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pays en développement (PED)

Pays passant d'un état de sous-développement chronique au processus de développement (transformation économique et sociale induite par un taux de croissance ; expansion). [Les expressions « pays en voie de développement (PVD) » et « pays du tiers-monde » sont de moins en moins utilisées.]

ÉCONOMIE

Tandis que le développement d’un pays a été pendant longtemps appréhendé du seul point de vue économique – par l’évolution de son produit intérieur brut (P.I.B.) –, l’état de développement des nations est désormais analysé en termes de développement humain. Ainsi, contrairement à la croissance, qui implique l'augmentation soutenue et durable des principales grandeurs caractérisant un état économique donné (production, investissements, revenus, consommation…), la notion de développement met l'accent sur des aspects qualitatifs : l'amélioration du bien-être de la population, dans son ensemble, et de son état social.

Les « tiers-mondes »

Le concept d'A. Sauvy

Dans le contexte de la décolonisation, le démographe et économiste français Alfred Sauvy est le premier, en 1952, à utiliser le terme de tiers-monde, en référence au tiers état, pour désigner le troisième groupe de nations, qui n'appartient alors ni au monde « occidental » ni au camp soviétique. Ces pays, souvent très agricoles, connaissent une forte fécondité et une mortalité infantile élevée. Ils souffrent d'une sous-médicalisation,de la persistance de l'analphabétisme, et dans certaines zones de sous-nutrition. Ces pays ont connu une croissance relativement forte : en moyenne, + 6,9 % par an entre 1966 et 1973. Mais, avec la crise, la croissance a ralenti, et est inférieure à 3 % par an depuis 1990. En même temps, leur population a continué d'augmenter, jusqu'à représenter 80 % de la population mondiale en 2000 (et, selon les projections de l'O.N.U., sans doute 84,5 % en 2025).

Toutefois, ces pays, désignés le plus souvent par les expressions pays en développement ou pays en voie de développement connaissent aujourd’hui des situations bien différentes.

Les situations les plus favorables

Le groupe des pays émergents a une croissance économique sérieusement amorcée (croissance du P.I.B. et des exportations de produits manufacturés, augmentation des flux internationaux de capitaux), mais demeure vulnérable aux crises financières (Argentine, Brésil, Turquie).

Les pays en transition regroupent des pays d'Europe centrale et orientale, la Chine, Cuba, ainsi que certains États africains ou asiatiques qui passent d'une économie étatisée et centralisée à une économie de marché ouverte aux échanges.

Le groupe des pays appelés « à revenus intermédiaires », par les institutions internationales, est disparate ; il rassemble des pays exportateurs de pétrole (Congo), des pays géants (Nigeria) et des micro-États (ceux du Pacifique, par exemple), des pays dont la situation est proche de celle des pays émergents (Indonésie) et d'autres, au contraire, qui s'en éloignent en raison de dysfonctionnements politiques graves (Zimbabwe).

Les situations les moins favorables

Les pays les moins avancés (P.M.A.) correspondent à une catégorie définie par la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (C.N.U.C.E.D.),constituée à partir de plusieurs critères : population comptant moins de 75 millions d'habitants, revenu national bas (produit intérieur brut par habitant inférieur à 900 dollars par an), faible niveau de l'indice de développement humain et vulnérabilité économique (indice composite intégrant des indicateurs sur l'instabilité, la production et les exportations agricoles, le manque de diversification et le handicap d'être un petit pays). Le groupe des P.M.A., qui ne recensait que 25 pays à sa création par les Nations unies en 1971, en compte 50 en 2008, dont 34 en Afrique. Une sous-catégorie, celle de « pays pauvre très endetté », a été créée par le G7 en 1996 pour rééchelonner, voire annuler la dette de ces pays.

Les origines du sous-développement

Pour expliquer le sous-développement, on distingue généralement l'approche libérale, selon laquelle le sous-développement s'apparenterait à un « retard de développement », de celle des économistes du développement, mettant en évidence les « cercles vicieux » du sous-développement.

