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déforestation

Déforestation en Malaisie
Déforestation en Malaisie

Action de détruire la forêt ; déboisement.

Si la déforestation existe depuis des milliers d’années, le phénomène s’est mondialisé et emballé depuis les années 1950, particulièrement dans les régions tropicales de la planète. La déforestation progresse actuellement au rythme de 13 millions d’hectares de forêts déboisés chaque année (estimations FAO 2010).

1. Aperçu historique

Dès que l’homme a commencé à se sédentariser (il y a 12 000 ans environ) puis à pratiquer l’agriculture, il a déboisé son environnement pour dégager des terres à cultiver, obtenir du bois de chauffage et du bois de construction (maisons, meubles, bateaux). Cette « primo-déforestation » a surtout affecté les régions tempérées ; en effet, les peuples des forêts tropicales ont plutôt développé des modes de vie préservant la forêt.

En Europe, à partir du Moyen Âge, la forêt régresse au profit de l’expansion des terres agricoles et des villes, et pour répondre à des besoins croissants en bois de chauffage et en bois d’œuvre, qui peut être utilisé loin des forêts grâce au transport par flottaison sur les fleuves. Cette déforestation massive s’arrête à la fin du xixe siècle, avec la révolution industrielle. Au xviiie et au xixe siècle, ce sont les forêts nord-américaines (qui couvraient à l’origine la moitié de la superficie des États-Unis) qui disparaissent sous les coups d’un défrichement intensif pratiqué pour, là encore, dégager des terres agricoles.

À partir du milieu du xxe siècle, la déforestation prend son visage contemporain et gagne, en particulier en Amazonie, en Afrique tropicale et en Asie (Malaisie-Indonésie essentiellement). Les moyens changent également ; on dispose aujourd'hui d'engins puissants, notamment de gros bulldozers qui permettent un travail très rapide. Actuellement, l’Europe est le seul continent sur lequel la forêt ne recule pas (ou plus). Le taux de couverture forestière augmente même, d’une part grâce à un ralentissement des coupes (devenues inférieures ou égales à la vitesse de renouvellement des forêts), d’autre part grâce à des programmes de reboisement. En France, il est ainsi passé de 15 % à la fin du xixe siècle à 23 % aujourd’hui (il atteignait toutefois 90 % au début de l’ère chrétienne !).

2. Causes de la déforestation

La raison fondamentale de la déforestation actuelle relève de l’économie mondialisée : la déforestation est, le plus souvent, provoquée par la forte demande des pays riches en bois pour la fabrication de papier, carton, contreplaqué, etc., en bois de charpente et en bois d'œuvre (meubles, parquets), ainsi qu’en cultures d’exportation – soja (des millions d’hectares destinés à nourrir les animaux d’élevage européens), palmier à huile (utilisée dans le monde entier, elle sert particulièrement à l’industrie agroalimentaire), tabac.

L’élevage extensif de bovins également destinés à l’exportation engendre également le déboisement de vastes superficies de forêts. Mais la pression économique n’est pas la seule responsable. Dans les forêts tropicales, où les sols – en dépit des apparences – sont fragiles et peu fertiles, les villageois ne peuvent cultiver les mêmes terres de façon permanente et pratiquent la culture itinérante sur brûlis (les arbres sont coupés puis la végétation brûlée, apportant des éléments nutritifs au sol ; les terres déboisées sont utilisées pour l’agriculture pendant environ 5 ans, puis abandonnées pour un autre emplacement quand leur rendement est devenu trop faible).

Or cette méthode traditionnelle, jadis durable, devient délétère en raison de la croissance démographique (quelque 600 millions de personnes à travers le monde pratiquent ce type d’agriculture) : celle-ci entraîne d’une part l’augmentation de la superficie des terrains défrichés, d’autre part la réduction de la durée des jachères, et ce d’autant qu’il y a compétition pour les terres avec les cultures commerciales. Ainsi les champs sont à nouveau défrichés par le feu au bout d’une dizaine d’années (au lieu de plusieurs décennies auparavant), ne laissant pas le temps à la forêt de se régénérer.

L’expansion des grandes villes joue également un rôle, en augmentant les besoins en terres agricoles et en pâturages. L’exploitation des ressources du sous-sol (minerais), les incendies de forêt, le développement du tourisme, sont aussi des causes de déforestation. La construction de routes et d’autoroutes contribuent aussi à morceler la forêt.

