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disc-jockey

(américain disc-jockey)

Depeche Mode
Depeche Mode

Animateur qui, à la radio, dans un club ou une discothèque, est chargé de programmer et de présenter des disques de variétés.

Au début

D'abord simples programmateurs de disques, les DJ, à en croire leur incroyable popularité et la multiplicité de leurs interventions, semblent aujourd'hui les références ultimes en matière de création musicale. Dans une période où les instruments font figure de fossiles et les prestations live, d'apéro avant le commencement des véritables soirées, ils ont gagné leurs galons de stars et, plus encore, de créateurs.

Les années 1950

Dans tous les pays du monde, l'éclosion des DJ correspond à celle des radios pirates, contournant, notamment par la teneur de leur programmation musicale, les canons proposés par les majors avec l'assentiment des institutions politiques et morales. L'apparition de ces radios découle elle-même de la montée en puissance du rock et, surtout, de la soul. C'est logiquement dans les villes comme Memphis et Detroit, où, sous l'impulsion des labels Stax, Atlantic, Chess puis Tamla Motown, la soul prend son envol, que le mouvement va naître. Mal considérée par les institutions, cette musique, qui reste l'apanage des Noirs, est très peu programmée par les radios officielles. Dans les innombrables pirates, on ne passe que de la soul et du rock. Le DJ entre alors en action. Il annonce le disque avant de le passer à l'antenne. Son élocution endiablée (jive talk, déformation phonétique et argot sur fond de musique soul) donne le rythme. Son rôle est encore mineur et il n'intervient pas directement sur la musique. L'évolution qui conduira à l'explosion des DJ new-yorkais et à leur sortie des radios passera par un voyage en Jamaïque.

Sound systems

En Jamaïque, la diffusion de la musique se fait principalement par la voie de « discomobiles » qui sillonnent l'île pour apporter les nouveautés ska puis reggae. Elles sont programmées par des DJ, qui, s'inspirant du jive talk, racontent des histoires en « toastant » (parler sur la musique) sur les faces B (instrumentales) des 45 tours. Cette forme d'expression, mi-chanté, mi-parlé, conduira au raggamuffin, pendant jamaïquain du rap américain. Avec la consécration du reggae à la fin des années 1960 et l'apparition du quatre pistes, des pionniers comme Lee Scratch Perry et l'ingénieur du son King Tubby introduisent le dubbing, recréation musicale à partir d'effets et de remixages qui fait le bonheur des DJ, qui s'y adonnent sans retenue. Ces discomobiles jamaïquaines sont les pionniers des sound systems new-yorkais.

Logiquement, les premiers grands DJ américains, comme Grandmaster Flash ou Kool Herc, sont d'origine jamaïquaine. Ils introduisent les sound systems dans les ghettos, où s'organisent des blocks-parties. Ces fêtes se déroulent dans la rue. Une sono et des spots sont apportés et branchés sur l'éclairage public. Moyennant une somme modique, on peut danser et assister aux prouesses du DJ. Ce dernier est le véritable maître d'œuvre des soirées. Il fait la programmation musicale et retravaille les morceaux, les remixant, les scratchant – manipulation des disques produisant un son et un rythme propres – , tandis que le MC (Master of Ceremony) improvise des textes en toastant. La rencontre MC/DJ constitue l'alliage magique qui mènera à l'explosion du rap. Tous les groupes de rap ont leur DJ attitré, parmi lesquels se trouvent certains des plus grands, comme DJ Muggs de Cypress Hill, DJ Hurricane des Beastie Boys ou, en France, DJ Clyde de NTM et DJ Kheops de IAM.

Disco

Parallèlement à ce phénomène, essentiellement noir, l'avènement du disco, musique de danse plutôt blanche fondée sur une rythmique aussi simple qu'efficace, offre aux DJ un nouveau champ d'exploration et un nouveau lieu d'action : la cabine de boîte de nuit. Le DJ a toujours fait danser les gens, mais rarement dans un cadre prévu à cet effet.

Ce sont les DJ de radio anglais qui, après avoir importé la soul chez eux dans le milieu des années 1960, en organisèrent les premières grandes soirées dans des clubs, comme le fit Alexis Korner au Marquee. Avec l'arrivée du disco, les boîtes spécialisées se multiplient aux États-Unis et en Europe. Dans chacune d'entre elles, un DJ programme, anime et commence à sampler grâce à l'apparition des échantillonneurs. Première musique de DJ, le disco fait appel aux sons et aux techniques d'enregistrement les plus modernes, ouvrant la voie à la révolution techno des années 1990.

Techno

Les années 1980 seront essentiellement marquées par l'introduction de l'électronique dans le rock, et ce, à toutes les étapes de la création, avec des artistes aussi divers que Laurie Anderson aux États-Unis ou Depeche Mode en Angleterre. Les véritables pionniers en la matière sont les groupes allemands Tangerine Dream et Kraftwerk, qui inspireront largement les DJ techno et même rap comme Africa Bambaataa. La techno d'aujourd'hui, d'où émerge le couple grosse caisse/charleston appuyé par des infra-basses électroniques et une ambiance froide à base de samples, est à 100 % une musique de DJ. Elle a été concoctée à Détroit par des DJ comme Juan Atkins ou Kevin Saunderson, avant de conquérir l'Europe et d'y gagner ses lettres de noblesse. Principal mouvement musical de ces dix dernières années avec le hip-hop, la techno et tous ses dérivés (l'ambient, la jungle, la goa, etc.), la musique des DJ est aujourd'hui essentiellement européenne. Les Français, comme Laurent Garnier, les Anglais et les Bataves en sont les principaux pourvoyeurs, appuyés par la multiplication des soirées et l'intérêt des médias, comme, en France, FG, M6 ou Radio Nova (qui a propulsé Dee Nasty, premier grand DJ hip-hop/soul de l'Hexagone).

Ainsi, de programmateurs de disques, les DJ sont devenus d'authentiques créateurs, développant leurs propres genres musicaux à partir des outils offerts par le progrès – samplers – qui leur permettent d'opérer une ponction dans les morceaux déjà enregistrés et de les restituer sans altération grâce au numérique. Depuis le remplacement du vinyle au profit du CD, ils doivent plonger dans leurs stocks jamais renouvelés de vieux vinyles et remonter toujours plus loin dans le temps, afin de trouver la matière de leurs compositions.

Sans vraiment le vouloir à la base, ils contribuent à perpétuer des styles de musique ou des artistes disparus, et à les faire découvrir aux jeunes générations (qui ne connaissent que les titres édités en compact).