L'hypothèse du retard de développement

Pour les économistes libéraux, comme l’Américain Walt Whitman Rostow, la croissance connaît plusieurs étapes obligatoires. Toute société est d'abord une société traditionnelle ; à ce stade, la productivité est stagnante, l'économie, agricole, la mobilité sociale, inexistante. Ensuite s'esquissent les « conditions préalables » au « décollage » : le niveau d'instruction s'élève, l'esprit d'entreprise, l'épargne, l'investissement, les échanges commencent à se développer. Parallèlement, la croissance agricole permet à la population de se nourrir et l'économie peut exporter des biens et obtenir ainsi les devises nécessaires pour importer d'autres biens. À ce stade, il incombe à l'État d'aménager, grâce aux revenus de la croissance agricole, les infrastructures nécessaires, en particulier dans les domaines du transport et de l'éducation.

Le véritable décollage ne se produit que lorsque les conditions suivantes sont réunies :
– le taux d'investissement atteint au moins 10 % du P.N.B., permettant ainsi une forte croissance du revenu par habitant (malgré la croissance démographique) ;
– plusieurs secteurs industriels entraînent le reste de l'économie grâce à leur croissance élevée ;
– l'État parvient à importer des capitaux en provenance des pays développés et bâtit un système bancaire permettant le financement de l'activité économique et incitant à l'épargne.

La phase de maturité se caractérise par des techniques de production plus efficaces ; le secteur industriel, puis celui des services se développent, préfigurant l'ère de la consommation de masse. Le sous-développement n'est qu'une phase transitoire : c'est un retard de développement.

Une première critique de cette analyse optimiste tient précisément à cet horizon temporel : plusieurs études montrent qu'il ne faudrait pas moins de 200 ans pour que l'écart entre pays développés et P.E.D. disparaisse. Une seconde critique tend à démontrer que les facteurs défavorables à la croissance et générateurs de sous-développement ne s'éliminent pas aisément : il existerait des cercles vicieux de la pauvreté.

L'hypothèse des cercles vicieux

Selon les économistes du développement, comme le Français François Perroux, il n'y a pas nécessairement de rattrapage entre pays développés et P.E.D., en raison de cercles vicieux de la pauvreté, qui seraient au nombre de trois.
– Le premier cercle vicieux est lié à la croissance démographique : la croissance démographique nécessite une hausse des investissements structurels (logement, éducation, santé…) considérables, ne serait-ce que pour maintenir le niveau de vie ; ces dépenses limitent l'argent disponible pour des investissements productifs dans l'industrie ; la croissance économique est trop faible, la pauvreté se maintient, et celle-ci favorise une natalité élevée, tant en raison de l'absence d'éducation sexuelle et de contraception contrôlée qu'en raison du besoin de bras pour travailler la terre.
– Le deuxième cercle vicieux est lié à l'étroitesse du marché : les revenus bas entraînent un faible niveau de consommation, donc des débouchés réduits pour les entreprises ; comme la demande est faible, les entreprises ne sont pas incitées à investir, et la stagnation de la productivité ne permet pas une hausse des revenus.
– Le troisième cercle vicieux est lié au cycle épargne-investissement : du fait de la faiblesse des revenus, les agents ne peuvent épargner, et les ressources internes sont insuffisantes pour financer les investissements ; or, il n'y a pas de croissance sans ces derniers, et il ne peut y avoir de hausse des revenus sans croissance.

Les obstacles au développement

Quelle que soit l'approche adoptée pour expliquer le sous-développement, il est indéniable que des facteurs sociaux et politiques ralentissent le rattrapage ou aggravent la pauvreté. En effet, les P.E.D. ont longtemps vécu selon certaines normes et valeurs, et à l'intérieur de certains systèmes (religion, éducation…) qui ne favorisent pas la libre entreprise, l'investissement et la croissance.

Les facteurs néfastes à la croissance sont également politiques. Le rôle de l'État est indispensable, aussi bien pour procéder à des aménagements structurels (santé, éducation) que pour financer des investissements productifs (industrialisation). Or, ces objectifs sont souvent définis dans le cadre d'un secteur public générateur de corruption (surfacturation des biens et services livrés à des entreprises publiques) et de clientélisme (en ouvrant l'accès à ses propres privilèges, le pouvoir en place affaiblit son opposition). D'où, dans certains pays (en Afrique notamment), des guerres civiles endémiques.

