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ethnomusicologie

Étude scientifique du comportement musical de l'homme dans toutes ses manifestations à travers le monde entier, de la préhistoire à nos jours.

Le mot fut utilisé pour la première fois vers 1945 par le Néerlandais Jaap Kunst, spécialiste de la musique indonésienne. Partant du principe que son objet est l'étude, sous tous ses aspects, du phénomène musical dans les civilisations de tradition orale, l'ethnomusicologie inclut dans son domaine les musiques dites « primitives » de l'Afrique et de l'Océanie, les musiques savantes de l'Asie et le folklore occidental dont elle étudie, selon les mêmes méthodes, les systèmes musicaux, les gammes, les intervalles, les instruments de musique, en même temps que le rôle de la musique dans la société et son rapport à la danse.

Le problème de la transmission

Des formes de notation musicale étaient connues en Inde et en Chine plusieurs siècles avant d'être connues en Europe, mais elles servaient seulement à indiquer des thèmes et des modes. Le gagaku japonais utilisait toutefois un système assez complet. Chez les peuples qui n'utilisent pas l'écriture, la transmission des œuvres musicales se fait, comme pour la littérature, par tradition orale, qui n'est pas nécessairement moins efficace ou moins précise que la tradition écrite. La musique indonésienne, par exemple, obéit à des règles formelles.

Les premières approches des musiques de tradition orale de l'Europe et des autres continents se firent sur la base de transcriptions souvent très approximatives. Dans son Dictionnaire de musique (1768), J.-J. Rousseau présente des notations d'un « air chinois », d'une « chanson des sauvages du Canada », d'une « chanson persane ». La transcription utilisée comme méthode dans l'ethnomusicologie ne permet pas d'apprécier l'esthétique ou l'action psychologique des mélodies étudiées.

Les précurseurs

Avant l'apparition de l'ethnomusicologie, considérée comme une discipline à part entière, un certain nombre de musicologues avaient entrepris des travaux qui s'appuyaient sur les théories musicales et non pas seulement sur les hasards de l'écoute. Parmi les premières tentatives, on relève le Mémoire sur les musiques des Chinois, tant anciens que modernes (1779), du père Joseph Amiot, et le Mémoire sur la musique antique d'Égypte (1816), de Guillaume Villoteau, sur commande de Bonaparte.

On peut aussi mentionner :
- la série d'études sur la musique de la Chine, de l'Inde, de la Turquie, etc., d'Albert Lavignac et Lionel de La Laurencie (1812-1824) ;
- l'Histoire générale de la musique de François Joseph Fétis (1869-1876) ;
- l'article sur les chants des Indiens Bellakula de Karl Stumpf (1886) ;
- les ouvrages de référence sur la musique indonésienne de Jaap Kunst (1925 ; 1949) ;
- les six volumes de la Musique arabe du baron Rudolf d'Erlanger (1930-1959) ;
- l'Introduction to Musical Scales (1943), suivi de Northern Indian Music (1949), publiés à Londres par Alain Daniélou.

Les utilisateurs

Certains musiciens occidentaux se sont plu à noter des mélodies populaires ou orientales surtout afin de les utiliser dans leurs compositions et de donner ainsi à celles-ci un caractère national. Balakirev fut le premier à recueillir les mélodies populaires des moujiks. D'autres compositeurs russes, de Borodine à Stravinsky, s'inspirèrent aussi de mélodies populaires. Dvořák et Bartók firent de même dans leur œuvre. Les Espagnols (Falla, Granados) mais aussi Bizet et Ravel s'inspirèrent du cante jondo et du flamenco. Debussy fut fortement impressionné par la musique indonésienne.

Le travail sur le terrain

L'enregistrement sur cylindre, à l'aide du phonographe Edison, permit de recueillir de brefs mais nombreux documents qui pouvaient être ensuite analysés et commentés sans contact direct avec les musiciens des peuples concernés. À la fin des années 1880, en Europe de l'Est, Béla Vikar créa la première phonothèque de Budapest et Bartók, assisté par Z. Kodály, enregistra des milliers de mélodies hongroises, slovaques, turques, arabes, serbo-croates, ukrainiennes et bulgares ; aux États-Unis, J. Walker Fewkes réalisa les premiers enregistrements des Indiens Zuñis du Nouveau-Mexique et Passamaquoddy du Maine. En 1900, le docteur Azoulay exhiba des cylindres lors de l'Exposition universelle à Paris.

À partir de 1902, le Phonogrammarchiv de Berlin joua un rôle capital. Il fut à l'origine des méthodes mises au point pour l'analyse des formes musicales des diverses cultures. C'est principalement de ses travaux que naquit ce que l'on devait appeler « ethnomusicologie ». En France, le département d'ethnomusicologie, créé en 1944 au musée des Arts et Traditions populaires, s'est surtout spécialisé dans la musique africaine.

La valeur des musiques ethniques

L'apparition de la bande magnétique, puis celle du magnétophone portatif, qui permettaient des enregistrements faits sur place dans les régions les plus reculées, suivis du disque microsillon qui en assurait une large diffusion, donnèrent une dimension nouvelle à la musique de tradition orale. On recréait, par l'enregistrement, un objet musical supérieur en fait à la partition puisqu'il inclut, dans le moindre détail, tous les éléments d'expression, de style, de mouvement, que la partition ne peut au mieux que suggérer.

C'est donc seulement depuis le milieu du xxe s. que l'art musical des différentes civilisations de tradition orale a pu prendre sa place auprès du grand public, d'abord par des séries de disques de haute valeur artistique, en particulier les collections de disques de l'Unesco. La première anthologie de la musique classique de l'Inde fut publiée en 1955.

C'est en grande partie grâce au disque qu'on a pu accorder une place de plus en plus importante aux musiciens traditionnels et aux spectacles musicaux de l'Asie et de l'Afrique dans les programmes de concerts auparavant réservés à la musique occidentale. L'Américain Mantle Hood, directeur d'un institut à l'université de Californie à Los Angeles, a forgé le concept de bimusicalité, qui traduit la part qui revient à l'étude pratique des musiques ethniques dans la formation et l'activité des compositeurs occidentaux.