost des bergers, est imprimé à Paris en 1493. Les almanachs constituent une part importante du bagage des colporteurs, qui touchent, au xviie siècle, un public de plus en plus diversifié et atteignent, au xviiie siècle, la province et la campagne. Outre les almanachs (qui subsistent aujourd'hui encore, avec l'Almanach Vermot et l'Almanach Hachette, par exemple), la « littérature de colportage » (c'est-à-dire diffusée par des colporteurs, mais non point écrite dans ce dessein) comprend des ouvrages d'astrologie, des recueils de conseils religieux, moraux et pratiques (cuisine, médecine), des romans sentimentaux, des récits de voyages et d'aventures, ainsi que des classiques, généralement illustrés. Parmi les titres fréquemment réimprimés pour le colportage, figurent les Quatre Fils Aymon et Mélusine, Robert le Diable, Richard sans Peur, Till l'Espiègle.

À côté de Paul et Virginie et de Robinson Crusoé, publiés par la Bibliothèque bleue, du Bonhomme Misère et des Contes de Perrault, on trouve le Chevalier Fortuné de Mme d'Aulnoy et Estelle et Némorin de Florian, œuvres à caractère aristocratique mais dont les thèmes sont populaires. Ducray-Duminil, qui utilise déjà dans les Soirées de la chaumière (1794) les procédés que reprendra le roman-feuilleton, est un des derniers représentants de la littérature de colportage, qui laisse la place, après 1840, aux publications par livraison et par voie de presse. La littérature populaire prend son essor au xixe siècle avec le triomphe du roman, genre qui correspond à l'avènement de la bourgeoisie, alors que la transformation de la presse permet la publication en feuilleton et que des éditions « populaires » sont diffusées dans toutes les classes sociales. (Entre le xviiie siècle et le xixe siècle le tirage moyen d'un livre est passé de mille à dix mille exemplaires.)

Mythologie

Bien qu'il n'existe pas un genre populaire homogène, la littérature de masse dispose cependant d'un certain nombre de thèmes et de procédés empruntés généralement aux genres supérieurs. L'influence du roman noir anglais, par exemple, avec ses intrigues ténébreuses, se fait sentir dans les Mystères de Paris d'Eugène Sue (1842). Les péripéties mélodramatiques renvoient au drame bourgeois et aux procédés de terreur mis en œuvre par Ann Radcliffe (1764-1823), chez laquelle le goût pour le surnaturel et l'exotisme historique ou géographique est déjà prononcé.

Le roman historique fournit également une source d'inspiration importante. Comme Walter Scott (1771-1832), qui concilie dans Ivanhoé (1820) la réalité historique et la fiction, Alexandre Dumas recourt à un cadre vraisemblable pour mettre en scène les exploits imaginaires des Trois Mousquetaires (1844). À côté du décalage historique, le roman d'aventures fait un ample usage du dépaysement dans l'espace. Sous l'influence de Fenimore Cooper (1789-1851), Gustave Aymard (1818-1888), dans les Trappeurs de l'Arkansas, transporte sa scène outre-mer.

Ainsi, la première condition à laquelle doit répondre une littérature populaire est d'être mythologique. Le roman de cape et d'épée constitue, à cet égard, le prototype du genre, et d'Artagnan le modèle du héros : les aventures racontées au public populaire doivent faire sortir le lecteur du réel. Cette tendance se retrouve aujourd'hui dans les romans policiers, d'espionnage et de science-fiction diffusés dans les kiosques à journaux, les halls de gare et les grandes surfaces. La vraisemblance repose toujours sur la confiance naïve, sur le désir d'illusion.

