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déviance

Position d'un individu ou d'un groupe qui s'écarte des règles et normes admises par une société.

SOCIOLOGIE

Non seulement s’écarter des normes en vigueur, mais le revendiquer publiquement ; revendiquer un droit au refus en montrant que la voie communément admise n’est qu’illusoirement viable : la déviance n’est pas l’insolence ni la propension à heurter les convictions d’autrui. Socrate n’agissait pas par anticonformisme tapageur ni par goût de froisser. Or, il incarne la déviance par sa volonté argumentée de ne pas emprunter les chemins balisés de la politique et du savoir. Corrompre la jeunesse est un chef d’accusation révélant l’impact du comportement déviant, tel qu’il est perçu par les gardiens de la loi.

La déviance représente une menace de corruption, d’altération en minant de l’intérieur. Décomposer, infecter, souiller, empoisonner, infester, gangrener : la déviance suscite le cauchemar d’un écart qui atteint paradoxalement le cœur du dispositif (institutions, mœurs…). Insidieuse, elle est invitation au dévoiement. Revêtant les apparences de la normalité, elle est le spectre d’une normalité pourtant anormale, contrairement au monstre, objet tératologique susceptible d’être rangé dans des catégories. Assimiler la déviance à la monstruosité obéit à la tentation d’une taxinomie, qui, à défaut de ramener dans le droit chemin, dresse une sorte de cartographie des chemins de traverse. L’entreprise peut déboucher sur une confusion entre idéologique et pathologique, les déviationnistes étant envoyés en camp de redressement pour se soigner, selon la rhétorique des régimes totalitaires. Également tragique est l’image de la déviance sexuelle lorsqu’elle est prétexte à la condamnation d’Oscar Wilde.

Discours déviant et discours sur la déviance se livrent parfois à une surenchère verbale. Que l'on glose sur sa ou sur la non-conformité attisant l’intérêt du public, la déviance entretient la prolixité. « Tout un appareil à discourir », selon l’expression de Michel Foucault, entre en action : intolérance collective, action judiciaire, intervention médicale, participation à des émissions télévisées… Lorsque la déviance n’appelle pas la mise en accusation, elle se plaît à la mise en scène. Maladie qu’il faut soigner ou crime à condamner, elle étend le champ aussi bien des stigmates que de la sollicitude. L’opinion publique est ainsi tenue de croire ou de feindre de croire qu’il existe, en matière d’éthique ou de comportement, un unique chemin. S’en écarter exige remède ou exclusion (du groupe affectionnant le sectarisme), et non pas débat, persuasion. L’opinion risque alors d’être enrôlée comme agent de la censure ou comme partisane du voyeurisme. Pour se distinguer de l’opinion courante, la déviance peut alors se muer en transgression systématique, allant jusqu’au blasphème ou à l’outrage.