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intoxication

Mise en condition des esprits par une propagande qui émousse le sens critique ou le sens moral.

POLITIQUE

Stratégie d’influence pour orienter l’opinion et renforcer l’adhésion, la propagande qui prend la forme de l’intoxication utilise pour tactique la propagation des idées. Celles-ci deviennent des armes, certes non létales, mais dotées du pouvoir d’attaquer ou de défendre. Moyens de lutte immatériels, les idées sont plus qu’instrumentalisées : elles s’articulent en force de combat, que celle-ci soit désignée par soft power (« pouvoir en douceur ») avec le politologue Joseph Nye, ou par « guerre du sens » avec le général Loup Francart. Ce pouvoir en douceur n’est guère édulcoré : il possède, au contraire, une intensité hors du commun, puisque, faute d’y avoir recours, le vacarme des canons est inaudible, en dépit des arsenaux les plus sophistiqués. Il est insuffisant d’écraser l’ennemi sur le champ de bataille si l’on échoue à amener l’opinion publique à résipiscence. Celle-là doit admettre qu’elle avait jusque-là erré. Une victoire militaire est peu de chose sans une victoire idéologique. La propagande obéit aux nuances d’un large spectre : d’une entreprise de conviction pour expliquer le sens d’une guerre (en maniant l’art de la guerre du sens), elle peut devenir viol des esprits et donc intoxication.

Définir les règles d’une propagande éthique est, dès lors, un enjeu majeur. Les techniques de persuasion en milieu hostile ne sauraient s’affranchir des règles morales. Tel est le défi auquel sont confrontées les démocraties, qui ont le devoir de penser toutes les implications de la propagande, plutôt que de lui prêter une signification exclusivement dictatoriale. Ce thème de réflexion peut difficilement être escamoté en vertu d’un préjugé qui réserverait aux démocraties les seuls outils de la publicité et de la pédagogie. Des pistes de réflexion peuvent être esquissées : « Ceux qui sont experts dans l’art de la guerre soumettent l’armée ennemie sans combat », affirme Sun Zi. La curie romaine inventa le mot propaganda sans intention particulière de manipulation. Celle-ci apparaît avec les techniques de création d’un milieu favorable à l’expansion des idées, doctrine elle-même portée par des agents experts en mobilisation des masses. La propagande est-elle plus difficile à l’heure d’Internet qui remplace le monopole de la parole par le pluralisme ? L’intoxication, en revanche, n’est-elle pas plus aisée en étant plus insidieuse et donc en harmonie avec la volatilité du Web ?