Le héros

Le centre autour duquel gravite la mythologie populaire est le héros, personnage investi de la charge affective la plus forte. Qu'il se nomme d'Artagnan, Lagardère ou Rocambole, Tarzan, le Saint, Lemmy Caution ou James Bond, il se voit attribuer la faculté de provoquer chez le lecteur la sympathie et l'admiration. L'escrimeur intrépide, l'espion invulnérable, le détective fort, le cosmonaute courageux, le héros de western incarnant la justice ont la même fonction : susciter une réaction émotionnelle intense par identification. Ce rapport de sympathie, établi sur une base morale primaire, est complété par l'antipathie à l'égard de l'ennemi, dont l'existence jouit souvent de la même immortalité que le héros.

La figure du héros populaire est une schématisation du héros romantique. Judex est un avatar d'Hernani, Fantômas est l'héritier de Byron et du courant satanique qui en est issu. Quant à l'ennemi, il renvoie, par-delà le traître du mélodrame, aux personnages de Sade.

L'idéologie du roman populaire repose sur un manichéisme primaire ; le criminel menace l'ordre, alors que le héros défend la justice et l'honneur, tantôt au grand jour, tantôt dans la clandestinité. Même dans les cas où le héros se trouve être un criminel (Fantômas), les valeurs « bourgeoises » ne sont pas menacées ; bien au contraire, les auteurs populaires sont attachés à ces valeurs, à quelques rares exceptions près, comme Michel Zévaco et Maurice Leblanc (1864-1941). OSS 117, le héros de Jean Bruce, mène une véritable croisade au service des valeurs de l'Occident, comme la plupart des héros du roman d'espionnage, tandis que l'auteur de romans policiers qui obtient le plus grand succès aux États-Unis, Mickey Spillane (1918-2006), avec près de 100 millions de livres vendus, déclare : « Tout ce dont les écrivains sont capables de parler, c'est des “perdants” ; pourtant il y a des “gagnants”, et n'importe qui peut être gagnant. » À l'inverse, les auteurs qui se refusent à l'exploitation systématique des procédés simplistes, tels Gaston Leroux (1868-1927), créateur de Rouletabille, C. S. Forester, rénovateur du genre historique avec Captain Hornblower (1939), Dashiell Hammett et John Le Carré, auteur de L'espion qui venait du froid, trouvent un public plus restreint et plus exigeant, auquel s'adressent également une grande partie des auteurs de science-fiction, comme Bradbury et Asimov. Néanmoins, dans l'ensemble, on constate depuis la période glorieuse (fin du xixe siècle) de Ponson du Terrail une dégradation notable de la littérature populaire, dont les mass media sont en grande partie la cause.

La littérature populaire et les médias

À côté des feuilletons radiophoniques ou télévisés, qui souvent reprennent les « classiques » de la littérature populaire, le cinéma exerce une influence considérable sur l'évolution et la diffusion de cette littérature. Le cinéma, la radiodiffusion, la télévision renforcent ou restaurent la popularité de thèmes et héros préexistants (Tarzan, Fantômas) ; le cinéma en crée de nouveaux (Zorro, les héros de western), que l'on retrouve bientôt sous une forme « littéraire » : romans-photos, bandes dessinées, etc.

Au premier rang de telles publications viennent les « romans de cœur », dont l'origine est la littérature sentimentale destinée, au xviiie siècle, aux femmes désœvrées. Le moralisme simpliste qui caractérise Pamela (1740), de Samuel Richardson (1689-1761), a fourni les modèles qui ont assuré le succès des romans de Delly, le plus fort tirage du siècle (série des Magali, 1910-1923), Caroline chérie et Angélique, marquise des Anges ont connu un succès analogue, mais leur côté « cape et épée », teinté d'érotisme, a constitué pour ces séries romanesques un atout supplémentaire.

Aujourd'hui, le véritable « roman de cœur » a un caractère journalistique : la lectrice « populaire » passe, comme insensiblement, des aventures larmoyantes narrées dans un roman-photo au drame imaginaire, ou grossi, d'un personnage réel qui occupe régulièrement la « une » de magazines dits « spécialisés ».

Pour en savoir plus, voir l'article littérature populaire.