3. L'ampleur du phénomène

Le recul des forêts tropicales et équatoriales sous l'effet de ces causes conjuguées a été particulièrement net au cours des dernières décennies : on estime que la déforestation a porté sur 7 millions d'ha par an dans les années 1970, 16 millions par an dans les années 1980 et qu'elle a au moins continué à ce rythme dans les années 1990. Grâce à des efforts nationaux et internationaux (l’exploitation forestière illégale, par exemple, a été réduite dans plusieurs pays), elle a légèrement ralenti sur la première décennie du xxie siècle – en 2010, les estimations de la FAO (Organisation des Nations unies pour l'alimentation) la situe à 13 millions d'ha annuels. Une fois déduites les surfaces replantées (7 millions d’ha), ce chiffre correspond à 5,2 millions d'ha par an de pertes nettes (contre 8,3 millions d’ha dans les années 1990). Soit, en une décennie, une superficie équivalente à celle du Costa Rica.

Sur le total des terres déboisées, le tiers environ est dû à l'agriculture itinérante sur brûlis et devrait donc être provisoire et réversible, si ce n’était la réduction du temps de jachère qui empêche la forêt de se réinstaller et les sols de se régénérer correctement. De plus, dans certaines régions, comme dans le sud-ouest de Madagascar, la déforestation par brûlis s’avère irréversible en raison des caractéristiques du climat et du sol : sur des terrains laissés en jachère 30 ans et plus s’installe une savane arborée, mais la forêt ne revient pas.

Le reste représente de véritables défrichements potentiellement irréversibles.

La déforestation a été relativement modérée en Amérique centrale et en Asie du Sud, déjà largement déboisées, mais elle est rapide en Amérique du Sud, particulièrement au Brésil (forêt amazonienne), en Afrique tropicale, surtout au Nigeria qui est fortement peuplé, et en Asie du Sud-Est, spécialement en Malaisie et en Indonésie. Elle a également été importante en Océanie. Même si la déforestation recule actuellement au niveau mondial (par exemple, d’importants programmes de reboisement initiés en Chine, en Inde et au Viêt-Nam ont permis, pour le continent asiatique, un gain de 2,2 millions d’hectares par an en superficies boisées), le taux de déboisement reste alarmant dans de nombreux pays. Au Brésil, il a tout de même représenté, sur la décennie 2000-2010, 2,6 millions d’ha par an (contre 2,9 millions d’ha/an sur la décennie 1990-2000).

Entre 1990 et 2005, environ 3 % des forêts de la planète ont disparu. Actuellement, seul un peu plus d’un tiers des forêts actuelles est constitué de forêts primaires ou peu affectées par l’homme, et ces forêts ont perdu quelque 40 millions d’ha depuis 2000. À ce rythme, en 2070 il pourrait ne plus y avoir de forêts primaires en Équateur, et dans 150 ans, l’Amazonie pourrait avoir totalement disparu.

4. Conséquences

La destruction rapide des forêts tropicales de la planète a des conséquences multiples et suscite de nombreuses inquiétudes.

4.1. La perturbation du cycle de l’eau

La déforestation a un impact considérable sur le régime des pluies et la régulation du cycle de l’eau. Dans les forêts tropicales – et même tempérées –, une proportion significative des pluies ne provient pas des dépressions océaniques mais de l’eau évaporée et transpirée par la végétation (phénomène d’évapotranspiration), essentiellement par les arbres. On a pu, par exemple, estimer que les deux tiers des pluies en Amazonie et les trois quarts dans le bassin du Congo ont pour origine directe l’évapotranspiration des arbres. Ainsi, la disparition des forêts réduit, de façon directe, la quantité de précipitations et d’eau en circulation.

Par ailleurs, la litière et la couche de végétation forestière dite muscinale (mousses et lichens) jouent un rôle essentiel dans la régulation du cycle de l’eau, car elles retiennent l’eau et, ce faisant, favorisent l’infiltration et rendent négligeable le ruissellement, même en forte pente.

À l’inverse, sur un sol mis à nu, l’eau s’écoule plutôt que de s’infiltrer. Ainsi la déforestation augmente-t-elle considérablement le ruissellement au détriment de l'infiltration, et entraîne-t-elle le dessèchement des sols

4.2. L’érosion et l’altération des sols

L'érosion hydrique et éolienne représente une des conséquences les plus désastreuses de la déforestation. En effet, la végétation fixe les sols par ses racines. En son absence, notamment sur les sols en pente, les couches superficielles de terre sont emportées par le ruissellement de l’eau lors des précipitations, ainsi que par les vents auxquels ils se trouvent exposés sans protection. Dans les cas extrêmes, l’érosion décape peu à peu les sols jusqu'à la roche mère. L’eau de pluie emporte aussi les sels minéraux nutritifs pour la végétation, réduisant la fertilité des sols.