Les stratégies de développement

Le sous-développement a longtemps été – et est toujours – assimilé à une situation de sous-industrialisation. À partir des années 1950, les P.E.D. ont mis en œuvre des politiques d'industrialisation, centrées sur la fermeture du pays aux importations, puis sur l'ouverture du pays à l'environnement économique extérieur.

Les stratégies de fermeture

Au cours des années 1950 et 1960, un grand nombre de gouvernements a eu recours à des stratégies d'industrialisation telles que la « substitution aux importations ». Il s'agissait de remplacer les produits importés par des produits fabriqués dans le pays lui-même, de manière à favoriser l'industrie nationale des biens de consommation. D'un point de vue économique, la substitution aux importations est coûteuse, car l'industrie nationale est moins performante que celle des pays développés. Cependant, l'augmentation des volumes de production et surtout la diffusion des connaissances et des savoir-faire dans tous les secteurs de l'industrie (une même technologie ou compétence pouvant être utilisée dans différents secteurs) entraînent une amélioration de la performance de l'industrie locale. Les P.E.D. ont alors opté pour le protectionnisme (hausse des tarifs douaniers, contingentement des importations), pour les taux de change différenciés (pénalisant les importations non indispensables), pour les crédits à faibles taux d'intérêt et pour les subventions aux entreprises industrielles.

Dans un premier temps, ces stratégies ont permis à la production industrielle de certains P.E.D. de croître rapidement. Toutefois, en raison du protectionnisme, les entreprises locales sont devenues de moins en moins compétitives et il a été nécessaire de renforcer le protectionnisme pour continuer à favoriser la production locale, tandis que l'inflation augmentait et que les importations devenaient indispensables. Dès les années 1970, les politiques de fermeture ont donc été abandonnées.

Les stratégies d'ouverture

Les stratégies d'ouverture consistent à favoriser les exportations industrielles, notamment grâce à l'intervention étatique. De surcroît, l'absence ou le faible niveau de protectionnisme interdit la création de rentes pour certaines industries et encourage au contraire la recherche de gains de productivité. Enfin, les importations permettent aux firmes locales d'accéder aux techniques de production étrangères.

La stratégie d'ouverture repose sur la notion de compétitivité, donc sur celle d'avantage comparatif. Comme les P.E.D. disposent d'une main-d'œuvre nombreuse, leur secteur industriel a d'abord une forte composante en main-d'œuvre et une faible valeur ajoutée. Toutefois, grâce aux exportations, à la hausse des revenus intérieurs et à la maîtrise progressive des techniques étrangères, les économies en développement peuvent se spécialiser dans des secteurs à plus forte valeur ajoutée. L'efficacité d'une telle politique implique que la population locale accepte des conditions de travail parfois très dures, et conserve un taux d'épargne relativement élevé pour faciliter l'investissement des entreprises.

Le dialogue Nord-Sud

Les efforts de la C.N.U.C.E.D. (créée en 1964) n'ayant pas permis de réduire l'écart entre pays industrialisés et P.E.D., ceux-là se sont montrés favorables à une politique d'aide financière au développement, couplée avec une stratégie d'ouverture à la concurrence internationale. Les P.E.D. qui se sont opposés à cette conception ont proposé la mise en place d'un nouvel ordre économique mondial. De là est née l'idée d'une conférence sur la coopération économique internationale, dite « conférence Nord-Sud ». La première s'est réunie à Paris, en 1975.

Prolongeant ce dialogue Nord-Sud, les conventions de Lomé (1975-1989) ont œuvré à la restauration des termes de l'échange international, afin d'assurer aux P.E.D. de meilleures ressources d'exportation. Parallèlement, des politiques de développement « autocentré » ont été préconisées en vue d'intensifier les échanges entre P.E.D. (dialogue « Sud-Sud »), d'utiliser de manière optimale mais raisonnée les ressources naturelles de ces pays et de limiter les cultures d'exportation (dont la trop grande importance peut affaiblir la part de l'agriculture de subsistance). La plupart de ces politiques trouvent place, aujourd'hui, dans le cadre des mesures d'incitation au développement durable.

