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idéologie

Système d'idées générales constituant un corps de doctrine philosophique et politique à la base d'un comportement individuel ou collectif.

Idées creuses, abstractions sans aucun rapport avec la réalité : cette conception à la fois péjorative et restrictive de l’idéologie ne rend pas compte de l’emprise du collectif sur la pensée individuelle. Plus qu’un ensemble d’opinions partagées par tous, « dans l’air du temps », l’idéologie est le point commun implicite fédérant à leur insu les opinions les plus diverses – le présupposé qui articule les points de vue les plus éloignés, l’impensé d’une pensée qui se croit affranchie de tout préjugé –, en sorte qu’il est permis de suspecter une idéologie dans la thèse affirmant la fin des idéologies. Fût-ce en admettant qu’elle est une superstructure conditionnée par les rapports de production, elle continue d’être agissante. Système global d’interprétation historico-politique du monde, elle possède l’efficacité d’une cohérence prenant sa propre glose pour une vérité. Les faits sont sans doute têtus, mais les idées résistent elles aussi aux faits. Un savant peut ainsi s’exprimer de manière idéologique lorsque, sortant de son domaine de compétence, il confie son sentiment sur des sujets de portée générale. L’un des effets pervers de l’idéologie peut être de transformer la culture en nature et l’histoire en essence – théorie menant au sexisme et à la xénophobie, par exemple.

La définition de l’idéologie peut utilement être complétée par la description de son fonctionnement et de ses paradoxes. Dans la Production de l’idéologie dominante, Pierre Bourdieu et Luc Boltanski démontaient déjà les ressorts de prétendues évidences, en réalité construites avec l' objectif d’asseoir une forme de pouvoir reposant sur la circularité d’une autolégitimation : l’idéologie dominante domine parce qu’elle est l’idéologie des dominants. L’objectivité affichée par elle dissimule un rapport de forces. Les efforts pour réfuter la pensée dominante sont absorbés, capturés dans le système clos d’interprétation prépondérante, qui a ainsi toujours le dernier mot. Concrètement, l’argumentation adverse est prisonnière des prémisses de ce qu’elle s’emploie vainement à dénoncer. Toute tentative pour contrer l’idéologie la conforte. Des subterfuges conceptuels sont démasqués par les auteurs, montrant la manière dont un conservatisme « reconverti » apparaît comme progressiste. « Ne reconnaître la pensée conservatrice que dans sa forme réactionnaire, celle-là même que le conservatisme reconverti est le premier à combattre, c’est s’exposer à être toujours en retard d’une guerre.» Accepter ou non cette approche n’ôte rien à la pertinence de la question sous-jacente : est-il possible de n’être pas « en retard d’une guerre » conceptuelle ?