En zone tropicale, les sols – contrairement aux idées reçues – sont pauvres et acides ; la végétation luxuriante pousse sur les déchets organiques qu’elle produit en abondance : feuilles mortes, arbres tombés en décomposition, etc. qui forment une litière riche en éléments nutritifs. La raréfaction de la végétation entraîne donc un appauvrissement immédiat des sols. De plus, les sols tropicaux, riches en fer, sont sensibles à l’exposition à l’air et à la dessiccation : en l’absence de couvert végétal, ils forment des cuirasses à la couleur rouge caractéristique (phénomène latéritisation). La disparition de la microfaune du sol (ou pédofaune) associée à la litière et aux couches superficielles (insectes, vers, etc.) réduit ou supprimer la décomposition et le recyclage de la matière organique, entraînant un compactage des sols qui freine le drainage de l’eau et favorise l’érosion. Le passage d’engins lourds dans les exploitations forestières est également à l’origine d’un tassement néfaste des sols.

Dans toutes les régions arides, la déforestation est un facteur majeur de désertification.

4.3. L’augmentation des catastrophes naturelles

La perturbation du cycle de l’eau due à la déforestation engendre également une augmentation considérable de l’importance et de la fréquence des inondations. Les cours d’eau dont le bassin versant a été fortement déboisé (tels le Gange et d’autres fleuves himalayens par exemple) présentent aujourd’hui une alternance de périodes d’inondations catastrophiques et de basses eaux. Enfin, le déboisement en montagne constitue une cause majeure d’apparition des glissements de terrain.

4.4. L’augmentation de l’effet de serre et du réchauffement climatique

La végétation, par le processus de la photosynthèse, absorbe le CO2 et le transforme en matière organique : les forêts représentent ainsi l’un des principaux puits de carbone de la planète. Celui-ci est stocké dans les arbres et les plantes vivants, mais aussi dans la matière organique en décomposition et dans les sols. En diminuant la superficie forestière mondiale, la déforestation réduit cette capacité à absorber le CO2 atmosphérique (principal gaz à effet serre), augmentant par là-même l’impact sur le climat des émissions de carbone.

En outre, les activités de déforestation produisent elles-mêmes du CO2, car le fait d’abattre et de brûler des arbres en dégage de grandes quantités. Ainsi, d’après le les estimations du GIEC (Groupe intergouvernemental sur l’évolution du climat), la déforestation représente environ 20 % des émissions globales de gaz à effet de serre (GES), et 28 % des seules émissions de CO2.

4.5. La disparition d’espèces

Comme toutes les autres altérations ou destructions de l’environnement, la déforestation ébranle les écosystèmes et a pour conséquence la raréfaction et l’extinction des espèces végétales et animales qui peuplent les forêts. Notamment, la déforestation prive de leur habitat de nombreuses espèces. C’est le cas, parmi bien d’autres exemples, des orangs-outangs qui, endémiques de Bornéo et de Sumatra, ne disposent plus que de quelques îlots forestiers, des pandas géants, en Chine, dont l’habitat est terriblement réduit et fragmenté, des mandrills, en Afrique, etc. Bizarrement, on oublie souvent les plantes lorsque l’on parle des espèces menacées, pourtant la déforestation menace de fait les nombreuses espèces végétales qui y poussent (les arbres, mais aussi les lianes, les orchidées, les mousses, les fougères, etc.). Ainsi, à Madagascar, une étude a montré que la déforestation s’accompagne de la perte de 75 % des espèces végétales originelles.

→ extinction.

4.6. Les peuples des forêts menacés

Les peuples autochtones inféodés aux forêts tropicales, qui vivent de la cueillette, de la chasse et de la pêche sont menacés par la déforestation, qui les prive de leur habitat et de leurs seuls moyens de subsistance. Contraints à l’exil, ils perdent leurs langues, leurs cultures, leurs connaissances traditionnelles (des plantes médicinales par exemple). Par ailleurs, l’incursion dans des forêts reculées des exploitants forestiers mettent potentiellement en contact les hommes qui y vivent avec des maladies qui leur sont inconnues et auxquelles ils sont particulièrement sensibles.