Par ailleurs, les plans visant à alléger la dette des P.E.D. font partie des dispositifs qui relancent le dialogue Nord-Sud à l'ère de la mondialisation de l'économie.

La dette des pays en développement

Les causes de l'endettement

À partir de 1973, les pays de l'O.P.E.P., qui ont fait quadrupler le prix du pétrole brut, placent leurs impressionnants revenus dans les banques de l'O.C.D.E. Cet afflux de capitaux ne trouve pas à s'investir dans les pays industrialisés – alors en période de marasme économique – et se dirige donc vers les P.E.D., notamment en Amérique latine et en Afrique. La plupart des analystes étaient alors très optimistes quant à l'avenir des P.E.D., ce qui rendait les investisseurs confiants : les prix des matières premières avaient augmenté, tandis que ces pays connaissaient une croissance moyenne d'environ 5 % par an. Pour financer leur croissance, les P.E.D. s'endettent : l'endettement atteint 300 milliards de dollars en 1978 (contre 66 en 1970). Or, les liquidités obtenues grâce à l'endettement sont le plus souvent utilisées pour des dépenses peu productives (dépenses de prestige, notamment).

Le second choc pétrolier, en 1979, oblige les pays industrialisés à réduire leurs importations et les déficits budgétaires se creusent. Il y a donc une baisse des revenus des P.E.D. associée, à partir de 1980, à une baisse des flux de capitaux – car ceux-ci se réorientent vers les pays industrialisés pour financer les déficits. Les banques occidentales constatent que, dans leur majorité, les prêts octroyés ont été mal employés, en servant essentiellement à financer des projets mal gérés, souvent gangrenés par la corruption. De surcroît, l'afflux de capitaux a créé une illusion de richesse et les déficits n'ont pas été comblés mais aggravés lors de la période faste.

Le recours à l'aide internationale

Dans les années 1980, la situation des pays emprunteurs s'aggrave : le taux de change du dollar et les taux d'intérêt augmentent du fait des déficits publics et de la lutte contre l'inflation. Cela augmente d'autant le remboursement et le service de la dette (les intérêts), tout en diminuant le niveau des prêts accordés par les banques occidentales aux P.E.D. On constate donc une faible rentabilité des projets entrepris par les P.E.D., une hausse du coût de la dette et une raréfaction des prêts. Ainsi, en 1982, les P.E.D., Mexique en tête, annoncent qu'ils ne peuvent plus assurer leurs engagements financiers.

Le Fonds monétaire international (F.M.I.) met en place une stratégie à deux volets. D'abord, il s'agit de rendre la dette plus supportable en reportant dans le temps ses échéances : c'est le rééchelonnement. Ensuite, il s'agit de subordonner l'aide qu'accorde le F.M.I. aux pays en difficulté à des programmes d'ajustement structurel. Ces derniers doivent permettre d'atteindre l'équilibre des finances publiques et des comptes extérieurs. Les experts du F.M.I. préconisent donc une contraction de la demande intérieure, une hausse des taux d'intérêt, une diminution des dépenses publiques, la recherche d'une compétitivité à l'exportation – les politiques d’ajustements structurels ont cependant un coût social élevé, et leur efficacité a été vivement controversée, notamment dans les pays les moins avancés.

Même allégée, la dette est encore lourde, surtout pour les pays les plus pauvres. Chez ces derniers, ce n'est pas le montant total de la dette qui est dramatique, c'est l'absence de ressources exportables qui les prive de moyens de remboursement. D'où des propositions sporadiques et des campagnes d'opinion lancées pour une annulation partielle ou totale de la dette des pays les plus pauvres. Celle-ci serait alors prise en charge par les États occidentaux, leurs banques, leurs contribuables. Le problème est régulièrement évoqué lors des sommets du G7.

Pour en savoir plus, voir l'article sociologie du développement.